Le 9 mai, on doit en faire tout un programme

  • nimble_asset_Marie-Laure-Croguennec
    Enseignante en primaire
    Secrétaire générale du CECI
    Membre du bureau de l’AEDE-France
    Membre du C. A. de Citoyennes pour l’Europe
    Master 2 de sociologie (Éducation à l’Europe)

Joli, le mois de mai, c’est aussi le mois de l’Europe. Au-delà du repérage de telle ou telle animation aux couleurs européennes flirtant avec les jours fériés qui généralement ne manquent pas en ce 5e mois de l’année, les calendriers sous quelque forme que ce soit n’évoquent pas ou au mieux timidement l’origine de l’association du mois de mai avec l’Europe. Pas d’évocation ni d’explication, pas d’explicitation ni de compréhension, donc en bout de chaîne pas d’appropriation. Comment s’en étonner ?

Cette discrétion ou pire invisibilité d’information trouve entre autres sa source dans la carence d’éducation à la chose européenne. Tout en n’empêchant pas de s’y atteler, par un certain flou et de grandes généralités les programmes scolaires font la part discrète à l’éducation à la citoyenneté européenne.
Une géométrie plus que variable en découle alors, justifiée par moult raisons dont la lourdeur des sacro-saints programmes parfois plus déversés que dispensés et après lesquels courent les enseignants, couplée avec la perspective d’une fin d’année à grands pas approchée. À la préférence citoyenne et européenne le choix stratégique de la préférence programmée des programmes.
Comment pourrait-on faire reproche aux enseignants de suivre les recommandations de la rue de Grenelle ? Antre qui paradoxalement alimente toutefois ses espaces de ressources pédagogiques pour colorer en bleu étoilé de jaune les trente-et-un jours de ce mois nommé en l’honneur de Maia, divinité romaine évoquant le renouveau par la croissance et la fertilité.

Et Robert déclara sa flamme…

Et pourtant, qu’il est riche ce mois de mai ! Riche d’histoire et de stratégie tout d’abord quand un certain Robert Schuman, l’homme aux trois nationalités, né allemand, d’origine familiale luxembourgeoise et devenu français après le retour de l’Alsace-Lorraine dans l’Hexagone, eut l’audace de faire passer à la réalité son rêve de paix.
Enfreignant les régles hiérarchiques, diplomatiques et protocolaires, il prit le risque d’un va-tout pour déclarer sa flamme à l’Europe par la voie d’une réconciliation entre belligérants jugée par d’aucuns improbable.
Son discours le 9 mai 1950 au cœur du Salon de l’horloge du quai d’Orsay qui abritait son bureau de ministre des affaires étrangères s’est inscrit, les murs s’en souviennent, comme la « Déclaration Schuman » prônant le détournement de l’usage des matières premières d’hier dédié à la fabrication des armes en vecteur de reconstruction collective sur fond de réconciliation par 6 pays qui les décennies précédentes s’étaient surtout affrontés.
Rendre vertueuse la production de charbon et d’acier au travers de la reconstruction physique nécessaire après la Libération, mais surtout au travers des cœurs et des esprits : la CECA, Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier allait naître. En fallait-il de l’audace et du rêve fou pour un homme si posé et mesuré, droit comme les études qu’il avait suivies, mais tellement meurtri par l’ambition destructrice des esprits hégémoniques.

La vie humble et sobre d’un homme aux idées révolutionnaires et fougueuses, écloses par un besoin viscéral de paix durable a nourri un projet. Robert Schuman savait de quoi il parlait ; les guerres, il les avait vécues.
Décidé par les dirigeants européens en 1985, c’est un an plus tard que fut célébré pour la première fois l’anniversaire de la Déclaration Schuman en créant la Fête de l’Europe. En ce 9 mai 2026, cela fait ainsi 40 ans que les Européens ont une fête à eux et à leur portée, témoin des liens qui célèbrent, rassemblent et unissent.
Comme nous l’écrivions plus haut, même s’il n’y a pas d’injonction à une célébration de la Déclaration Schuman, de nombreux enseignants sensibilisés et formés à l’importance de l’éducation à la citoyenneté européenne rendent leur enseignement empreint de ce terreau aux valeurs humaines et personnalistes par la rencontre avec celui qui est devenu le Père fondateur de l’Europe. Aux côtés de Jean Monnet, Konrad Adenauer et Alcide de Gaspéri, dont le village de Scy-Chazelles abrite les sculptures, Robert Schuman fait figure de repère pour comprendre l’envergure audacieuse osée pour qu’aujourd’hui, 76 ans après, nous vivions encore en paix.

Des jeunes inspirés

C’est cette rencontre, racontée et commentée, qui a questionné Lenny demandant pourquoi l’ami Robert ne figurait pas sur la frise historique accrochée sur les murs de la classe.

C’est cette rencontre avec l’homme politique lorrain qui a interrogé Gauthier sur la raison pour laquelle le 9 mai n’était pas sur le territoire de l’UE déclaré jour férié.

C’est cette rencontre avec celui qui a consacré sa vie à mettre en œuvre les valeurs humanistes qu’il défendait qui a fait jaillir la pensée de Gabrielle résumant le cours de la vie de Schuman par ces mots : « À la place de ne penser qu’à lui il a pensé aux autres ».

Vaste programme, s’il en est. Le 9 mai en est la source, cela vaut bien un mois printanier et son cortège de symboles de fertilité pour renouveler la promesse engagée, adressée aux femmes et aux hommes aux commandes mais aussi à la jeunesse inspirée. Il n’y a pas d’âge pour s’éveiller aux valeurs essentielles de paix et de solidarité. Ces trois futurs citoyens cités n’ont pas encore l’âge de voter mais du haut de leurs onze années, ils nous prouvent que le futur se conjugue au présent.

Tout cela nous fait dire qu’au pays des 365 fromages, du 9 mai on peut, on doit en faire tout un programme.

Publié par Marie-Laure Croguennec

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