Les contributeurs

Eurobaromètre Flash

Large soutien en faveur de l’introduction de l’euro dans les États membres qui ne l’ont pas encore adopté

Le 10 juin, la Commission a publié son Eurobaromètre Flash annuel sur l’introduction de l’euro dans les États membres qui n’ont pas encore adopté la monnaie commune. L’étude a été réalisée entre le 20 et le 29 avril 2022 en Bulgarie, en Croatie, en Tchéquie, en Hongrie, en Pologne, en Roumanie et en Suède.

La nouvelle enquête montre un large soutien en faveur de l’euro : en moyenne, 60 % des personnes interrogées se sont dites favorables à l’introduction de la monnaie unique. Les avis les plus favorables sur l’adoption proviennent de la Roumanie (77% en faveur) et de la Hongrie (69 %), tandis que les moins favorables sont ceux de la Bulgarie, de la Tchéquie (44 % dans les deux cas) et de la Suède (45 %).

Plus de la moitié des personnes interrogées estiment que l’introduction de  la devise commune aurait des conséquences positives pour leur pays (55 %). Toutefois, 56 % des gens ayant participé à l’enquête pensent aussi que l’introduction de l’euro causera une augmentation des prix. Par ailleurs, les résultats du sondage montrent que les citoyens des États membres n’appartenant pas encore à la zone euro, sont plus sensibilisés à ce sujet qu’auparavant : 53 % des personnes interrogées se considèrent informées sur l’euro, contre 51% l’année dernière et 44% en 2015.

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Animations scolaires mai 2022

93 collégiens de 3e, 84 élèves de CM1 et CM2 : ils sont nombreux à avoir échangé avec Emmanuel Morucci, conférencier TeamEurope les 16 et 17 mai à Guipavas (29).
Des élèves impliqués et intéressés, des dialogues riches et empreints de vérité, des thèmes authentiques et d’actualité, autant d’ingrédients qui ont nourri ces temps forts avec un élan de solidarité envers l’Ukraine.

Au collège, le jaune et bleu étaient fièrement portés par jeunes et adultes en cette journée où au fil des heures l’hymne européen retentissait en guise de sonnerie. Profitant de la présence concomitante et bienvenue de deux jeunes Irlandaises, un concours de décorations de portes de classes aux couleurs des pays de l’UE a mobilisé les dizaines de collégiens.

Au primaire, les couloirs et les classes n’étaient pas en reste ; mettant à profit les séances de mathématiques et géométrie, les compétences de tracé d’étoiles à cinq branches étaient sollicitées pour construire le drapeau européen qui s’est démultiplié sur les murs. Tout un environnement marquant par les symboles la Fête de l’Europe, et se prolongeant par des questionnaires élaborés à l’attention de l’expert en visite dans les classes.

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Ateliers-citoyens en Maison d’arrêt en partenariat avec le SPIP du Finistère

Les 11, 18 et 25 mai s’est déroulé un nouveau cycle d’ateliers-citoyens à la Maison d’arrêt de Brest. Une démarche désormais régulière pour Emmanuel Morucci et Marie-Laure Croguennec allant à la rencontre de publics éloignés de la question européenne, et qui permet de vivre des échanges authentiques et débordant de vérités.
Les ateliers se sont déclinés en trois séances :

  • Qu’évoque l’Europe pour vous ?
  • Ses forces et faiblesses.
  • Idées et propositions.

Intéressés par l’actualité, les participants se sont au cours des trois dates impliqués dans cette réflexion qui a abouti à des propositions relayées à la Commission européenne, sur fond de l’exposition « l’Europe en un clin d’œil » présentée par la Représentation en France de la Commission européenne.

Innovations pour la 2e action en milieu pénitentiaire : construite et menée avec le service scolaire de la Maison d’arrêt, c’est une activité interactive sous forme de QCM sur l’UE dans la vie quotidienne qui a été présentée à un nouveau public. C’était également une « première » à la Maison d’arrêt puisque l’assemblée des participants était mixte. L’Europe rassemble et réunit les diversités ; tout un symbole.

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L’identité culturelle européenne : une invitation à agir

Définir l’identité culturelle européenne est une tâche redoutable, car cela revient à mettre en perspective trois notions elles-mêmes difficiles à définir et qu’il est impossible d’appréhender en dehors du moule de sa propre culture.

La culture, au sens étroit du terme ou dans son acception ethnologique, rassemble et divise, mais elle fonde le dialogue sur des règles partagées et sur la « possession dans le répertoire de la mémoire d’un certain nombre d’associations » (Abraham Moles). C’est le dénominateur commun qui permet aux Européens de se reconnaître comme semblables et de dialoguer, en jonglant avec la pluralité des langues.

Mais de quelle Europe parle-t-on ? L’Union européenne est une construction de l’esprit humain, en évolution permanente et à géométrie variable, élaborée à partir d’une réalité géographique mal délimitée. Le Traité de Rome stipule que « tout État européen peut demander à devenir membre de la Communauté » (art. 237). Mais personne n’a jamais défini ce qu’était un État européen…

L’Identité est un concept qui interroge aussi bien le philosophe que le politique.
Fernand Braudel, quand il se penche sur sur l’Identité de la France (1986), insiste d’abord sur la diversité des territoires, des parlers, des climats, des modes de vie, avant de montrer « la cohésion du peuple » : « ni l’ordre politique, ni l’ordre social, ni l’ordre culturel ne réussissent à imposer une uniformité qui soit autre chose qu’une apparence ».
Il en va de même pour l’Europe : la diversité des composantes et des intérêts nationaux semble toujours plus manifeste que l’unité, sauf quand la langue et la géographie ont tissé des liens de proximité. Les rêves impérialistes visant à faire l’unité de l’Europe par la force ont tous échoué, mais le projet européen ne peut se réduire à une simple juxtaposition de nationalismes, privilégiant le libre échange ou la sécurité, à des degrés différents selon la menace du danger. Hier, les pays libérés de la tutelle soviétique ont recherché la protection communautaire comme le réclament aujourd’hui l’Ukraine, la Moldavie ou la Géorgie.

Saturé d’idéologie, le concept d’identité a pris des significations variables dans l’histoire. Longtemps considérée comme une valeur de gauche, notamment lorsque les mouvements anticolonialistes opposaient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes aux modèles imposés de l’extérieur, l’identité est devenue une valeur de droite avec des crispations sur les valeurs nationales. Le fantasme du « grand remplacement » (Renaud Camus) s’inscrit dans cette démarche : toute ouverture relève d’une entreprise de déconstruction. L’Europe est vécue comme une menace permanente contre les nations.

On le voit ici : la question centrale est celle du rapport à l’Autre. La conscience de soi se construit à partir d’une conscience de l’autre, à travers des jeux de reconnaissances et d’exclusions. On se pose en s’opposant : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » (Montaigne).

L’identité exclusive rejette les pratiques de l’Autre simplement parce qu’elles émanent de l’Autre. Pour cela, on inscrit le roman national dans un déterminisme historique et on théorise les critères d’exclusion (comme l’ont fait à leur manière l’Allemagne nazie, l’apartheid sud-africain, mais aussi la Cité athénienne qui établissait une hiérarchie entre citoyens, métèques et barbares selon les origines de la naissance).
Au contraire, l’Identité inclusive agrège au groupe ceux qui en partagent les valeurs fondatrices, mais reconnaît et respecte le droit à la différence. On retrouve là l’opposition entre Saint Bernard, prédicateur des Croisades, et Abélard (diversa, non adversa : différents mais non opposés). L’altérité ne signifie pas altération. L’Europe a fait le choix de l’union dans la diversité.

Être européen aujourd’hui
L’identité européenne est une identité culturelle plurielle (cf. schéma ci-après).
Au contraire des États qui dissimulent les différences dans une identification réductrice (comme l’a fait la France jacobine), le modèle européen tire sa puissance de sa capacité à intégrer des apports multiples, à produire et à diffuser : « Tout est venu à l’Europe et tout en est venu. Ou presque tout. » disait Paul Valéry (Variété, « La crise de l’esprit », 1919).

Les pères fondateurs ont compris qu’il ne fallait surtout pas opposer l’identité européenne aux identités nationales, mais transformer les divergences en convergences. Chacun participe de cultures multiples, elles-mêmes susceptibles de changements, au gré des échanges et des influences mutuelles. Cela explique que l’on se sente plus ou moins citoyen européen selon les lieux où l’on se trouve. L’identité européenne n’est pas aussi immédiate que le sentiment d’appartenance nationale : quand je suis en Europe, je me sens français, mais quand je suis à New York, ou à Tokyo, je me sens européen.

L’Européen d’aujourd’hui n’est plus seulement « celui qui a la nostalgie de l’Europe » (Kundera). Il partage des règles communes, une monnaie, un drapeau, des droits et des exigences. L’Europe est le fruit d’une histoire complexe, vécue différemment dans chaque pays, mais chacun sait que c’est aussi un projet qui s’est appuyé sur un pragmatisme économique pour transformer un passé de guerres en avenir de paix et de prospérité. Une entreprise sans précédent qui eût été impossible sans la valorisation des héritages fondamentaux : intellectuels (Grèce, Rome), religieux (judéo-chrétien), philosophiques (humanisme, Lumières), bien visibles à travers la richesse des patrimoines, lieux de mémoire et autres marqueurs culturels (bibliothèques, monuments, cafés…).
Cette identité culturelle européenne si présente dans « ce grand musée des rêves passés que nous appelons histoire » (George Steiner) est une invitation à l’action. Elle est plus que jamais d’actualité à une époque où les certitudes idéologiques vacillent et où se dessine une nouvelle tectonique géopolitique.

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Protection des consommateurs

Mise en place de règles plus strictes et adaptées à l’ère numérique

La directive « Mieux faire respecter et moderniser » est entrée en vigueur le 28 mai. Adoptées en novembre 2019, ces règles actualisent les instruments disponibles pour relever les défis des marchés numériques. Elles doteront les consommateurs et les autorités compétentes d’outils plus solides pour faire respecter leurs droits, tels que l’imposition de sanctions plus sévères ou de recours contre les préjudices.

« Les nouvelles règles montrent une fois de plus l’importance que l’Europe accorde à des garanties efficaces pour les consommateurs. Elles veilleront à ce que les consommateurs soient protégés des pratiques déloyales en ligne de la même manière qu’hors ligne, ce qui permettra d’adapter les règles de protection des consommateurs à l’ère numérique » a déclaré Mme Vera Jourová, vice-présidente chargée des valeurs et de la transparence.

Et le commissaire chargé de la justice, Didier Reynders, d’ajouter : « Les consommateurs européens ont droit aux normes de protection les plus élevées, et ces nouvelles règles concrétisent précisément cet engagement. Par exemple, lors de la recherche d’un produit en ligne, les plateformes doivent désormais fournir des informations transparentes sur la manière dont les offres sont classées. Il s’agit d’éviter les pratiques commerciales trompeuses. L’accès aux voies de recours individuelles ainsi que les sanctions en cas d’infraction transfrontière seront également renforcés. Ces règles garantiront une juste indemnisation des victimes et un réel effet dissuasif pour les auteurs ».

Dans un monde numérique en constante évolution, la Commission continue à œuvrer pour que la législation soit adaptée à l’avenir et assure une protection égale aux consommateurs, en ligne et hors ligne. Les parties intéressées peuvent donner leur avis sur le bilan de qualité de la législation de l’UE en matière de protection des consommateurs sur l’équité numérique jusqu’au 14 juin.

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La Russie, l’Ukraine, les Pays Baltes et l’Europe

Mardi 31 mai 2022, 18 h 30

Le Cercle Europe Citoyennetés et Identités – CECI – vous propose d’échanger au cours d’une visioconférence organisée dans le cadre du mois de l’Europe.
Les participants feront un tour d’horizon sur les conséquences de la guerre en Ukraine et traiteront spécifiquement de questions comme l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, l’autonomie énergétique de l’UE mais également des inquiétudes des Pays Baltes et de l’adhésion de la Suède et la Finlande à l’Otan…

Introduction par
Emmanuel Morucci
sociologue,
conférencier pour la Commission européenne (Team Europe-France),
président du CECI

Modération par
Catherine Verger
journaliste

Avec la participation de

Alexandre Melnik
ancien diplomate à Moscou,
professeur de géopolitique ICN Business School

Patrick Martin-Genier
est absent au dernier moment, retenu par BFM TV

Olivier Védrine
politologue, journaliste, rédacteur en chef de Russian Monitor,
directeur de la plateforme média Matin de Février,
coauteur avec Olivier Cuissard de Crises et régulations – Singularité et insuffisance des institutions

Pierre Menguy
conférencier pour la Commission européenne (Team Europe France),
président de la Maison de l’Europe de Seine Maritime,
membre du CA du CECI

Lien pour s’inscrire à la réunion :
https://us06web.zoom.us/meeting/register/tZcqcuCoqjspGdfbKiUck9m-5OEFKjWlpaiy

La vidéo du webinaire du 1er juin 2021 (UE-Russie : construire l’avenir)
est visible sur la chaîne youtube du CECI.

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Spinelli, moi et ma lune de miel, par Alan Hick

La première fois que j’ai rencontré Altiero Spinelli ne s’est pas bien passée. En tant que jeune chercheur à l’Institut universitaire européen de Florence préparant un doctorat sur l’histoire du Mouvement européen, j’avais lu sur Spinelli et je me suis dit avec arrogance – enfin, quelqu’un qui pense comme moi ! Inutile de dire que son « histoire » était beaucoup plus prestigieuse.

Militant antifasciste contre Mussolini, il fut arrêté en 1927, emprisonné pendant dix ans et enfermé pour six autres sur l’île de Ventotene où, en juin 1941, lui et ses codétenus Ernesto Rossi et Eugenio Colorni rédigent clandestinement un projet de manifeste « Pour une Europe libre et unie ». Le Manifeste de Ventotene pour une Fédération européenne démocratique d’après-guerre a été un appel de ralliement clé de la Résistance italienne et européenne et du Mouvement fédéraliste européen.
Malheureusement, après la guerre, leur projet radical de Fédération européenne a été négligé et usurpé par le modèle néo-fonctionnel de Jean Monnet. Spinelli était néanmoins considéré à juste titre comme un « pionnier » et un « père fondateur » de l’Union européenne. Il a joué un rôle important dans la politique d’après-guerre et a été commissaire européen de 1970 à 1976. Après cela, au moment où je l’ai rencontré, il était député italien (Deputato della Repubblica Italiana) pour la « Gauche indépendante », pas encore un eurodéputé directement élu.

Ma rencontre avec lui n’était pas pré-arrangée mais improvisée – ce n’est pas une bonne idée ! C’était le 12 mai 1977, par une journée ensoleillée à Rome. Il devait donner une conférence ce soir-là et j’ai pensé que je pourrais me présenter à la fin. Pour une raison quelconque, je portais de manière absurde un costume trois pièces que j’avais acheté pour le mariage de ma meilleure amie l’année précédente.
Quand je suis arrivé à Rome, j’étais bouillant et je suis allé boire un verre non loin de l’endroit où sa conférence aurait lieu. Je suis allé dans un petit bar au Largo Argentina, juste à côté de la Piazza Navona. Alors que je coulais une bière, j’ai entendu les volets claquer tout autour. Je me suis précipité dehors pour voir de quoi il s’agissait et je me suis empêtré dans la ligne de front d’une manifestation illégale qui a rapidement été la cible de tirs de la police avec des bombes lacrymogènes explosives, visant directement sur nous sur la place et par des fascistes violents qui nous tiraient dessus depuis un rebord de fenêtre au-dessus. Il y a eu plusieurs victimes et une étudiante a été tragiquement tuée.
J’ai réussi à m’échapper, je suis arrivé à la conférence de Spinelli dans un état de choc et d’excitation et je me suis présenté ridiculement à la fin de la réunion. Il était à juste titre et clairement agacé que j’aie la présomption qu’il s’intéresserait à moi. Je ne pense pas qu’il ait été trop impressionné non plus par mon costume trois pièces ! J’ai quitté la chambre et Rome, gêné et désolé…

Heureusement, quelques semaines plus tard, mon directeur de thèse, le professeur Walter Lipgens, m’a gentiment mis en contact avec l’une des âmes sœurs fédéralistes de Spinelli, Andrea Chiti Batelli. Nous avons eu une longue et profonde conversation sur mes recherches sur le fédéralisme italien et ma compréhension sérieuse et ma sympathie pour la vision constituante de Spinelli pour l’Europe. Il a promis de mettre un mot gentil pour moi et d’organiser une réunion dans un proche avenir.

Le temps a passé et il ne s’est pas passé grand-chose… sauf que je suis tombé amoureux d’une belle Florentine et je me suis marié peu de temps après, en janvier 1978. Nous sommes allés en lune de miel dans la maison de vacances de ses parents à Ortisei (Haut-Adige). Nous ne pouvions pas skier mais nous avons randonné autour de toutes les collines et montagnes environnantes, attrapant un froid et un léger rhume. Mais ce n’était pas grave, parce que nous étions amoureux… et j’avais complètement oublié Spinelli !

Au milieu de notre lune de miel, Andrea a réussi à me contacter. Spinelli voulait me voir, immédiatement, à Rome. Nous avons dû partir immédiatement et avons pu rester chez Andrea, à la périphérie de la capitale. Ma femme compréhensive a gentiment accepté et nous avons pris à la hâte le train de nuit de Bolzano glacial à Rome ensoleillée ! Nos rhumes ont disparu et Andrea était ravi de nous accueillir, de célébrer ensemble et de s’imprégner plutôt de son délicieux vin sicilien !

Le lendemain, Andrea nous a accompagnés à notre rendez-vous de déjeuner avec le grand homme lui-même. Spinelli, ai-je appris, aimait sa nourriture, et c’était le « festin » annuel d’Andrea avec lui. Nous nous sommes tous retrouvés à une longue table avec d’autres amis fédéralistes dans un merveilleux restaurant de poissons, La Rosetta, juste derrière la Piazza Rotonda et le Panthéon.
Je me suis assis à côté de Spinelli qui nous a servis et était tout à fait charmant et fascinant. Il aimait la compagnie sincère et partageant les mêmes idées, et ma femme et moi étions complètement impressionnés par lui ! Quel privilège ce fut. Notre lune de miel a pris une toute nouvelle dimension. Il nous a invités tous les deux à le rencontrer à nouveau, le lendemain, mardi 17 janvier 1978, dans son bureau parlementaire.

Nous nous sommes rencontrés et avons discuté toute la matinée. Il aimait beaucoup le fait que j’avais exposé dans mes recherches la scission fondamentale et désastreuse au sein du mouvement fédéraliste d’après-guerre entre l’aile constitutionnaliste « hamiltonienne » en faveur de la fédération politique, représentée par Spinelli, et l’aile « fédéraliste intégrale », représentée par les corporatistes ex-Vichy et les nostalgiques des soi-disant « forces vives ». Cette scission a sérieusement sapé la contribution fédéraliste au grand Congrès de l’Europe en mai 1948 et a d’abord entravé le développement fédéraliste du Mouvement européen.
À mon grand étonnement, à la fin de notre discussion cordiale, il m’a remis un manuscrit, fraîchement dactylographié par sa fille Diana, de son « Journal européen » personnel pour ces années d’après-guerre immédiates, publié quelque temps plus tard par il Mulino. J’ai été le premier historien à recevoir cet honneur. Il avait confiance en moi et a gentiment noté dans son journal pour ce jour-là qu’il me considérait comme un authentique « spinelliano ».
Après notre longue conversation, Spinelli nous a accompagnés à l’ascenseur où nous avons brièvement rencontré sa femme, Ursula Hirschmann, qui, trente-sept ans auparavant, avait courageusement fait sortir clandestinement le Manifeste de Ventotene de l’île au dos de papiers à cigarettes, dissimulés dans le faux fond d’une boîte en fer-blanc. Elle était fragile et digne. Spinelli l’adorait.

Le « Journal européen » de Spinelli a été une source primaire très précieuse pour mon doctorat que j’ai terminé quelques années plus tard, dont des extraits ont été publiés dans « Documents sur l’histoire de l’intégration européenne » (Walter de Gruyter 1991). Malheureusement, c’était trop tard pour Spinelli qui est malheureusement décédé en 1986.
Dans les années qui ont suivi, nous sommes restés en contact étroit. Il a bien sûr été élu au Parlement européen en 1979. Au cours de la même campagne, j’ai travaillé pour un candidat travailliste ouvertement fédéraliste au Royaume-Uni, Ernest Wistrich, qui n’a pas été élu. Peu de temps après, j’ai travaillé pour l’eurodéputé Brian Key qui était un proche partisan de Spinelli au Parlement et dans le célèbre « Crocodile Club » (un autre eurodéputé britannique qui soutenait Spinelli était un certain Stanley Johnson…).
Plus tard, je suis retourné à Rome et j’ai retrouvé Spinelli à quelques reprises. Dans son journal du 18 février 1982, il indique qu’il veut « me prendre sous son aile » et qu’il doit trouver le temps de lire ma thèse. Cependant, il était alors totalement absorbé par son projet de traité pour l’Union européenne, toujours inspiré par Ventotene et l’idée que le Parlement européen devienne une assemblée constituante. J’étais fier d’être associé à lui et à son projet à un stade aussi précoce.
Le 23 juillet de la même année, alors qu’il pensait que son assistant parlementaire tant accompli, Virgilio Dastoli, pourrait partir, il écrivit dans son journal qu’il pourrait m’inviter à remplacer Virgilio. Je n’en savais rien à l’époque. Virgilio est bien sûr resté et a été un assistant loyal et victorieux de Spinelli alors qu’il dirigeait son projet de traité au Parlement européen par 237 voix contre 31, avec 43 abstentions le 14 février 1984. À ce moment-là, j’étais devenu fonctionnaire de l’UE au Comité économique et social européen, faisant ce que je pouvais dans ce cadre plus modeste pour rallier le soutien à Spinelli.

Malheureusement, je n’ai pas essayé de voir Spinelli en personne ces dernières années. Il était devenu si admiré et célèbre que j’ai senti qu’il était inapproprié de profiter de nos premiers temps ensemble.
La dernière fois que j’ai vu Spinelli en personne, c’était le 11 septembre 1982 lors d’un rassemblement de la Festa dell’Unità à Tirrenia. Il faisait partie d’un panel de politiciens distingués qui se promenaient et il s’ennuyait énormément. Il a commencé à découper des poupées en papier avec son programme, puis m’a repéré dans la foule et m’a appelé. Nous avons discuté amicalement et il m’a laissé sa nouvelle carte de visite, sur laquelle était écrit « Ciao Hick ». Je l’ai toujours et je le chéris. Son écriture était épouvantable ! À tel point que lorsque son deuxième « Journal européen 1976–1986 » a été dactylographié et publié, je suis répertorié dans l’index, non pas comme Alan, mais comme Yvonne Hick ! Je pense que nous aurions tous les deux apprécié la blague !

Je suis toujours resté un fidèle « spinelliano » et n’oublierai jamais comment il a changé ma vie … et ma lune de miel.

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Mais où est passé le 9 mai ?

La Présidence française du Conseil de l’UE a été focalisée sur la question ukrainienne depuis le 24 février 2022.
La fête de l’Europe aurait-elle était occultée par la guerre en Ukraine ?

Un certain paradoxe autour d’un évènement récurrent qui nous permet de nous rappeler que la construction européenne s’est construite sur la Paix alors que tous les médias attiraient l’attention sur un autre 9 mai qui consacre la victoire de l’armée rouge sur les nazis.
Cette année, les noms de Jean MONNET ou de Robert SCHUMAN n’ont pas été évoqués pour célébrer notre 9 mai européen.
Pourtant, l’Europe n’a jamais été aussi unie et n’a jamais autant montré de détermination face à la menace russe que depuis l’agression de l’Ukraine par la Russie ce fameux 24 février 2022.
Nous pouvons même dire que l’Europe a pu trancher par rapport aux USA dans ses méthodes diplomatiques habiles alternant de façon efficace le maintien du dialogue et les sanctions graduées pour tenter de sauver la paix. Parvenir à discuter en période de crise n’est pas un hasard, c’est le poids de l’histoire et des cohortes d’horreurs passées qui façonnent cette posture européenne.

Une conscience européenne aurait-elle à nouveau émergé ? La résurrection de vieux démons aurait-elle renforcé cette union entre les pays de l’UE pour faire face à un pays puissant qui en agresse un autre à ses frontières ?
L’UE a dû adopter des positions courageuses qui vont jusqu’à mettre en péril ses propres approvisionnements énergétiques (gaz et pétrole) mais aussi les matières premières provenant d’Ukraine. Même si parfois certains États ont cherché, dans un sursaut d’intérêt national, à préserver les relations avec la Russie, ils ont fini par rejoindre le giron européen.
Une force européenne serait-elle en train de s’affirmer comme un signe de volonté de brandir l’étendard de la démocratie dans un monde où il semblerait que l’autoritarisme avance chaque jour ?
Hier, au sein même de nos États et parmi nos représentants, l’UE était la cible de critiques et étaient présentées comme une entité inefficace et incohérente. Il y a toujours un décalage entre le propos du moment et l’émergence d’une position qui exprime une identité façonnée par l’histoire.

Peut-être fallait-il passer par le terrorisme, une pandémie mondiale et maintenant la guerre en Ukraine pour voir qu’une véritable conscience européenne en adéquation avec les valeurs inscrites dans les traités pouvait se mettre en marche et justifier son existence aux yeux du monde non pas seulement comme une référence à la Paix mais comme un rejet de la guerre et du chaos.
Car cette Europe est née dans les cendres de la Seconde Guerre mondiale et nous nous rendons compte que, même dans le silence médiatique de sa naissance, cette année elle n’a pas perdu son âme, elle reste constante dans son action et dans l’écriture de son histoire.

Enfin, Lorsque les sirènes médiatiques auront cessé de mobiliser nos émotions et notre attention, le temps de la réflexion et de l’analyse nous permettra d’entrevoir l’émergence d’un véritable modèle inspirant le monde de demain.

Publié par Franck Arnaud dans CECI dit, Franck Arnaud, 0 commentaire

9 mai en Europe : une date, la guerre et la paix

Pour les Européens de l’Union, le 9 mai est le jour de la fête commune : celui qui commémore la déclaration de Robert Schuman en 1950, considérée comme la première pierre, le texte fondateur de la construction européenne. Il propose alors la mise en commun des systèmes de production, français et allemand, du charbon et de l’acier.

Pourtant dans la pensée de Robert Schuman l’Europe en devenir ne se réduit pas à la CECA ou à l’Euratom. Dans ses textes prophétiques et notamment son livre « Pour l’Europe », il met en évidence et en premier les valeurs qui doivent présider à l’émergence d’une entité européenne fondée sur la paix, la solidarité, la coopération internationale, la justice, la démocratie et la citoyenneté. 

En Union européenne : un jour de célébration de la Paix 

Ce qui prédomine chez Schuman c’est son intérêt pour la personne humaine dans cette construction qui n’a pas d’égal dans le monde. En ce sens, et dans une perspective personnaliste, rappelant les deux conflits mondiaux, il est un précurseur des constructions d’ensemble dans un concert des nations qu’il considère comme une option déterminante dans le sens du meilleur ou du pire : « À une époque pendant laquelle, en l’espace d’une seule génération, des heurts d’une violence et d’une étendue sans précédent se sont produits entre les hommes, et au cours de laquelle la menace de nouveaux conflits continuent à peser sur l’humanité entière comme une fatalité, en même temps que les moyens de destruction nouvellement inventés confèrent aux tueries futures le caractère non plus d’une épreuve de forces rivales mais celui d’un suicide généralisé, nous avons senti que nous étions à la croisée des chemins »1.

Son projet, de responsabilité citoyenne et démocratique, a connu des hauts et des bas mais surtout un succès qui prend toute sa force dans l’actualité. Celui d’une construction de la paix entre les pays signataires. Elle dure depuis plus de 70 ans. « Ce qui compte à l’actif de l’Europe, c’est qu’elle est à même de contribuer, effectivement et dans l’immédiat, aux besoins de l’humanité, en réponse aux aspirations nouvelles des peuples » déclare-t-il. Il s’agit donc bien pour Schuman de mettre en oeuvre une entreprise de paix avant même une union économique. 

En Russie : une oeuvre de guerre 

La paix est un idéal que les Européens veulent poursuivre face à l’adversité qu’impose la Russie de Vladimir Poutine au monde, dans sa volonté de contraindre l’Ukraine par le meurtre et la destruction. Nos dirigeants européens font tout ce qui est possible de faire, se positionnant sur les valeurs et préceptes fondamentaux de l’Union. C’est la vocation de notre 9 mai, de la Journée de l’Europe. Ils travaillent à la sauvegarde de l’Ukraine mais aussi de l’Union en équipant l’armée de ce pays et en accueillant ses réfugiés. 

À l’inverse, pour Vladimir Poutine le 9 mai sera le jour de son grand discours, de ses références à la Seconde Guerre mondiale, de sa nostalgie de l’URSS. Ainsi, et dans le contexte de sa guerre déjà mondialisée, le jour de l’armistice à Moscou se veut être un jour symbolique. Comme depuis 1945, les responsables russes tentent de faire croire qu’ils ont été les seuls à combattre le nazisme faisant fi des Alliés et des autres peuples européens. Ils poursuivent la même réthorique pour justifier leur agression de l’Ukraine. Inquiétant, ce « jour de la victoire » pourrait marquer un tournant dans la guerre contre l’Ukraine et par ricochet pour les Européens. Le Ministre Lavrov n’a t‑il pas déclaré « vouloir intensifier les actions militaires et ajuster l’avancée des troupes lors de cet anniversaire » ?
Pour Vladimir Poutine cette date est d’une portée symbolique sur le peuple russe.
Emmanuel Macron, président du Conseil de l’Union européenne, répondra en Européen depuis Strasbourg. La date pourrait alors être aussi celle d’un plus fort engagement pour les occidentaux. 

Assurer la défense collective de l’UE

En effet, l’Union doit se préparer à sa sauvegarde. « L’Europe ne se construit pas contre quiconque, proclamait Schuman, mais elle doit assurer sa défense. » Ici encore sa parole était juste : « Une tâche européenne, constructive et valable, consiste sans doute à assurer la défense collective contre toute agression possible. Comme la paix, la sécurité est devenue indivisible… ».

Par la force des choses cette paix et cette sécurité à assurer pour l’Ukraine et l’UE seront au cœur des pensées et des manifestations du 9 mai et du mois de l’Europe. Au moment où la France préside le Conseil de l’Union européenne, les thèmes autour de la sécurité et de la défense seront au centre des échanges et des débats. La prise de conscience d’une Union européenne forte et capable de peser dans les relations internationales sera forcement première.
Mais souvenons nous de cette adresse de Jean Monnet à René Pleven, président du Conseil à propos du « containment » de 1947 qui amenait les responsables américains d’alors à tout mettre en œuvre pour empêcher l’URSS de s’emparer de nouveaux territoires : « Nous sommes aujourd’hui face à face avec la nécessité de nous assurer une « victoire froide » sur l’adversaire et de préparer la guerre » 2.

La Journée de l’Europe du 9 mai aura cette année une tout autre portée et saveur que celles, précédentes et gentillettes, que nous avons connues. 

Emmanuel Morucci 6 mai 2022 

1 Robert Schuman, Pour l’Europe, 1963 Editions Nagel, Paris
2 Jean Monnet, Mémoires, Editions Le Livre de poche, Paris, 1976

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Lutte contre les abus sexuels commis contre des enfants

La Commission a lancé lancé le 20 avril une consultation publique sur le réexamen de la législation existante de l’UE en matière de lutte contre les abus sexuels commis contre des enfants, qui établit des règles minimales concernant la définition des infractions pénales et des sanctions dans ce domaine.
Comme annoncé dans la 
stratégie de l’UE pour une lutte plus efficace contre les abus sexuels commis contre des enfants, la Commission évaluera la directive de l’UE de 2011 relative à la lutte contre les abus et l’exploitation sexuels commis contre des enfants afin de recenser les meilleures pratiques et les lacunes législatives qui subsistent.

Toutes les parties intéressées, y compris la société civile, les pouvoirs publics, les partenaires sociaux et les citoyens, sont invitées à y participer.

Les résultats de cette consultation publique contribueront à évaluer la mise en œuvre de la directive et orienteront l’élaboration de nouvelles actions prioritaires au niveau de l’UE. 

La consultation publique est disponible ici et est ouverte aux contributions jusqu’au 13 juillet 2022.

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