Enjeux européens : Alexandre, inspiré et inspirant

  • nimble_asset_Marie-Laure-Croguennec

    Enseignante en primaire
    Secrétaire générale du CECI
    Membre du bureau de l’AEDE-France
    Membre du C. A. de Citoyennes pour l’Europe
    Master 2 de sociologie (Éducation à l’Europe)

Pour de nombreux élèves et classes d’écoles primaires du territoire européen, c’est désormais devenu une tradition de plus parmi toutes les autres lors des deux derniers mois de l’année : créer des décorations de Noël, les accompagner d’un petit dossier relatant les us et coutumes inhérentes et les expédier à des partenaires scolaires du territoire européen.
C’est le principe du Sapin européen, alias European Christmas Tree Decoration Exchange, mis en place il y a une quinzaine d’années par le Centre Europe Direct de Wrexham au Pays de Galles et Karen Morrisroe.
Depuis deux ans, c’est le CECI qui s’est vu confier la gestion de l’opération qui n’en finit pas de se développer : la participation croissante de 350 écoles en 2023, plus de 400 l’année suivante et 481 en 2025 confirme l’engouement des enseignants dans un premier temps, mais aussi celui des élèves qui en restent les lutins de Noël puisque ce sont leurs réalisations qui voyagent pour élire domicile sur les branches de sapins dans d’autres pays que ceux de leur naissance.

DIversités réunies et partagées

Si le succès est éloquent par la dimension quantifiable – cette année plus de 37 000 élèves ont participé au projet ce qui laissse présager d’un nombre encore plus important de personnes touchées par dissémination – l’intérêt vécu par les artisans de l’opération eux-mêmes retient toute attention.
Parole a été donnée à une classe d’élèves ayant participé au projet.
Les propos relevés témoignent de l’ouverture à l’autre et le plaisir de découvrir des traditions différentes : « C’est intéressant », comme l’ont souligné Jade et Stan. Effectivement, la tradition grecque de décorer les bateaux remarquée par Aelya ou celle d’attendre en Espagne le 6 janvier et le passage des Rois Mages pour recevoir les cadeaux relevée par Eloann piquent la curiosité de tout un chacun, et construisent peu à peu ce patrimoine culturel partagé même s’il se décline sous des formes différentes : « On ne reçoit pas les mêmes décorations d’un colis à l’autre ! » ajoute Gabrielle pour qui cette diversité est un atout.
Ajoutons à cela la dimension géographique pour intégrer par le voyage postal des courriers les espaces européens, ce sont autant de connaissances qui permettent de prendre conscience des distances et des lieux, autre occasion de s’initier aux noms des capitales européennes respectives : les apprentissages géographiques prennent alors tout leur sens et font dire à Adam et Charles la fierté de recevoir des colis situés « si loin » sur la carte mais devenant ainsi tout proches, et pas seulement par la magie de Noël.
Ce côté exotique par les différences des traditions cohabite aussi avec les similitudes : repas familial, décorations des rues et des maisons, échange de cadeaux. C’est ce que résume Bleuenn : « C’est quand même bien de connaître ce qui se passe dans d’autres pays ». Les enseignants quant à eux évoquent l’opportunité de situations authentiques pour communiquer et mettre à profit la pratique des langues.
Sans découvrir les 24 langues officielles dans l’UE, l’occasion est donnée de découvrir l’alphabet cyrillique dans l’écriture du « Joyeux Noël  » bulgare, les similitudes entre le « Feliz Navidad » venant d’Andalousie et le « Feliz Natal » de Porto, les drôles de caractères employés dans leur lettre par les écoliers de Nafplio en Grèce…
Outre ces touches locales sur les objets décorés, les échanges documentaires se font en anglais ce qui crée un rapprochement avec les anciens cousins d’Outre-Manche et donnent l’occasion de tester sa compréhension écrite et de se lancer dans l’écriture pour de vrai dans la langue de Shakespeare.
Les émotions ne sont pas en reste comme en témoigne Axelle pour qui l’importance est dans l’attention aux autres et qui souligne « la gentillesse des élèves qui font des décorations spécialement pour nous ». Eh oui, Européens que nous sommes faisons partie d’une grande famille que l’on se découvre au travers d’actions authentiques et vécues. C’en est un exemple, qui aura des chances de s’inscrire dans les mémoires par le côté concret du projet.

On l’aura compris, ce projet condense tout un lot d’intérêts pédagogiques et éducatifs dans une opération simple dans l’esprit, même si la logistique requiert pour le CECI une organisation d’une ampleur importante : des mots et des cadeaux qui relient ces jeunes, mais aussi leurs enseignants, sans oublier le rôle des structures intermédiaires agissant comme autant de relais que sont les Centres Europe Direct.

Et plus encore…

Cela suffit à donner toute légitimité au projet. Mais encore…
Au détour de cet échange libre et spontané, une petite phrase a émergé : « Ça peut réunir les pays et faire qu’il y ait moins de conflits ». Sur un ton calme et posé, par cet enchaînement de mots justes et bien articulés, c’est la voix d’Alexandre qui s’est annoncée. Du haut de ses 10 ans, ce petit bonhomme a exprimé une dimension que n’aurait reniée aucun Schuman ou Monnet.
Apprendre à se connaître et échanger, partager des histoires et construire des liens de proximité et d’amitié, autant d’ingrédients qui nous font prendre conscience de notre appartenance à cette famille commune, en l’occurence notre terre européenne.
On ne s’attendait pas à une analyse aussi poussée ni une prise de conscience aussi adroitement aiguisée ; preuve s’il en est que ces questions – et réponses – ne sont pas réservées aux seuls adultes, politiciens ou gouvernants. Cette expérience d’éducation à la citoyenneté s’exerce en immersion dans un projet qui fait sens, qui construit, qui rassemble, qui par la connaissance mutuelle qu’il engendre fait grandir en chacun le sentiment d’appartenance à une communauté de voisins, de cousins, de citoyens.
La citoyenneté européenne existe, Alexandre et ses camarades l’ont rencontrée.
Se réunir pour se connaître. Partager pour se comprendre. Qui se ressemble s’assemble, n’est-ce pas ? C’est sans doute le message induit d’Alexandre qui évoque une famille forte de ses différents caractères et personnalités affirmées, mais qui pour ses membres en réduit le risque des conflits.
Par les temps qui courent où l’on nous donne à voir l’expression de la force essentiellement dans les prises d’armes ou de combats guerriers, ne serait-elle pas plutôt dans les liens qui unissent les voisins et cousins devenus citoyens européens ?
Quand nos gouvernants seront-ils prêts à s’en saisir pour relever les défis et se montrer à la hauteur des enjeux ?
Les jeunes nous regardent.
Sans naïveté mais en toute humilité, c’est une belle et prometteuse feuille de route résumée par l’écolier.

En ces temps troublés de début d’année, que peut-on de mieux souhaiter ?


Observatoire et laboratoire d’idées, le CECI a pour vocation habituelle la promotion de la citoyenneté européenne et la construction d’un sentiment d’appartenance à l’Union européenne.

Détails de l’opération à retrouver sur notre site, rubrique « European Christmas Tree »

European Christmas Tree

Publié par Marie-Laure Croguennec

Enseignante en primaire Secrétaire générale du CECI Membre du bureau de l'AEDE-France Membre du C. A. de Citoyennes pour l'Europe Master 2 de sociologie (Éducation à l'Europe)

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