CECI dit

Conséquences de l’invasion de l’Ukraine (partie 2)

III Les sanctions mises en œuvre par l’UE contre la Russie

Sur le volet financier, la Commission européenne a proposé de réduire l’accès des banques russes aux marchés financiers européens et d’exclure plusieurs banques russes du système bancaire Swift.

En raison de la dépendance de plusieurs pays européens à la fourniture de gaz russe, les banques impliquées dans le financement de Gazprom devraient être épargnées par cette mesure.

Sur les volets énergétique et industriel, les exportations de technologies liées aux secteurs pétrolier et aéronautique seront fortement limitées. La banque centrale russe fera également l’objet de sanctions, pour l’empêcher de soutenir les secteurs touchés par les mesures européennes de rétorsion : les pays de l’UE se sont engagés, aux côtés des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni, à geler leurs avoirs de la Banque de Russie.

L’espace aérien de l’UE a également été fermé aux compagnies russes et différents médias affiliés au Kremlin ont été interdits dans plusieurs pays européens afin de lutter contre la politique de désinformation russe. Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov et 26 oligarques russes ont vu leurs avoirs gelés en Europe, ce qui constitue une forme de sanction inédite dans l’UE. Le 28 février, l’UE a franchi un nouveau cap en matière de défense et de sécurité en annonçant la fourniture de 500 millions d’euros d’équipements militaires, dont des armes létales, au titre de la facilité européenne pour la paix (FEP).

La France a apporté son soutien à l’ensemble des sanctions proposées par la Commission européenne et a annoncé contribuer à hauteur de 300 millions d’euros aux 1,2 milliard d’euros d’aides macro-financières débloquées par la Commission européenne. La France va également fournir du matériel militaire à l’Ukraine, sans que la nature de ces équipements n’ait été précisée.

Le gouvernement britannique a annoncé sa participation aux sanctions financières conduites par ses voisins européen (blocage Swift, fermeture de l’espace aérien, gel des avoirs, etc.).

Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a annoncé la suspension de la mise en service du gazoduc Nord Stream 2, devant relier la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique en contournant l’Ukraine.
Face à la menace russe, l’Allemagne a également décidé d’engager des sanctions sur le système interbancaire Swift et de se réarmer en annonçant un effort exceptionnel en matière de défense.
Olaf Scholz a en effet annoncé le déblocage d’une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards d’euros pour moderniser son armée. Il s’agit d’un tournant majeur dans l’histoire du pays, qui entend désormais consacrer plus de 2% de son produit intérieur brut (PIB) à sa défense, au-delà des objectifs fixés par l’OTAN.

Le changement de ligne par l’Allemagne a été particulièrement significatif pour la Suède et la Finlande (tous deux membres de l’Union européenne mais pas de l’OTAN), qui ont réaffirmé leur droit à adhérer à l’Alliance atlantique si jamais ils le souhaitaient. La Suède et la Finlande, pays historiquement non-alignés, ont également annoncé vouloir fournir de l’assistance militaire à l’Ukraine.

En dépit de sa neutralité historique, la Suisse a annoncé suivre la position de l’Union européenne (UE). Une annonce importante du fait de la place du pays dans les finances russes et dans le négoce de pétrole et de gaz. Le ministre des Finances a par ailleurs souligné que les avoirs des personnalités qui se trouvent sur la liste noire de l’UE « étaient gelés avec effet immédiat ».

À rebours de ses partenaires européens, le président de la Pologne Andrzej Duda a signé une déclaration conjointe avec ses homologues de Bulgarie, Tchéquie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie et de Slovénie pour ouvrir un processus de négociation sur l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.

Publié par Franck Arnaud dans CECI dit, Franck Arnaud, 1 commentaire

Conséquences de l’invasion de l’Ukraine (partie 1)

Les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’affirmation des valeurs de l’UE

L’indépendance ukrainienne est proclamée le 24 août 1991 et confirmée par le référendum du 1er décembre 1991 (90,5% des électeurs votent en faveur de l’indépendance).

Depuis son indépendance, l’Ukraine est divisée entre une partie de la population, dans le sud-est du pays le Donbass peuplé par des russophones, et une autre partie, plus à l’ouest, qui souhaite se rapprocher de l’Europe. Ces deux camps s’affrontent une première fois en 2004, lors de la « révolution orange », une protestation qui dure deux mois et porte au pouvoir le président Viktor Iouchtchenko, un pro-européen aspirant à une intégration de son pays au sein de l’Alliance atlantique. Il ouvre également les archives de l’ancien KGB et inaugure un mémorial pour l’Holodomor, la famine provoquée en 1933 par Staline. 

En 2010, Viktor Ianoukovitch, originaire du Donbass, arrive au pouvoir et envisage un rapprochement avec la Russie à travers une éventuelle adhésion à l’union douanière eurasiatique. Ce choix provoque en novembre 2013 la révolution de Maïdan qui provoquera une centaine de victimes. La contestation l’emporte malgré tout en février 2014, entraînant la fuite de Viktor Ianoukovitch en Russie. 

Un nouveau gouvernement « pro-européen » s’installera à Kiev. La Russie dénoncera un « coup d’État » mené par une « junte nazie » et réagira en annexant la Crimée en mars 2014. 

Un accord négocié à Minsk, en février 2015, sous médiation franco-allemande vient apaiser la situation. Ces accords de paix prévoyaient un cessez-le-feu immédiat, le retrait des armements lourds, l’échange de l’ensemble des prisonniers, des réformes constitutionnelles en Ukraine ainsi que l’organisation d’élections dans les territoires tenus par les minorités russophones. Ils posaient également comme principe le maintien des territoires autoproclamés autonomes de Louhansk et de Donetsk dans le giron de l’Ukraine.

Malgré des tensions persistantes dans le Donbass qui ont fait plus de 14 000 morts depuis 2014, l’Ukraine affirme son indépendance en se rapprochant de l’Europe et affiche de plus en plus sa volonté d’entrer dans l’OTAN.

De plus, dans ce contexte l’économie de l’Ukraine se tournera de plus en plus vers l’Europe, alors que le commerce avec la Russie s’amenuisera. Monsieur Volodymyr Zelensky, élu président en 2019, maintiendra cette orientation.

Cette situation qui conduira la Russie à attaquer l’Ukraine en violation de toutes les règles du droit international et des droits fondamentaux provoquera l’ouverture d’une enquête par Procureur de la Cour pénale internationale (I), le recours par les institutions européennes à des outils juridiques pour permettre aux populations déplacées de pouvoir être protégées par les États européens (II) et la mise en œuvre de sanctions exemplaires (III)

I L’ouverture d’une enquête par le procureur de la Cour Pénale internationale et réaction des avocats en Europe, en Ukraine et en Russie

L’ouverture d’une enquête par le procureur de la Cour pénale internationale , Karim KHAN, sur des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre qui seraient perpétrés sur le territoire ukrainien désigne la Russie comme auteur présumé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Il faut se rappeler que la Cour pénale internationale est une juridiction pénale internationale permanente qui siège à La Haye chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre. Elle est intervenue concernant des affaires qui se sont déroulées au Soudan, en Libye, etc.

Actuellement, des avocats se sont mobilisés pour intervenir et assister les personnes ukrainiennes déplacées dans leurs demandes de protection temporaire en se rapprochant de confères polonais mais aussi en recherchant une prise de contact avec des avocats ukrainiens.

En parallèle, il faut souligner que des avocats russes se sont prononcés en faveur du respect de l’État de droit et de la cessation des hostilités.

II La mise en œuvre du droit européen en faveur des personnes déplacées par le Conseil de l’UE et la Commission européenne

A. La DIRECTIVE 2001/55/CE DU CONSEIL du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil 

Le Conseil de l’Union européenne a mis en œuvre les dispositions de la directive 200155 du 20 juillet 2001. Cette directive instaure des règles minimales pour l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées. C’est en se basant sur ce dispositif juridique, que des personnes pourront être assistées et bénéficier d’un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour les accueillir.

En effet, les personnes déplacées peuvent bénéficier, dans tous les États membres, de la protection temporaire et ce indépendamment d’une demande de protection internationale.

Ainsi, lorsque le mécanisme déclenché, les bénéficiaires de la protection temporaire se voient accorder un titre de séjour leur permettant de travailler et jouissent d’un socle minimum de droits sociaux et du droit de déposer une demande d’asile.

L’ensemble de la communauté juridique européenne et internationale ont rappelé que les États devaient respecter les obligations, valeurs, libertés et principes fondamentaux énoncés dans la Charte des Nations Unies, le Statut du Conseil de l’Europe, la Convention européenne des droits de l’homme et l’ensemble des principes généraux du droit international public et du droit international humanitaire.

B. La Décision de la Commission européenne 

De son côté, la Commission européenne a également demandé aux États membres de l’Union Européenne de mettre en œuvre les dispositions de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001.


La suite de l’article est ici : https://cercle-ceci.eu/consequences-de-linvasion-de-lukraine-partie‑2

Publié par Franck Arnaud dans CECI dit, Franck Arnaud, 0 commentaire

Pour une Ukraine libre et européenne

Ambiance émouvante au moment où le président Zelensky a pris la parole au Parlement européen en visioconférence.
 Son discours est celui d’un homme politique debout faisant face à son ennemi mais aussi capable de demander de l’aide. Il émanait de lui dignité, humilité et force. Il a exhorté l’Union européenne à ne pas laisser tomber son pays agressé par l’armée russe. Il a aussi, et c’est important de le souligner, tant dans les faits que symboliquement, renouvelé sa demande d’adhésion à l’Union européenne. Il avait signé le document officiel devant ses réseaux sociaux presque en catimini.
On le sait, cette adhésion ne peut se faire en l’état, dans la précipitation de la guerre. Mais martèle-t-il « Nous avons prouvé notre force. Prouvez donc que vous êtes avec nous, alors la vie l’emportera sur la mort et la lumière sur les ténèbres ».

Dans un précédent article l’hypothèse d’un acte fort et solidaire de l’UE, l’invitant à faire preuve de sa capacité à une réponse vigoureuse et au soutien sans réserve à l’Ukraine, était posée.
L’UE l’a fait et bien fait. Elle apporte la preuve de sa puissance qu’elle ne connaissait peut-être pas. Puissance économique certes mais aussi politique dans son rôle de défense lorsqu’elle s’engage dans une réponse ferme mais de construction de la paix. C’est une image nouvelle et peut-on le dire un tournant radical au vu de sa culture des décennies précédentes.

Plusieurs amis membres ou contributeurs du CECI (et d’autres) demandaient un accès rapide pour l’Ukraine à l’UE précisant que l’engagement d’un processus d’adhésion est une alternative, un substitut à l’impossible adhésion à l’OTAN. Les eurodéputés ont adopté une résolution, non contraignante, pour demander à l’UE d’accorder à Kiev le statut de candidat. C’est un vrai premier pas.
Le message fort de Roberta Metsola la présidente du Parlement européen est clair : « le Parlement européen soutiendra la candidature d’adhésion de l’Ukraine à l’Union tout au long du processus ».
Mais le Président Michel l’a aussi rappelé : « les positions ne sont pas toutes les mêmes au sein des États membres ». Le ministre français des Affaires étrangères Jean Yves Le Drian semblait même dire que « l’on en parlerait le moment venu ». Il n’a pas tort, l’avenir nous le dira.

Dans l’immédiat c’est le soutien sans réserve à l’Ukraine qui compte. À l’Ukraine et aux pays voisins, aux États membres de l’UE menacés eux aussi. Nous sommes désormais engagés, les uns et les autres, dans un conflit de dimension mondiale. Bien sûr nous n’enverrons pas – pour l’heure – de troupes sur le territoire ukrainien mais les sanctions prises par la communauté internationale auront des effets à long voire très long terme. Et nous ne sommes pas à l’abri de provocations russes dans d’autres régions du monde. Je pense ici au Mali où les troupes françaises préparent leur retour.

À propos des sanctions des pays européens, la présidente de la Commission Ursula van der Leyen s’est dite « être fière de notre Union qui fait preuve d’une volonté commune ». Notre présidente est au fait des difficultés qui nous attendent. Je cite : « Je suis bien consciente du fait que ces sanctions auront un coût pour notre économie également. Je le sais bien et je tiens à être honnête avec les citoyens européens. Nous avons subi deux années de pandémie. Et nous espérions tous pouvoir nous concentrer sur la relance de notre économie. Mais je crois que les citoyens européens comprennent très bien que nous devons nous opposer à cette cruelle agression. Oui, protéger notre liberté a un prix. Mais l’heure est grave. Et c’est un prix que nous sommes prêts à payer. Parce la liberté n’a pas de prix ».

Concernant le souhait d’adhésion, elle ouvre la porte tout en sachant que le processus est toujours très long. Mais son discours est éloquent et tout est dit : « Le Président Zelenskyy et le peuple ukrainien sont une véritable source d’inspiration. La dernière fois que nous nous sommes parlé, il m’a fait à nouveau part du rêve de son peuple d’adhérer à notre Union. Aujourd’hui, l’Union et l’Ukraine sont déjà plus proches que jamais. Il reste un long chemin à parcourir. Nous devons mettre fin à cette guerre. Et nous devrions parler des étapes à venir. Mais j’en suis sûre : personne dans cet hémicycle ne peut douter qu’un peuple qui lutte si courageusement pour nos valeurs européennes a sa place dans notre famille européenne ».

La guerre en Ukraine n’a pas divisé les Européens. Bien au contraire. De la guerre, des heures sombres, de la peur, de la mort renaîtra une Ukraine libre de ses choix et va s’ouvrir, après cette énième crise, une étape nouvelle et fondamentale pour l’Union européenne. D’autant plus que la Géorgie et la Moldavie ont déposé une demande d’adhésion. Le monde d’avant est bel et bien terminé. L’approfondissement de l’UE est nécessaire.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, 0 commentaire

Olivier Védrine : appel depuis Kiev

En dépit des menaces, l’appel de Kiev est lancé.

Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Fédération de Russie n’est plus une hypothèse, les journalistes et les diplomates sont, pour l’essentiel, concentrés sur la question de la sécurité de la Russie et sur celle de la sécurité des pays membres de l’OTAN et de l’Union européenne, ainsi que, pour ces derniers, sur celle de la défense de principes qu’ils considèrent comme constitutifs de l’ordre international : le respect de l’intégrité territoriale et du libre choix des alliances internationales.

À Kiev, alors que les canons de la Russie sont dirigés contre nous, l’Europe a rendez-vous avec l’histoire. En Biélorussie comme en Russie, des régimes autocratiques briment leurs peuples mais nous, nous nous adressons aux peuples, pas aux gouvernants ! Leurs peuples, aussi européens que nous, souffrent aussi de la politique de leurs chefs dictateurs. Nous nous devons d’appeler les citoyens de tout le continent européen à revendiquer leurs racines héritées d’Athènes, de Rome, de la chrétienté et du siècle des Lumières !

Depuis Kiev, héritière à la fois de l’Empire d’Occident et de l’Empire d’Orient, de Rome comme de Byzance, nous demandons à l’Union européenne de se montrer digne des pères fondateurs, des Monnet, Schuman, de Gasperi et Adenauer, et de faire ce qu’ils firent en moins d’un an, la Communauté européenne du charbon et de l’acier, la CECA, entre des pays qui étaient cinq ans auparavant plongés dans la guerre la plus féroce que l’humanité ait jamais connue, la Seconde Guerre mondiale !

Nous devons appeler l’Union européenne à engager sans délais le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne afin de montrer aux Ukrainiens, mais aussi aux citoyens russes et biélorusses, ce qu’est la solidarité des peuples d’Europe ! Nous appelons l’Union européenne à faire ce qu’elle a fait sans sourciller avec l’île de Chypre, en l’admettant comme un pays membre.

Avec la Russie et la Biélorussie, l’Union européenne veillera à ce que cet élargissement à l’Ukraine ne soit pas une déchirure définitive et qu’elle permette à terme aux peuples russes et aux peuples biélorusses de développer un sentiment commun d’appartenance à une même Europe continentale. Il faudra veiller ainsi aux mécanismes et arrangements nécessaires pour que cette adhésion permette aussi les échanges entre les biens et les hommes des voisins de l’est.

Ce que nous demandons est faisable. L’Allemagne de l’Est rejoignit l’Union européenne en un an, grâce au grand homme d’État que fut Helmut Kohl !
Cet appel de Kiev s’adresse donc aux Institutions européennes, à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, au président du Conseil européen Charles Michel, à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, à la présidente du Comité économique et social européen Christa Schweng, au président du Comité européen des régions, Apostolos Tzitzikostas, mais aussi à tous les chefs d’État et de gouvernement de l’UE et notamment Emmanuel Macron, dont le pays, la France, préside actuellement le Conseil de l’Union européenne.

Certains États membres de l’Union ont déjà pris des décisions courageuses. L’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la République tchèque, la France et la Pologne ont décidé de fournir du matériel civil et militaire à l’Ukraine tandis que le Danemark, les Pays-Bas, l’Espagne se sont engagés à renforcer la présence militaire dans la région ; la France se prépare à faire de même en Roumanie.

Si tout cela va dans la bonne direction, celle d’un renforcement de la dissuasion, cela risque cependant de ne pas être suffisant pour assurer la stabilité de l’Ukraine à court et moyen termes. C’est une chance historique pour le président Emmanuel Macron qui assure la présidence du conseil de l’Union européenne de faire de cette dernière un véritable acteur stratégique dans cette crise. Puisqu’en 2015 l’Union européenne a reconnu « les aspirations européennes de l’Ukraine » et s’est félicitée « de son choix européen », le moment est venu de lui donner une réelle perspective d’intégration en ouvrant immédiatement les négociations d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.


article publié également dans la Tribune de Genève

Publié par Olivier Védrine dans CECI dit, 0 commentaire

Guerre en Ukraine : un conflit qui peut devenir mondial

24 février 2022.
Nous venons d’échanger avec notre collègue et contributeur du CECI
Alexandre Melnik, professeur de géopolitique à l’ICN Business school, Nancy, Paris, Berlin. Auteur et ancien diplomate.
Reprenant ici, selon sa proposition, quelques éléments d’une interview réalisée par Éric Molodtzoff pour France 3 Grand Est, voici son analyse sur la guerre en Ukraine et les réelles intentions de Vladimir Poutine. Alexandre Melnik estime que le conflit peut devenir mondial. 

Le point de bascule

L’invasion de l’Ukraine est le point de bascule le plus tragique depuis la Seconde Guerre mondiale. « Ce n’est pas une guerre déclarée seulement contre l’Ukraine mais une guerre déclarée contre l’humanité. Vladimir Poutine en porte l’entière responsabilité ».
C’est effectivement une guerre contre les valeurs que portent les civilisations occidentales, notamment la Liberté et les droits de l’Homme. Lorsque nous l’interrogeons sur les raisons qui ont amené à cette situation, Alexandre Melnik estime que trois raisons expliquent l’agressivité et l’expansionnisme de Poutine.
« La première nous ramène aux origines de la civilisation russe. Cet immense pays s’est toujours senti comme une forteresse assiégée, cernée par des ennemis. C’est une sorte d’obsession de persécution qui traverse toute l’histoire de la Russie.
La deuxième raison nous ramène à la fin de l’URSS dans les années 90, lorsque le communisme est tombé. Pour la plupart des Russes, ces années ont été vécues comme des années d’humiliation alors que c’était la délivrance par rapport à un système criminel.
Concernant la troisième, il veut se protéger contre la Liberté car elle signerait l’arrêt de mort de son régime répressif, liberticide et ultra autoritaire. » 

Les faiblesses de l’Occident

Vladimir Poutine profite des faiblesses de l’Occident. C’est la faiblesse de notre démocratie et celle de notre mode de vie qui forment le terreau nourricier de l’agression de Poutine. Il profite de l’absence de contre-feu. Pour lui, le seul interlocuteur qui pourrait lui tenir tête ce sont les États-Unis. Les Européens sont aujourd’hui affaiblis de l’intérieur, empêtrés dans leurs propres contradictions internes. Le monde occidental vit une crise existentielle et Poutine s’introduit dans les interstices de cette crise qui frappe aujourd’hui la civilisation occidentale. 

Distinction entre Vladimir Poutine et le peuple russe 

Ne pas assimiler Poutine et la Russie : « Étant donné que nous vivons dans un monde global et interconnecté, il faut se donner les moyens de s’adresser au peuple russe par-dessus la tête de Poutine. Le peuple russe est intelligent. Il faut s’adresser directement à lui en lui disant que Poutine ment et affirmer clairement que les Ukrainiens ne veulent pas attaquer la Russie, ce n’est pas un pays nazi. L’Ukraine est un pays démocratique dont le président a été élu par le peuple ». 

Stop !

Quelle suite ? Pas de pari sur l’avenir mais une vision lucide : « Je constate les choses telles qu’elles sont. Il faut avoir le courage de faire un diagnostic de la situation et à partir de là toutes les options sont sur la table. Il faut continuer à vivre et trouver la parade. Elle doit être urgente face à cette agression qui présente un danger pour la paix dans le monde entier ».
Selon A. Melnik, Vladimir Poutine continuera jusqu’au moment où il sera arrêté. Comme Winston Churchill qui a dit « stop » à Hitler, aujourd’hui Il faut en faire de même face au dictateur russe car les conséquences de cette agression pourraient être dévastatrices. Il s’agit d’une agression contre l’humanité tout entière, une attaque contre les gens de bonne volonté qui veulent construire et donner du sens à leur vie, qui veulent cheminer vers le bonheur. 

La nécessité d’une réponse ferme 

Les actions prônées par l’expert en géopolitique sont sans appel : détermination et fermeté. En effet, sans réponse ferme c’est la porte ouverte à un monde dominé pour les régimes répressifs, autoritaires comme celui de Poutine où l’individu ne sera qu’un rouage de l’État. Cela ramène à la question centrale de la place de l’homme : est-il né pour être esclave ou pour être libre ? 

« Il faut opposer la force à la force. Passer par une escalade pour amorcer la désescalade. La seule chose que Vladimir Poutine comprend, c’est le rapport de force. Il ne fonctionne pas avec un logiciel rationnel comme le nôtre. Seule la force fermement exprimée peut lui barrer la route, s’il n’est pas déjà trop tard. » 

Publié par Cercle CECI dans CECI dit, 0 commentaire

Guerre en Europe : l’UE au pied du mur

La Russie, par son président, vient de déclarer la guerre au monde occidental. L’invasion de l’Ukraine, pays souverain qui a voulu quitter l’URSS pour retrouver sa liberté et son histoire, se trouve aujourd’hui confrontée à ce que le continent européen a connu à la fin des années 30. Nous pensions et espérions ces temps belliqueux révolus. Il n’en est rien. Plus de 70 années de paix au sein des pays signataires de l’UE viennent de prendre fin. Le conflit sera durable quoi qu’il se passe. Les traces seront innombrables et difficiles à effacer. 

Les Européens doivent regretter aujourd’hui de n’avoir pas su aller plus loin dans leur projet d’Union européenne de la défense. Il va falloir être très solidaires. Le moment est donc bien venu pour l’UE de faire la preuve de sa capacité à une réponse vigoureuse et à un soutien sans réserve à l’Ukraine. C’est le moment, pour nous Européens, de nous affirmer comme autorité véritable sur le continent européen. Seule une réaction forte de la part de l’UE, avec ses alliés de l’OTAN, permettra une reconnaissance de ses citoyens mais aussi du reste du monde face au risque d’un conflit généralisé car nous n’en sommes que trop près mais pas forcément prêts. 

Un acte fort et solidaire attendu 

La guerre lancée par le président Poutine doit avoir une réponse unanime de la part des 27. Cette réponse commence par l’annonce, la promesse, d’ouvrir en urgence la possibilité pour l’Ukraine de rejoindre l’Union européenne. Seul cet accès rapide à l’UE peut être une substitution réelle et efficace à une adhésion impossible, pour le moment, du pays attaqué à l’OTAN.

C’est une guerre contre l’Ukraine et contre le monde, une attaque en règle contre les démocraties et l’ordre du monde. Face à cela on entend les propos de Vadym Omelchenko, l’ambassadeur d’Ukraine en France, qui appelle au soutien de la France, seul pays de l’UE à détenir les moyens de la dissuasion. Il revient à Emmanuel Macron de par sa fonction actuelle de président en exercice du Conseil de l’Union européenne de porter une double réaction, à la fois au nom de la France et au nom de l’UE.

La réponse est celle des sanctions efficaces contre la Russie, par l’économie, les échanges commerciaux et les finances et tout autre moyen non militaire tant que cela sera possible. Mais c’est une guerre qui va nous toucher durablement. Il n’y a pas que le gaz dont on parle souvent. La stabilité du monde est désormais lourdement affectée. La déclaration de guerre ne concerne pas que l’Ukraine mais aussi tous les voisins, les Pays baltes, la Finlande et la Suède particulièrement inquiets. 

L’enjeu est humain. Le nombre des réfugiés peut atteindre selon les experts de l’ONU 5 millions de personnes. Il va falloir les accueillir. À ce niveau les Européens doivent faire vite et beaucoup. Nous revenons aux heures noires.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, 0 commentaire

Trait d’Union

Former les futurs journalistes aux questions européennes 

Il y a presque deux ans l’Association des journalistes européens que je préside a publié une lettre ouverte dans Les Echos avec le Mouvement européen pour protester contre le manque de couverture des questions européennes par les médias français. 

Nous avons été reçus par Clément Beaune, le Secrétaire d’État aux Affaires européennes, Sabine Thillays, la Présidente de la Commission des Affaires européennes à l’Assemblée nationale et par Roch Olivier Maistre, le Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et feu la remarquable Conseillère Michèle Léridon. Tous ont fait leur possible pour agir et faire changer les esprits. 

Malgré cela, la couverture de l’Europe n’a guère augmenté. 

Il y a un an jour pour jour, avec 5 consœurs et confrères (dont certains avaient fait le CHEE), nous nous sommes dit qu’il n’y avait qu’une seule solution : prendre les journalistes à la racine ! Autrement dit, proposer des master-class autour de l’Europe aux étudiants journalistes afin de leur donner envie d’en parler une fois dans une rédaction. 

Et le 18 février 2021, Pauline Adès-Mevel, Sandrine Amiel, Laurence Aubron, Xavier Chemisseur, Jean Baptiste Letondeur et moi-même avons créé l’association Trait d’Union. Je dois reconnaître que nous avons été surpris par l’engouement autour de notre initiative. 

Comme vous pouvez le constater sur notre site, nous avons été immédiatement rejoints par d’éminents journalistes et soutenus par d’éminentes personnalités. La Fondation Hippocrène et le Ministère des Affaires étrangères nous ont rapidement fait confiance et proposé un financement. Les responsables de la Maison Jean Monnet ont accepté de collaborer avec nous et d’accueillir des étudiants. 

Trait d’Union (traitdunion.eu.com)

Résultat : un an plus tard, nous avons déjà réalisé des master-class au CFJ, ESJ Lille, Sciences Po Paris, Celsa, IPJ Dauphine, EPJT, La Chance, IJBA Bordeaux et même à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel en Suisse. Opérations de grande ampleur pour lesquelles Karima Delli, Serge Guillon, Fabienne Keller, Guillaume Klossa, Philippe Le Guen et Philippe Perchoc ont accepté de se déplacer. 

2022 sera une année test pour Trait d’Union. Une fois la PFUE passée, les écoles de journalistes continueront-elles à vouloir former leurs étudiants sur l’Europe ?

Nous, à Trait d’Union, nous faisons le pari que oui !

Véronique Auger
Secrétaire générale Trait d’Union.

Publié par Véronique Auger dans CECI dit, Véronique Auger, 0 commentaire

Décès de David Sassoli

Emmanuel Morucci, Président, et les membres du Cercle Europe Citoyennetés et Identités – CECI, expriment leur profonde tristesse à la suite du décès de David Sassoli, Président du Parlement Européen, annoncé ce mardi 11 janvier 2022.

Nous sommes attristés car c’était un homme de valeurs et de dialogue, un Européen convaincu.
David Sassoli était fier de son pays, l’Italie, et de l’Union européenne dont il présidait l’institution symbole de la démocratie.
La recherche du Bien commun donnait sens à son action politique. Depuis son élection en 2019 il œuvrait pour rapprocher les institutions de l’Union des citoyens.
Il était attaché à la dimension humaine du projet européen, notamment dans la lutte contre la pauvreté et la place qu’il a donnée aux jeunes générations.
Il aura été particulièrement présent dans la Conférence sur l’Avenir de l’UE.

Le CECI présente à sa famille, ses proches, ses amis et ses collaborateurs ses plus sincères condoléances.

Publié par Cercle CECI dans CECI dit, Cercle CECI, 0 commentaire

Des enjeux pour la PFUE 2022

Depuis le 1er janvier la France préside le Conseil de l’Union européenne.
De fait, l’agenda de cette institution centrale de l’Union est géré par notre pays pour un semestre. Déjà nombre de réunions et de rencontres sont prévues et se dérouleront dans l’hexagone.
Il est donc temps de présenter nos vœux de succès au Président de la République qui sera le personnage scruté des prochains six mois pour cette responsabilité qui engage près de 500 millions de personnes. Lire la suite →

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, 1 commentaire

Revenir à l’esprit des fondateurs de l’Europe

À l’heure où la France s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne, en janvier et pour six mois, on est en droit de s’interroger sur l’état de l’Union et sur ses rapports avec les États membres.

L’épisode du Brexit et la remise en cause, par certains pays membres, de la supériorité du Droit européen sur le Droit des États nous obligent à repréciser le statut de lUnion et à mesurer les dangers qui la menacent. 

L’Union est une organisation supranationale ; elle nest ni un État, à part entière, ni une fédération comme les États-Unis ou la République fédérale allemande. LUnion na pas de Constitution ; elle fonctionne sur la base de traités librement consentis par ses membres. Fondée en 1957 par le Traité de Rome, elle est aujourdhui régie par le Traité de Lisbonne. Lire la suite →

Publié par Bernard Bonno dans Bernard Bonno, CECI dit, 1 commentaire