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L’Europe nous mérite car les points nous unissent

Vous avez quatre heures. Ce ne sera peut-être pas trop pour chercher, organiser et articuler paramètres historiques, culturels et économiques sur fond de stratégies sociologiques et géo-politiques, et répondre ainsi à l’analyse demandée. Le défi est à la hauteur de la pensée dont l’auteur n’a à ce stade pas été divulgué. Peu importe, les éléments ne manquent pas pour se lancer et construire un raisonnement profond et argumenté.
On imagine alors, à quelques semaines d’une fin d’année de travail scolaire ou universitaire, lycéens impliqués ou étudiants documentés s’atteler à fournir un résultat qui ne manquera ni de corps ni d’esprit tant le propos initial se montre à la fois simple et ambitieux. Ce ne sont pourtant pas toujours les tâches les plus faciles à réaliser.

L’Europe nous mérite-t-elle ?

Guidés par des valeurs portées par des initiateurs audacieux, les citoyens que nous sommes ont su montrer le meilleur d’eux-mêmes et ainsi, ensemble, démontrer que nous étions capables de grandes choses qui se traduisent dans le quotidien, des coopérations industrielles ou spatiales aux protections numériques, des parcours d’études corrélés à Erasmus aux couvertures médicales lors d’un séjour dans un pays voisin pour ne citer que ces exemples.
Certes, aujourd’hui ces avancées nous semblent définitivement évidentes comme si elles avaient toujours existé et d’ailleurs, cela tombe sous le sens, comment pourrait-on faire autrement ?

Faciliter le quotidien par une circulation et des déplacements que l’on n’imaginerait plus contraints par une nécessaire anticipation administrative, ou encore par des échanges commerciaux sur fond de monnaie unique, nous rend proches les uns des autres au point que les compagnies aériennes ont compris leur intérêt à mettre en place des liaisons entre pays voisins bien plus séduisantes que d’inciter à rester dans le périmètre national. Il est souvent devenu plus simple, et moins onéreux, pour un Auvergnat ou un Breton de taquiner les frontières intérieures européennes le temps d’un espace de vacances plutôt que d’envisager un accès ferroviaire pour quelques jours de vie parisienne.

Garantir la paix entre pays autrefois belligérants nous protège des fléaux guerriers et dévastateurs dignes d’une période où l’on ne savait parler qu’avec les armes. Notre réconciliation durable comme l’a voulue Robert Schuman nous met à l’abri de tensions guerrières entre nous, ce qui n’est pas rien. Certes, pour nous citoyens européens qui pour la plupart n’avons connu la guerre qu’au travers des récits transmis par nos aînés, cela nous paraît d’une évidence assumée. Pourtant, les peurs ressenties et partagées dues aux agressions cruelles et dévastratrices menées en Ukraine, pays frontalier de l’Union européenne, par le dictateur russe nous font craindre une escalade dans laquelle nous pourrions être entraînés. Cette perspective se trouve activée en cela par les turbulences inopinées du chef d’État américain à l’allure d’électron libre, loin des valeurs de paix et de l’esprit défenseur de ses courageux aînés qui n’ont galvaudé ni leur engagement ni leur sens des responsabilités.
Nous vivons un temps de désordre et de déstabilisation forte au point que l’on rendrait coupable notre Union de ne pas disposer de moyens de défense que nos propres gouvernements n’ont pas voulu lui donner. Un peu de cohérence, s’il vous plaît.
Cela dit, nous pouvons être fiers des étapes déjà franchies même si le chemin est loin d’être accompli. Nous avons prouvé être capables du meilleur quand nous savions nous mobiliser. Jean Monnet ne disait pas autre chose quand il pressentait que « l’Europe se ferait dans les crises, et qu’elle serait la somme des solutions qu’on apporterait à ces crises. » C’est pourquoi, même si un « peut mieux faire » ou encore « peut faire plus et mieux » serait une observation plus pertinente, nous pouvons être fiers du travail déjà réalisé et en cela l’Europe nous mérite par la confiance que nous avons su lui porter.

Des points partagés aux points reliés

Le projet européen repose avant tout sur la prise de conscience d’un rapprochement nécessaire entre nous, voisins du Vieux Continent. S’il est opéré dans maints domaines, il n’est pas toujours conscientisé ou même compris. Et pourtant, qui sommes-nous d’autres aujourd’hui que des membres d’une même et nombreuse famille ?
À l’instar de nombre d’Alsaciens, Italiens ou Suisses qui ont répondu à l’appel du roi espagnol Charles III à venir s’installer dans les terres andalouses à la fin du XVIIIe siècle, nous nous sommes rassemblés, retrouvés, unis dans une destinée souvent de survie ou de quête d’une vie meilleure. En quittant ainsi à quelques années de ce qui allait devenir la Révolution française leurs plaines, collines ou montagnes pour changer d’environnement et venir braver les chaleurs sèches de la pointe ibérique en y développant de multiples cultures dans les champs qui n’attendaient qu’à produire, ces migrants d’un autre temps ont non seulement répondu aux besoins d’un territoire qui cherchait bras et courage pour nourrir ses sujets, mais créé une communauté qui aujourd’hui et depuis bien longtemps fait socle. Deux siècles et demi plus tard, les hommes et les femmes qui y vivent, s’ils sont bien entendu Espagnols, ne renient pas leurs origines, bien au contraire. Fiers de cette histoire, ils ont gardé d’elles des consonnances ancrées jusque dans leurs noms de famille, mais aussi des signes génétiques faisant parfois côtoyer dans une même fratrie le bleu clair et le marron foncé des regards.

Tels des points d’une œuvre artistique collective ou encore des entrelacs composant des motifs d’un travail couturier, à l’image des lieux et endroits d’une carte européenne qui ne saurait mentir en révélant les maintes voies construites ne menant pas seulement à Rome, ces points ancrés dans les paysages variés de notre espace partagé permettant de nous relier les uns aux autres sont aussi les valeurs que nous défendons et portons haut et fort : ils forment nos points communs, autant de convergences et de signes d’appartenance à ce destin lui aussi commun.
Encore une fois, la partition écrite par Jean Monnet révélait une limpide clairvoyance quand il déclarait « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. »
Autant de territoires connectés, autant de femmes et d’hommes reliés, partageant une histoire commune pour un temps, celui d’une période ou d’une vie, voire même d’une descendance.
Quel sens alors donner aux velléités de renforcement ici ou là de nationalismes exacerbés, si ce n’est la traduction d’un triste repli sur soi, à l’allure d’enfermement dans un passé réinventé ou dans la réécriture d’une Histoire qui n’a d’écho que dans un mythe ? Si l’uniformité a du sens, c’est dans les valeurs défendues et portées aux quatre coins de l’UE, et certainement pas dans la narration d’un prétendu passé uniforme entre nous ni d’un présent dépourvu de particularités. Bien au contraire, notre Histoire s’est construite par tissages et articulations entre « des » Histoires locales, régionales et nationales nourries de diversités qui font traces, et que l’on retrouve aujourd’hui partout, des paysages aux modes de vie, des rivages aux monuments des villes, des langues aux traditions culinaires.
Plus souvent suscités que volontaires, les mouvements de population au cours des siècles ont, sur fond de nécessité et souvent de survie, de fait provoqué des rencontres et par là-même fait se téléscoper traditions et coutumes, faisant naître de nouvelles identités inopinées sur des territoires dédiés : la diversité de nos identités et de nos citoyennetés y trouve source.Nous nous sommes construits en famille, en peuple européen, comme en témoignent la couleur de nos cheveux et de nos yeux, nos prédécesseurs s’installant plus ici et d’autres plus là.
Alors oui, les points nous unissent : nos points communs comme autant de valeurs convergentes, nos résultats et nos scores de réussite dès lors que nous faisons corps, nos particularités revendiquées et reliées par ces réseaux de toutes natures.

Gabin l’Européen

La devise de l’UE est le pur reflet de cette réalité qui n’oppose en rien les identités mais au contraire les fait vivre telle une famille accueillante et célébrant les siens.
« Unie dans la diversité », l’Europe sait ce qu’elle vaut et ce qu’elle veut. À quelques jours du 9 mai, jour anniversaire de la Déclaration de Robert Schuman il y a 75 ans, la devise résonne plus que jamais pour traduire le sens du projet européen.
75 bougies pour célébrer l’audacieuse volonté d’une réconciliation durable s’il en est, à la hauteur des enjeux.

La construction européenne se poursuit et c’est l’affaire de tous, là aussi regroupés dans nos diversités, quelles que soient nos histoires, nos modes de vie, nos âges, etc.
S’il n’est jamais trop tard pour faire l’Europe, il n’est jamais trop tôt non plus.
L’heure est venue de divulguer l’auteur de cette réflexion initiale « L’Europe nous mérite car les points nous unissent » : nous la devons à un jeune de 10 ans, élève de CM2.
Bravo Gabin !

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Le CECI fête le mois de l’Europe 2025

Le Joli Mois de l’Europe 2025 se déroule tout au long du mois de mai 2025, avec pour objectif de valoriser l’Europe dans notre quotidien, de mettre en avant les projets soutenus par les fonds européens, les structures en lien avec l’Europe, et de promouvoir la mobilité européenne.

Célébration de la Journée de l’Europe
Le 9 mai 2025 marque le 75e anniversaire de la Déclaration Schuman, qui a posé les bases de l’Union européenne.

Le CECI organise ou participe à des événements pour faire découvrir les actions et actualité européennes :

  • 28 avril : rencontre avec les élèves de CM2 de l’école St Pierre à Plougastel-Daoulas.
  • 5 mai : « l’Europe au quotidien » à l’invitation du Comité de jumelage de Guipavas.
  • 6 mai : rencontre avec les collégiens de Sainte Ursule à Cléder et Notre dame d’Espérance à Saint Pol de Léon.
  • 9 mai : célébration de la Journée de l’Europe.
  • 22 mai : rencontre de Gérard Vernier et Patrice Obert auteurs de « L’Europe et ses défis » publié chez l’Harmattan avec des lycéens de la Croix Rouge à Brest puis conférence publique à la librairie Dialogues (en partenariat avec Brest Métropole dans le cadre du mois de l’Europe).

Publié par Cercle CECI dans Annonces, CECI dit, CECI fait, Cercle CECI, Les contributeurs, 0 commentaire

Relations franco-allemandes : une table ronde à Guipavas

C’était annoncé depuis plusieurs semaines : deux mois après les élections en Allemagne et à l’approche de la prise de fonction du nouveau chancelier allemand, le CECI a organisé le 24 avril 2025 une table ronde à Guipavas.

Au programme, les relations franco-allemandes pour l’Europe dans ce nouveau contexte. Claire Demesmay, Benjamin Kurc, Hans-Jürgen Zahorka, Erwin Hund, autant d’intervenants à l’expertise aiguisée, pour un débat dynamique et pertinent animé par Marion Watras.

Des questions variées sur des sujets abordant le positionnement européen dans différentes situations telles que la nouvelle guerre économique américaine, les migrations, la guerre en Ukraine, mais aussi l’évolution des jumelages franco-allemands ou encore le devenir de l’enseignement des deux langues.
Des questions ambitieuses qui touchent de près ou de loin les citoyens au quotidien.
L’événement était organisé en partenariat avec le Fonds citoyen franco-allemand.

Le point de vue de deux personnes ayant assisté aux débats.

Les intervenants ont expliqué ce que peut devenir la relation franco-allemande suite aux récentes élections législatives en Allemagne. Le nouveau chancelier, Friedrich Merz (CDU, 30% des votes), à la tête d’une coalition CDU-CSU-SPD (tous ayant réalisé des scores plus bas qu’à l’ordinaire), est francophile et souhaite travailler main dans la main avec Emmanuel Macron, dont il est proche sur les questions économiques et financières. Il annonce 500 Md€ de dépenses pour les infrastructures.

L’Allemagne ne bloquera plus l’Europe. Au contraire, le soutien des USA via l’OTAN étant compromis, Merz est en faveur de la création d’une armée européenne et il compte sortir les investissements de sécurité et de défense du cadre budgétaire. Il espère même profiter du parapluie nucléaire français.

Il reste un sujet de friction entre nos 2 pays : le commerce international. Pour des raisons d’intérêt propres à chacun, l’Allemagne est favorable au Mercosur alors que la France y est opposée.

Un atout important pour de bonnes relations entre les 2 pays est la bonne entente entre les peuples français et allemand, grâce aux jumelages (2 300 à ce jour, dont plus de la moitié entre l’Ouest de la France et le Sud de l’Allemagne), financés par les communes. Ces jumelages permettent aux citoyens de se connaître. Deux traités leur ont donné une impulsion : le traité de l’Élysée, concernant la jeunesse, en 1963, et le traité d’Aix-la-Chapelle, en 2 000, qui a créé un fonds citoyen. Malheureusement, ces relations entre citoyens ainsi que l’apprentissage des langues respectives des 2 pays sont en déclin.

Les questions des participants ont porté sur la situation de la Grande Bretagne qui, selon les intervenants, réintègrera l’Europe d’ici 10 à 15 ans.
Le triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne) qui se réactive an niveau de l’Europe, deviendra alors un « carré » en intégrant la Grande Bretagne.
La présence des extrêmes (gauche et droite) au Parlement allemand a soulevé une question. Pour la première fois, die Linke, le parti d’extrême gauche, n’est plus représenté au Parlement, faute d’élus en nombre suffisant. À l’inverse, l’extrême droite AfD, agressive, pro-russe et pro-nazie, ne cesse de progresser, soutenue par Elon Musk. La tradition allemande de gouvernements de coalition est heureusement un rempart contre ce parti.

En conclusion ce fut une soirée très intéressante avec des intervenants très qualifiés.

Merci au CECI !

Alix et Philippe Marchand

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Table ronde le 24 avril

Quelles relations franco-allemandes pour l’Europe après les élections en Allemagne ? Tel est le thème de la table ronde lors de la première Journée européenne 2025 du CECI.

Page programme

Voici l’article paru dans le Télégramme le 13 avril à la suite de l’entretien avec les représentants du CECI.

Le Telegramme

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Semaine des Droits Humains 2025 à Guer

Le CECI participait le 27 mars à la Semaine des Droits Humains 2025 à la Cité Scolaire Brocéliande à Guer.

L’objet était, entre autres, la découverte des enjeux de la Charte des droits fondamentaux de l’UE.
Invité à parler des thèmes d’actualité M. Emmanuel Morucci, docteur en Sociologie, président du Cercle Europe Citoyennetés et Identités (CECI) participait à un atelier d’échange avec des élèves.

Le thème demandé par l’équipe enseignante et notamment par madame Andrea Castano Rios, professeure d’espagnol et Référente apprentissage interculturel et appréciation de la diversité et du Patrimoine culturels pour le Réseau National des écoles associées de l’UNESCO concernait les défis et enjeux de l’UE avec un focus, actualité oblige, sur la défense européenne.
Emmanuel Morucci était également l’invité de l’équipe de journalistes pour une interview à la radio du Lycée. Il a répondu aux questions fort pertinentes de jeunes reporters sur les questions qui font l’actualité de l’UE et notamment ce qui inquiète les élèves : la guerre en Ukraine.

Programme Guer mars25

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Ciné-débat le 19 mars 2025

Ciné-débat le 19 mars 2025

Séance cinéma suivie d’un débat, au cinéma « Les Studios » à Brest pour le film « La salle des profs », prix lux du public 2024.

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Friedrich Merz vor dem gordischen Knoten der deutschen und europäischen Politik

„Du hast keine Chance, also nutze sie!“1

Der „gordische Knoten“ steht hier für eine deutsche und europäische politische Gemengelage voller Widersprüche, die zudem vielfach miteinander verknüpft sind. Dazu gehört z.B., dass Friedrich Merz sich im Wahlkampf als Entscheider und Macher, als CEO der Deutschland-AG, inszeniert hat, der Probleme anpackt und schnell löst, obwohl klar war, dass er mit einer Partei koalieren muss, die viele seiner Ideen ablehnt. Die Gegensätze zwischen CDU und SPD lassen sich grob so beschreiben : Die Liberal-Konservativen der Merz-CDU geben Freiheit den Vorrang vor Gleichheit, für sie geht privat vor Staat, Leistung vor Verteilung, Subsidiarität vor Solidarität und Verantwortungs- vor Gesinnungsethik. Sozialdemokraten sehen dies genau umgekehrt. Durch die Mitarbeit der bayerischen CSU unter ihrem Parteichef Markus Söder vertiefen sich diese Gräben noch mehr, insbesondere weil er permanent eine staatskeptische Haltung propagiert und gleichzeitig fordert, dass eine gute Regierung alle Probleme lösen müsse.

Für Friedrich Merz gilt hingegen vor allem, dass er als engagierter Verfechter der Schuldenbremse und der deutschen Wirtschaft jetzt eine Wirtschaftspolitik machen muss, die mehr auf Binnen-nachfrage in Deutschland und Europa setzt und die noch viel zu großen Barrieren des EU-Binnenmarkts, die oft von deutschen Unternehmen mit Zähnen und Klauen verteidigt werden, einreisst. Also nichts weniger als eine fundamentale Neujustierung des bisherigen deutschen Geschäftsmodells.

Bislang (im Wahlkampf und in den öffentlichen Diskussionen danach) noch völlig unbeachtet ist die Tatsache, dass es – „unter der Bettdecke“ gewissermaßen – noch weitere erhebliche Probleme gibt, die in den nächsten Jahren zunehmend wichtig werden : einen gigantischen Berg an verdeckten Verbindlichkeiten für Renten, Pensionen und die Gesundheitsversorgung der alternden Gesellschaft zum Beispiel. Diese Verpflichtungen werden von Fachleuten auf über 400 Prozent des BIP geschätzt. Daneben dürfte der Wunsch nach einer Wiederbelebung der Wehrpflicht mit dem Bedarf der Wirtschaft an Fachkräften kollidieren ; die naheliegende Lösung – mehr Zuwanderung – dürfte wiederum mit dem derzeit gepflegten Migrationsdiskurs nicht zu verbinden sein.
In der Außenpolitik muss der überzeugte Transatlantiker Merz sich mit einem EU- und Deutschenfeind im Weißen Haus auseinandersetzen und die Idee des freien Westens gegen Trump und Putin gleichzeitig verteidigen. Derzeit sind seine Versuche einer Kurskorrektur und eines Übernehmens der Traditionen von Adenauer und Kohl so stark, das manche Zeitungen ihn schon als „Gaullisten aus dem Sauerland“ beschreiben. Und das in einer vermuteten Koalition mit einer SPD, sie sich zu Zeiten von Scholz und Biden fest an die USA und deren Strategien gebunden hat.

In der EU hat Merz neben seinen intensiven Kontakten zu Macron auch so beste Voraussetzungen seine Ideen voran zu bringen : Die Kommissionspräsidentin, 13 der 27 EU-Kommissare, die Mehrheiten in den Ministerräten gehören ebenso zu seiner Parteienfamilie der EVP wie die stärkste Fraktion im EU-Parlament. Und diese erwarten von ihm, dass er seine „disruptive“ Politik fortsetzt und das „german vote“, mit dem viele Entscheidungen in der EU blockiert wurden, beendet und die bisherigen Tabus in der Verteidigungs- und Fiskalpolitik hinter sich lässt. Und das sind noch lange nicht alle Zwänge und Widersprüche, die sich da als „gordischer Knoten“ vor Friedrich Merz auftürmen !

Und anders als Alexander der Große kann er diesen Knoten nicht mit einem Hieb durchschlagen ; denn in der deutschen Kompromiss-Demokratie muss er, der Olaf Scholz mal als „Klempner der Macht“ verhöhnt hat, jetzt zeigen, dass er nicht nur das große Ganze im Blick hat, sondern auch die kommunikativen Röhren und Stellschrauben kennt und bedienen kann, die in diesen wilden Zeiten für den Zusammenhalt unseres Gemeinwesens so wichtig sind. Denn es braucht in Deutschland und Europa jetzt eine fähige, starke, durch und durch demokratisch denkende Führungskraft, die für die drittgrößte Volkswirtschaft der Welt und Europa eine klare und einheitliche Zukunftsvision hat. Die die richtigen kreativen und effizienten Problemlöser um sich versammelt und zusammen das System von Grund auf erneuert und fit für die Zukunft macht. Angesichts der drohenden „Alternative für Deutschland“ und Europa durch die Trump-Putin- Doktrin, die für die EU dieselbe Zukunft wie für die Ukraine plant : Zerstörung des Bestehenden und Installierung von möglichst vielen moskauhörigen Marionettenregierungen in Budapest, Rom, Berlin, Paris, Wien, Bratislava, .. bleibt uns nichts anderes übrig als zu hoffen, dass Friedrich Merz zu dem Friedrich dem Großen wird als den er sich schon seit langem sieht.
Zudem müssen auch wir an der demokratischen Basis europäisch zusammen stehen, denn von dem beschriebenen Schreckensszenario sind wir sind alle bedroht. Demgegenüber kann demokratische Hoffnung nur konsequent aufklärerisch sein und mit gedanklicher und gesellschaftlicher Aktivität verbunden,sein. Und das heisst eben auch : mit Arbeit und mit der Bereitschaft, Verantwortung zu übernehmen. Der Bereitschaft, selber zu denken, aber nie nur an sich allein. So wird es uns gelingen, Ideen und Konzepte für ein anderes Europa zu entwickeln, zu diskutieren und in die politische Debatte einzuspeisen.

1 Ein Spontispruch der 70er und 80er Jahre des letzten Jahrhunderts, mit dem in Zeiten extrem hoher Jugendarbeits-losigkeit die penetrant optimistische Individualisierung eines zentralen gesellschaftlichen Problems ins Lächerliche gezogen wurde

Da die politischen Ereignisse sich derzeit überschlagen und von jetzt auf gleich wegweisende Entscheidungen verkündet werden, dokumentiere ich lieber den Zeitpunkt, an dem ich dies schreibe : Freitag, 14. März 2025, ca. 14.00h

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Friedrich Merz face au nœud gordien de la politique allemande et européenne

« Tu n’as aucune chance, alors ! »1

Le « nœud gordien » représente ici un mélange politique allemand et européen plein de contradictions, qui sont en outre souvent liées entre elles. On peut citer par exemple le fait que Friedrich Merz se soit mis en scène pendant la campagne électorale comme un décideur et un homme d’action, le CEO de la Deutschland-AG, qui s’attaque aux problèmes et les résout rapidement, alors qu’il était clair qu’il devrait former une coalition avec un parti qui rejette nombre de ses idées. Les contradictions entre la CDU et le SPD peuvent être grossièrement décrites ainsi : les libéraux-conservateurs de la CDU de Merz donnent la priorité à la liberté sur l’égalité, pour eux le privé prime sur l’État, la performance sur la répartition, la subsidiarité sur la solidarité et l’éthique de responsabilité sur l’éthique de conviction. Les sociaux-démocrates voient les choses exactement à l’inverse. La collaboration de la CSU bavaroise, sous la houlette de son chef de parti Markus Söder, ne fait qu’accentuer ces clivages, notamment parce qu’il propage en permanence une attitude sceptique vis-à-vis de l’État tout en exigeant qu’un bon gouvernement résolve tous les problèmes.

Pour Friedrich Merz, en revanche, il s’agit avant tout, en tant que défenseur engagé du frein à l’endettement et de l’économie allemande, de mettre en place une politique économique qui mise davantage sur la demande intérieure en Allemagne et en Europe et qui fasse tomber les barrières encore bien trop importantes du marché intérieur de l’UE, souvent défendues bec et ongles par les entreprises allemandes. En d’autres termes, rien de moins qu’un réajustement fondamental du modèle économique allemand actuel.

Jusqu’à présent (pendant la campagne électorale et dans les débats publics qui ont suivi), le fait qu’il existe – « sous la couette » en quelque sorte – d’autres problèmes considérables qui deviendront de plus en plus importants dans les années à venir a été totalement ignoré : une gigantesque montagne d’engagements cachés pour les pensions, les retraites et les soins de santé d’une société vieillissante, par exemple. Les spécialistes estiment ces engagements à plus de 400 pour cent du PIB. Par ailleurs, le souhait de relancer le service militaire obligatoire risque de se heurter aux besoins de l’économie en main-d’œuvre qualifiée ; la solution évidente – plus d’immigration – risque à son tour de ne pas être compatible avec le discours actuellement tenu sur l’immigration.
En politique étrangère, Merz, transatlantique convaincu, doit faire face à un ennemi de l’UE et des Allemands à la Maison Blanche, tout en défendant l’idée d’un Occident libre contre Trump et Poutine. Actuellement, ses tentatives de corriger le tir et de reprendre les traditions d’Adenauer et de Kohl sont si fortes que certains journaux le décrivent déjà comme un « gaulliste du Sauerland ».
Et cela dans une coalition présumée avec un SPD qui, à l’époque de Scholz et Biden, s’est fermement engagé auprès des États-Unis et de leurs stratégies.

Au sein de l’UE, outre ses contacts intensifs avec Macron, Merz dispose ainsi des meilleures conditions pour faire avancer ses idées : la présidente de la Commission, 13 des 27 commissaires européens, les majorités dans les conseils des ministres appartiennent autant à sa famille de partis du PPE que le groupe le plus fort au Parlement européen. Et ces derniers attendent de lui qu’il poursuive sa politique « disruptive », qu’il mette fin au « vote allemand » qui a permis de bloquer de nombreuses décisions au sein de l’UE et qu’il laisse derrière les tabous actuels en matière de politique de défense et de politique fiscale. Et c’est loin d’être la totalité des contraintes et des contradictions qui s’accumulent comme un « nœud gordien » devant Friedrich Merz !

Et contrairement à Alexandre le Grand, il ne peut pas trancher ce nœud d’un seul coup ; car dans la démocratie de compromis allemande, celui qui s’est un jour moqué d’Olaf Scholz en le qualifiant de « plombier du pouvoir » doit maintenant montrer qu’il n’a pas seulement une vue d’ensemble, mais qu’il connaît et peut aussi actionner les tuyaux et les vis de réglage communicatifs qui sont si importants en ces temps sauvages pour la cohésion de notre communauté.
Car l’Allemagne et l’Europe ont désormais besoin d’un gouvernement capable, fort et foncièrement démocratique. Un dirigeant qui a une vision claire et cohérente de l’avenir de la troisième économie mondiale et de l’Europe. Qui rassemble autour de lui les bonnes personnes créatives et efficaces pour résoudre les problèmes et qui, ensemble, renouvellent le système de fond en comble et le préparent pour l’avenir. Face à la menace d’une « alternative pour l’Allemagne » et l’Europe par la doctrine Trump-Poutine, qui prévoit pour l’UE le même avenir que pour l’Ukraine : la destruction de l’existant et l’installation d’un maximum de gouvernements fantoches moscovites à Budapest, Rome, Berlin, Paris, Vienne, Bratislava… il ne nous reste plus qu’à espérer que Friedrich Merz devienne le Friedrich le Grand qu’il se voit être depuis longtemps déjà.
En outre, nous devons nous unir à la base démocratique européenne, car nous sommes tous menacés par le scénario d’horreur décrit. Face à cela, l’espoir démocratique ne peut être que résolument éclairé et lié à l’activité intellectuelle et sociale. Et cela signifie aussi : avec du travail et la volonté d’assumer des responsabilités. La disposition à penser par soi-même, mais jamais seulement à soi-même. C’est ainsi que nous parviendrons à développer des idées et des concepts pour une autre Europe, à en discuter et à les intégrer dans le débat politique.

1 Un slogan des années 70 et 80 du siècle dernier qui, à une époque où le taux de chômage des jeunes était extrêmement élevé, tournait en ridicule l'individualisation optimiste d'un problème social central.

Étant donné que les événements politiques s’accélèrent actuellement et que des décisions importantes sont annoncées d’un moment à l’autre, je préfère documenter le moment où j’écris ceci : vendredi 14 mars 2025, vers 14h00.

Publié par Alfons Scholten dans Alfons Scholten, CECI dit, Les contributeurs, 1 commentaire

Le cynisme d’une Amérique aux abois…

La scène était à ce point inacceptable qu’elle est d’entrée de jeu passée dans l’histoire de la diplomatie et sans doute dans l’histoire tout court. Voir le président de l’Ukraine humilié et injurié comme il l’a été dans le bureau ovale de la Maison Blanche est l‘illustration même du cynisme américain tel qu’on le retrouve à la moindre incartade hors des chemins battus du protocole. Et cela, dans les lieux mêmes où, quatre ans plus tôt, Donald Trump avait lancé ses partisans à l’assaut des lieux officiels d’un pouvoir que les électeurs venaient de lui refuser ! Et le coup était bien monté, diaboliquement orchestré : pour avoir beaucoup fréquenté ces sphères des entretiens de haut niveau, je puis en témoigner en relevant quelques détails qui semblent avoir échappé à beaucoup d’observateurs, tant les coups d’éclat étaient mûrement calculés et époustouflants.

En premier lieu, les ordonnancements du protocole ont toujours un côté immuable, patiné par l’expérience et lourd de sens : on se souviendra longtemps de la scène à Ankara où le Président turc Erdogan attire ses deux visiteurs de l’exécutif européen, le Président du Conseil Michel et la Présidente de la Commission Mme von der Layen, pour un entretien face aux caméras : stupeur de la délégation européenne à son arrivée sur le plateau officiel : il n’y a qu’un siège pour les deux représentants, manière pour l’invitant de ridiculiser cette répartition des pouvoirs dans l’ensemble institutionnel bruxellois. Avec sans doute aussi en toile de fond le pied-de-nez au fait qu’une femme puisse prétendre exercer des pouvoirs aussi étendus, et damer le pion à son vis-à-vis masculin, dans un pays où sévit encore la chasse gardée masculine, sans entrave ni partage. Et non moins grande stupeur des observateurs et de la Présidente de la Commission quand le Belge Charles Michel s’assied dans l’un des deux fauteuils sans se soucier de sa vis-à-vis. Il s’est ce jour-là frappé à vie d’un ridicule qui aurait dû le conduire à démissionner mais qui, à défaut, l’a mené à une répudiation unanime, sans appel et définitive : la fin de son mandat en a été ternie et jamais il n’a été question de le reconduire dans des fonctions durablement éclaboussées tandis que l’oubliée du jour était plébiscitée unanimement pour un nouveau quinquennat !

De la même manière à Washington : la mise en scène avait été peaufinée pour entrainer le Président ukrainien dans la fosse aux outrages et à l’humiliation. D’abord, il est clairement établi qu’en cas d’entretien à haut niveau, le nombre d’intervenants doit être égal dans chaque camp, et que seul un délégué prend la parole. En laissant le vice-président Vance interpeller le visiteur ukrainien, D. Trump enfreint une première règle de savoir-vivre diplomatique. Pire encore, en permettant à un journaliste manifestement bien chapitré au préalable, d’interpeller M. Zelensky, et en des termes vifs complètement hors de propos et de lieu là encore, il donne l’impression, manifestement bien calculée, que son visiteur est aux abois et que lui seul, D. Trump, est à même de le protéger contre les autres et contre lui-même. On le voit, le protocole n’est pas fait que de ronds-de-jambe, et quand bien même : ceux-ci ont leur raison d‘être et de perdurer. Ils visent à permettre des échanges sereins, et à mettre sur un pied d’égalité, fût-il illusoire et temporaire, les interlocuteurs du moment. M. Zelensky était allé à Washington, pas à Canossa.

Pire : dans le choix des mots, volontiers blessants et qui relevaient du vocabulaire de saloon et non de chancellerie, D. Trump a montré qu’il était resté, encore et toujours, le candidat à sa réélection, l’homme en campagne pataugeant dans un univers et une atmosphère où tous les coups sont permis, et nullement le Président attaché à la hauteur de vue de sa fonction, l’homme qui cherche à rassembler et à ressembler. : tout en lui est fait pour se distinguer et pour écraser les autres comme il le faisait si bien dans ses shows télévisés de jadis.
Telle est effectivement la mentalité du yankee de base, celui-là même qui se flatte d’avoir conquis les grands espaces de l’Ouest, le célèbre Far West, en oubliant de dire à quel prix.
Il me souvient qu’un jour de discussions acharnées avec ou contre une délégation des organisations professionnelles des farmers américains qui ne comprenaient pas, et dénonçaient véhémentement comme un scandale le fait que nous subventionnions les exploitations, généralement très modestes, dans les régions les plus défavorisées, leur permettant ainsi de vivre et de survivre, nos visiteurs clamaient que c’était là un gaspillage de l’argent public et qu’il suffisait selon eux de les laisser mourir de leur belle mort et le problème serait réglé, j’avais lancé, outré, la répartie que nous avions développé notre agriculture en défrichant les terres et en assainissant les marais et eux en massacrant les Indiens, chacun sa méthode !
C’étaient là des propos dénonciateurs et qui ne sortirent pas de la pièce et de la coulisse, mais ce qui peut s’admettre au niveau des experts est inacceptable sur le plan diplomatique et feutré des représentations officielles ! Là est toute la différence.

On mesure dans ce clash mémorable mais finalement pitoyable en soi toute la différence de mentalité entre les Américains et les Européens : nous sommes unis dans la diversité, ils sont arcboutés sur leur unité, purement artificielle si on examine leur société, mais qui est le mythe fédérateur autant que le principe directeur : on n’en est plus à la fin de la guerre de sécession !
Chez nous le dialogue avec ce qu’il peut avoir parfois d’usant et d’abusant, chez eux le modèle unique, fait de libertés mais jusqu’à un certain point : combien de leaders d’opinion, de politiciens d’hommes d’affaires liquidés dans des règlements de comptes ou des attentats jamais totalement élucidés.
Finalement on en revient à une célèbre plaisanterie qui veut que les Français aient offert aux USA la statue de la liberté, mais qu’ils l‘aient installée le dos tourné à l’Amérique pour ne pas voir ce qui s’y passe !

Publié par Philippe Tabary dans CECI dit, Les contributeurs, Philippe Tabary, 1 commentaire

UE-Mercosur, un accord commercial très controversé ! 

Genèse, contenu, processus de ratification

Le Mercosur (de l’espagnol Mercado Común del Sur ) est une alliance constituée en 1991 par l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay – rejoints par la Bolivie fin 2023. L’Accord de libre échange (ALE) UE-Mercosur, dont les négociations ont commencé en 2000, est le plus important de l’UE et concerne 730 millions de personnes. Il revêt un volet de coopération politique et un volet commercial, sous compétence de la Commission dont nous traitons ici. Après 19 ans de négociations, un accord est conclu mais il est rejeté en 2020 par 6 États-membres (EM) dont la France. En 2022, la Commission voit dans le retour au pouvoir de Lula une fenêtre d’opportunité  pour le finaliser. Les négociations reprennent jusqu’en 2024 avec l’ajout d’un protocole additionnel recèlant quelques améliorations : il intègre le climat et un engagement du Mercosur à réduire la déforestation, il met en avant les droits des peuples et leurs conditions de travail et la Commission crée un fonds de compensation d’1 Md d’euros pour les secteurs agricoles fragilisés.

Avec cet ALE, les secteurs les plus stratégiques de chaque partie bénéficieront d’une réduction progressive de 92% des droits de douane sur une période de 0 à 16 ans selon les produits. Du côté des exportations européennes qui représentent 84 milliards (Mds) d’euros et concernent 30 000 entreprises, l’abolition des barrières douanières du Mercosur génèrera un gain annuel de 4 Mds d’euros. Elles concerneront l’automobile, la chimie, la pharmacie, le textile, les cosmétiques, les transports, et les services ainsi que l’accès des grandes entreprises aux marchés publics (eau et énergie). L’UE exportera également des produits agricoles tels qu’alcools, huile d’olive et chocolat ainsi que 357 Indications Géographiques Protégées (IGP dont 64 françaises) dont l’imitation sera interdite au sein du Mercosur : nombreux fromages, beurres, viandes et charcuterie, vins et spiritueux, riz de Camargue, huîtres Marennes-Oléron, pruneaux d’Agen, lavande de Haute Provence. Le Mercosur exportera des produits agricoles dont 99 000 t de viande bovine (quota de 1,6% de la production de l’UE), 180 000 t de viande de volaille (quota de 1,4% de la production de l’UE) et 180 000 t de sucre. Ainsi que des minerais stratégiques (cuivre, lithium, cobalt, nickel, graphite, silicium) dont il détient de grandes réserves : autant de ressources dont l’UE a besoin pour ses technologies vertes (éoliennes, batteries électriques, semi-conducteurs).

Le 6 décembre 2024, Ursula von der Leyen signe l’ALE à Montévidéo, malgré le rejet du gouvernement français, ouvrant un processus de ratification dont les modalités ne sont pas encore fixées : vote de l’ensemble de l’ALE en procédure longue, (Conseil à l’unanimité avec droit de véto, puis Parlement européen (PE) puis Parlements nationaux et régionaux dans les pays fédéraux) ou séparation entre accords commercial et politique, le premier n’étant soumis qu’au vote du Conseil à majorité qualifiée (55% des EM, 65% de la population) et du PE. La France cherche à constituer une minorité de blocage de 4 EM, représentant au moins 35% de la population. Elle pourra compter sur l’Autriche et l’Irlande, voire sur l’Italie et la Pologne.

Quelques réponses aux 3 principales attaques subies par l’ALE

1) Un Accord incompatible avec la lutte contre le dérèglement climatique !

La remise en cause des longues chaînes de valeur et des échanges avec des partenaires lointains a du sens. Cet ordre commercial met en jeu des transports et une consommation d’énergie fortement émetteurs de CO2 et rend la traçabilité de l’impact environnemental des produits beaucoup plus complexe. Les voies de transport optimisées (par ex. maritimes) peuvent rassurer mais les modes de production restent préoccupants : on peut déplorer le modèle d’alimentation d’un élevage européen gavé au soja, largement importé du Mercosur et nuisible à la souveraineté alimentaire de l’UE.

Au delà de cette critique écologique, qui vaut pour l’ensemble de la mondialisation et doit conduire à raccourcir les chaînes de valeur et à relocaliser certaines activités, cet ALE est, avec celui passé avec la Nouvelle-Zélande, le premier à faire du respect de l’Accord de Paris une clause suspensive. Le Mercosur s’y engage à réduire la déforestation. La politique commerciale européenne devient l’un des instruments d’un Pacte Vert en souffrance.

2) « Automobiles contre bétail », l’agriculture est toujours la variable d’ajustement des négociations !

L’agriculture n’est pas une variable d’ajustement : les principes de l’ALE relèvent de l’histoire du commerce et l’échange « agriculture contre industrie » était au cœur de la théorie des « avantages comparatifs » de Ricardo en 1817. Il l’illustrait par les échanges du drap britannique contre le vin portugais, chaque pays se spécialisant dans son secteur le plus compétitif. Au-delà de sa composante agroalimentaire, il faut examiner l’ALE de façon globale dans tous ses bénéfices pour l’UE : industrie, ouverture de marché publics et minerais stratégiques. Un ALE est donnant-donnant, il faut éviter d’opposer les secteurs entre eux. Et s’il est un domaine français où l’agriculture est une variable d’ajustement, c’est la place minimale qui lui est faite dans le partage de la chaîne de valeur alimentaire, allant des producteurs aux distributeurs, que la loi EGALIM ne parvient pas à rehausser.

L’ALE s’inscrit dans un contexte géopolitique qui pèse sur ses négociations. La pandémie, la guerre en Ukraine, le commerce déloyal chinois et le protectionnisme états-unien ont mis en évidence les risques de la dépendance européenne. L’importation de minerais stratégiques du Mercosur permettra à l’UE de diversifier ses sources. Si la pression de négociation sur le Mercosur est trop forte, celui-ci se rétractera et la Chine (premier partenaire commercial du Brésil) sautera sur l’occasion. L’UE, qui peine à relever le défi de sa compétitivité, a besoin de cet ALE.

3) L’Accord autorise l’importation de produits agricoles ne respectant pas les normes européennes, il fragilise certaines filières !

Contrairement à ce qui est souvent reproché, toutes les conditions sanitaires en vigueur dans l’UE s’imposent au Mercosur, en application de l’accord SPS (Sanitary and Phytosanitary Standard) de l’OMC. Les mesures miroirs de la législation européenne s’imposent à tous les ALE, en particulier l’interdiction de la viande aux hormones et de l’usage des antibiotiques ainsi que les LMR (limites maximum de résidus) pour les pesticides. S’y ajoute une clause miroir, spécifique à cet ALE : une suppression des droits de douane sur les œufs, conditionnée au respect des normes de l’UE en matière d’élevage des poules pondeuses. Le risque ne réside donc pas dans la différence de normes mais dans le manque d’efficacité des procédures de contrôle : qu’ils soient effectués sur place par l’Office vétérinaire de la Commission ou aux frontières par les douanes des EM, ils sont réalisés par échantillonnage et l’UE devra progresser sur ce plan (pourquoi pas des organismes certificateurs indépendants ?). Il faut aussi reconnaître la faible prise en compte par le Mercosur du bien-être animal pour lequel seules les conditions d’abattage figurent dans l’ALE. Son instrument de coopération réglementaire permettra de progresser vers un rapprochement de toutes les normes. Et rappelons une donnée structurelle incontournable : les produits agricoles du Mercosur ont des coûts de revient très inférieurs à ceux de l’UE et sont donc plus compétitifs.

L’élevage bovin est un secteur fragile, en régression partout en Europe à l’exception de la Pologne et très affecté par les épizooties et un taux de pauvreté élevé. Il ne faut pas, pour autant, craindre une invasion des marchés européens même si l’exportation se concentre partiellement sur le segment spécifique de l’aloyau : le nouveau protocole à introduit un mécanisme « de sauvegarde » pour protéger les filières fragiles des importations massives. Et l’exemple du CETA montre que, 7 ans après la signature de l’accord commercial, le quota fixé est loin d’être atteint : le Canada a tout simplement augmenté ses exportations vers d’autres pays moins regardants sur les normes. La Commission s’est en outre engagée à mettre en place un fonds de compensation d’1 Md d’euros pour protéger cette filière, avant toute autre.

Dans sa feuille de route sur la PAC post-2027, le commissaire Christophe Hansen a décliné une dizaine de priorités dont deux ont trait aux enjeux ci-dessus : un soutien renforcé à l’élevage et une amélioration des stratégies de négociation commerciale. Espérons qu’elles feront leur chemin.

Publié par Patrick Salez dans CECI dit, Les contributeurs, Patrick Salez, 1 commentaire