9 mai : l’Europe, ce n’est pas tout d’en parler, il faut la vivre

  • nimble_asset_Emmanuel-Morucci-1-1
    Docteur en sociologie
    Conférencier pour la Commission européenne
    Membre du Team Europe-France
    Président du CECI

Nous connaissons le 9 mai comme étant la « fête de l’Europe ». Journée officielle décidée en 1985 au sommet de Milan et porteuse de symboles, elle devait devenir un moment commun fort, un temps pour tous les citoyens de l’Union européenne. Il s’agit d’un anniversaire. Celui de la déclaration de Robert Schuman (1950) qui célèbre la paix et l’unité en Europe. C’est l’acte de naissance de l’UE. Le hic est que si certains États y attachent de l’importance d’autres ne s’en préoccupent pas ou peu.

Voilà une journée qui est encore, cette année, passée inaperçue aux yeux du public et des citoyens que nous sommes. Et ce n’est pas la fête. Pas de flonflons, pas de feu d’artifice. Pourtant érigée en symbole et inscrite en tant que telle dans les documents officiels au même titre que le passeport, la monnaie, le drapeau ou encore l’hymne. Combien de collectivités ont hissé le pavillon bleu azur et cercle de douze étoiles aux mats de leurs mairies ? Les médias, eux même, préfèrent parler de ces maires issus, certes des urnes, mais de partis europhobes que d’annoncer le positif de la construction européenne.

Pourtant, ces mêmes médias, laissent entendre que l’Europe devrait faire plus et mieux. Particulièrement en matière de défense commune. Notamment depuis que le monde a engendré nombre de ruptures. Les Guerres en Ukraine et en Iran, au Liban, distance désormais durable avec les US de Trump, prise de conscience que l’ordre mondial de l’après-guerre est mis à mal par des dirigeants d’États du monde animés par une foi dictatoriale, recherche de souveraineté énergétique, alimentaire, etc.
La rupture est effective également au sein des populations qui ont oublié qu’il y a seulement quatre-vingts ans l’Europe se relevait du joug nazi. C’est donc aussi une rupture des connaissances, historique et philosophique. Ces médias ne savent pas expliquer, pour une bonne compréhension des choses, les complexités des traités en vigueur et, défense oblige, l’impératif de la ratification d’un futur nouveau texte plus ouvert à la citoyenneté commune voire à une dose d’un nécessaire fédéralisme.

Faire plus et mieux. Comment ?

Oui mais voilà comment faire plus et mieux si les citoyens n’ont pas conscience de l’importance de la besogne ? Selon les textes en vigueur l’information européenne revient aux États membres. Combien s’en acquittent ? Qu’en est-il réellement ? Quel budget est mis à disposition pour effectuer ce travail pédagogique auprès des populations ? Combien d’écoles effectuent ce travail éducatif depuis le premier âge ? Parler de citoyenneté commune, de sentiment d’appartenance n’est pas dans les programmes. Et je ne parle pas seulement de la France. Mes amis, dans d’autres pays affirment la même chose. En fait, si depuis 1985 plusieurs manifestations se déroulent ici ou là, on ne peut dire que l’objectif est réellement atteint. Peu de citoyens se reconnaissent en cette journée spécifique. De fait sans les associations dédiées, sans une société civile convaincue il n’y aurait aucune info sur cette journée de l’Europe.

Le président français, le chancelier allemand, le premier ministre polonais souhaitent que l’Union européenne se dote de moyens accrus pour sa propre défense. Mais comment vouloir valider une telle volonté s’il n’y a pas une conscience européenne au sein des populations aux cultures diverses mais détentrice d’une culture commune ignorée car non médiatisée.

Un jour férié commun à tous les citoyens

Le 8 mai n’est pas un jour férié dans tous les pays de l’UE et de moins en moins en France. Depuis de nombreuses années, je milite afin que le 9 mai, Journée de l’Europe, devienne un jour férié et chômé commun à tous les citoyens de l’Union européenne. Voilà un symbole fort d’appartenance à la dimension territoriale. J’avais en 2018 publié un article en ce sens dans le Taurillon. À la fin de la dernière mandature, le Parlement européen s’en était fait l’écho, en avait acté le principe mais la volonté parlementaire ne suffit pas encore face à celle des États membres. Ils l’ont refusée. Seul le Luxembourg a passé le cap en 2019 et en a fait un jour férié.

La Journée de l’Europe doit faire sens pour chacun d’entre nous, que nous soyons de Lettonie, de Tchéquie, d’Italie, du Portugal, du Luxembourg, d’Irlande ou de France, de générations, de formations, de langues diverses. Dans cet esprit, la Journée de l’Europe doit déclencher chez les citoyens de l’Union, que nous sommes tous, ressortissants d’un pays membre, une pensée et une sensation, une espérance en l’avenir. Ce ne peut être seulement un « moment de communication » pour parler d’une Europe vague et lointaine.

Le 9 mai présenté comme fête (presque nationale), le place dans une dimension plus anthropologique, culturelle et sociétale plutôt que technique, économique ou financière. Tant il est vrai que l’UE ne se parachèvera qu‘avec ses citoyens et leur adhésion au projet. Ils doivent inscrire dans leur conscience l’appartenance commune. Célébrer la construction européenne au travers d’un jour commun férié en est un moyen, un outil d’éducation et de socialisation. En un mot la date symbolique doit participer à l’émergence d’un habitus européen commun.

Publié par Emmanuel Morucci

Docteur en sociologie Conférencier pour la Commission européenne Membre du Team Europe-France Président du CECI

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.