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Galileo, le GPS européen, envers et malgré tout

L’Union européenne doit répondre vite et efficacement aux périls qui montent (guerre en Ukraine, crises énergétique et climatique, affaiblissement du multilatéralisme, guerre commerciale). Dans ce contexte géopolitique durable, il est utile de revoir l’histoire de Galileo, l’ambitieux système européen de radionavigation lancé au début des années 2000, pour tirer les leçons des erreurs passées et identifier les clés de la réussite pour les projets industriels majeurs dont l’Union a besoin aujourd’hui.

Galileo est un système de positionnement par satellites, actuellement le plus précis du monde, qui a été mis en place par l’Union européenne (UE). Il est nommé Galileo en hommage au savant italien qui a identifié la notion de satellite et il sert dans de nombreux domaines : téléphonie mobile, sécurité civile, transports maritimes, aériens et terrestres, opérations de secours et de sauvetage, travaux publics, prospection pétrolière, agriculture, ou tout simplement dans la vie de tous les jours. Galileo dessert plus de trois milliards d’usagers sur la planète. Contrairement aux systèmes américain GPS et russe Glonass, il a principalement été conçu pour un usage civil.

Un peu comme Airbus dans le domaine de l’aviation ou Ariane dans le secteur aérospatial, Galileo est un outil stratégique pour l’autonomie de l’Union. Il permet de se libérer d’une dépendance critique vis-à-vis des systèmes concurrents (GPS américain, GLONASS russe ou Beidou chinois) qui souffrent de nombreuses restrictions, pour des raisons techniques et/ou politiques.

L’idée d’un réseau transeuropéen de ce type nait en 1998 et prend la forme d’un partenariat public/privé à vocation commerciale qui est lancé en mai 2003. Il résulte d’un accord entre l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne chargée du segment spatial. De fortes oppositions se manifestent, notamment celle des États-Unis qui ne souhaitent pas que des pays ou des organisations ennemis y aient accès et qui défendent leur monopole en matière de télécommunication satellitaire. Un accord d’interopérabilité technique permet de lever l’opposition, la même chose étant faite avec les systèmes russe Glonass et chinois Beidou. De nombreux autres pays participeront, à différents niveaux de coopération, notamment la Chine, l’Inde, Israel, le Maroc, l’Ukraine, la Norvège en 2009 et la Suisse en 2013.

Dans un premier temps, en 2005 une concession est attribuée à deux consortiums qui assure les 23 du financement du programme, le reste l’étant sur fonds publics de l’Union européenne et l’Agence spatiale européenne (ESA). De très nombreux obstacles se présentent du fait de la rivalité entre États, notamment entre l’Italie et l’Allemagne, de la difficulté à choisir un consortium, puis à définir le leadership entre les deux consortiums concurrents. Le calendrier initial est reporté de cinq ans, jusqu’à l’abandon du partenariat public privé en 2007 et la dissolution de l’entreprise commune Galileo fin 2006. La Commission européenne plaide alors pour un financement public complet des trente satellites du futur système de navigation, qui sera exploité par le privé, une fois opérationnel.

Les États membres et le Parlement européen finissent par s’accorder sur ce financement entièrement public, l’attribution par ESA des appels d’offres en six lots pour la phase opérationnelle du programme permettant de calmer les différends entre les pays participants. Fin 2010, un besoin de financement supplémentaire apparait et on risque un report à 2017, voire 2018. Berlin veut ensuite réduire le coût de 500 à 700 millions d’euros en utilisant des lanceurs russes Soyouz depuis la base de Kourou, ce qui sera fait entre fin 2011 et 2016. À compter de fin 2016, avec Ariane 5, le démarrage opérationnel de la constellation accélère et entre fin 2017 et mi 2018, une couverture viable existe en tout point du globe.
Le succès de Galileo est à saluer, tant les obstacles ont été nombreux, l’exploitation commerciale étant à l’origine prévue pour 2008. D’après la Cour des comptes européenne dans un rapport spécial 7/2009, le grand retard accumulé est lié à plusieurs problèmes : d’abord un échec des structures de gouvernance entre les différents intervenants mais aussi un manque de clarté dans les priorités entre équilibre financier et bénéfices macroéconomiques. Il faut aussi un financement adéquat dans un domaine stratégique comme l’espace où les rendements sont à long terme et où les mécanismes de marché fonctionnent mal. Le financement intégral par le budget européen décidé fin 2007 permet de lever l’obstacle. Elle permet aussi de contourner les rivalités interétatiques (le « juste retour ») qui complexifie l’organisation de la politique industrielle européenne.

Au final, Galileo est la première infrastructure commune produite et financée par l’UE, qui en est également propriétaire. La Commission européenne gère et supervise le projet par l’intermédiaire d’une agence (EUSPA), autorité européenne de surveillance. Le contractant principal est l’Agence spatiale européenne de nature intergouvernementale. Mi 2024, avec le positionnement de 30 satellites, dont 6 de rechange, le système est pleinement opérationnel. Toutefois, dix années ont été gaspillées, certains faisant valoir que l’avantage comparatif européen et l’avance du système par rapport aux systèmes concurrents (six à huit ans) ont été perdus. Et l’Union est en train de perdre son avance (en 2024, elle a dû faire appel aux lanceurs américains Space X).

L’UE a‑t-elle aujourd’hui dix années à perdre alors qu’elle décroche vis-à-vis des autres grands ensembles économiques ? Fin 2024, trois rapports1 s’accordaient sur ce décrochage et sur l’urgence pour l’Union de remédier aux failles dans sa sécurité économique et son autonomie stratégique. Dans l’un de ces rapports, Mario Draghi annonce que, sauf rattrapage urgent et déterminé, l’UE est condamnée à une « lente agonie » : il lui faut une politique industrielle intégrée en faveur de l’innovation et de la compétitivité, ce qui requiert un besoin d’investissement de quelque 800 milliards d’euros par an, c’est-à-dire 4 à 5% du PIB européen. Pour le seul domaine spatial, compétence partagée avec les États membres depuis le traité de Lisbonne, près de 15 milliards d’euros sont consacrés par l’UE sur la période 2021–2027, dont environ 9 milliards pour Galileo. Mais les financements sont insuffisants (le budget de l’UE pèse 1% du PIB) et fragmentés : l’essentiel étant issu des budgets nationaux, le risque est de multiplier les doublons et de perdre les économies d’échelle.

Les solutions existent, nouvel emprunt commun sur le modèle du plan de relance post Covid de 2020 ou mobilisation de l’ample épargne européenne qui est actuellement mal allouée et peu sollicitée. L’histoire du GPS européen donne une idée des combats du présent et de l’avenir. Avec la nouvelle donne géopolitique, la défense de nos intérêts stratégiques n’autorise pas la tergiversation, ni la rivalité entre égoïsmes nationaux. Elle requiert au contraire coopération et détermination, en assumant les coûts immédiats de notre autonomie, en évitant de répéter les erreurs du passé. C’est ainsi que l’Europe gagne.

1 Mario Draghi sur la compétitivité de l’UE (The Future of European Competitiveness), Enrico Letta sur le marché intérieur (Much More Than a Market) et Sauli Niinistö sur la sécurité et la dense européennes (Safer together: A path towards a fully prepared Union).

Publié par Catherine Vieilledent dans Catherine Vieilledent, CECI dit, Les contributeurs, 1 commentaire

Printemps de l’Europe : rencontre avec Patrice Obert

C’est le Printemps de L’Europe à Brest !🇪🇺
Un beau moment pour se pencher sur ce qui fait de nous des citoyens européens.
Le 22 mai à Brest, le Cercle Europe Citoyennetés et Identités – CECI organisait deux rencontres avec Patrice Obert, co-auteur de « L’Europe et ses défis » : l’une avec les élèves du lycée la Croix Rouge, l’autre avec le grand public à la librairie Dialogues, partenaire tout comme Brest Métropole.

Pendant plus de deux heures Patrice Obert est intervenu au lycée La Croix Rouge de Brest.
90 élèves de première HGGSP (histoire, géographie, géopolitique et sciences politiques) ont suivi son intervention sur le contenu de son ouvrage et de l’Europe en général. Un petit conseil « Allez passer un an après le bac ailleurs en Europe ».
Il s’en est suivi un échange très instructif entre les élèves et l’intervenant qui a répondu à de nombreuses questions.

Patrice Obert s’est ensuite rendu à la librairie Dialogues

Rencontrer l’auteur permet toujours une approche encore plus approfondie de la lecture d’une œuvre, qu’elle ait lieu avant ou après l’échange.
L’incarnation portée par Patrice Obert, auteur avec Gérard Vernier de « L’Europe et ses défis, l’émergence d’une puissance continentale », a donné une dimension forte aux propos développés dans l’ouvrage.
Définissant les Européens par la civilisation du blé et de la mer, l’ancien haut-fonctionnaire a pu détailler au fil des questions déroulées par le libraire Michael Le Gall ce qui fait notre identité aujourd’hui, résultante des héritages multiples et contradictoires de notre histoire.

Un entretien passionnant pour un auditoire passionné.

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La Journée de l’Europe fêtée avec les collégiens de Cléder et Saint Pol de Léon

Chaque année, le 9 mai, la Journée de l’Europe célèbre la paix et l’unité en Europe. En 2025, la journée est une occasion particulière, car était célébrée les 75 ans de la déclaration de Robert Schuman, Père de l’Europe.

Les collégiens de Sainte Ursule ainsi que les élèves de Notre Dame d’Espérance ont participé à la Conférence sur “la Citoyenneté Européenne” que donnait M. Emmanuel MORUCCI, conférencier de l’UE et président du Cercle Europe Citoyennetés et Identités CECI, invité par les équipes pédagogiques des deux établissements et particulièrement Mme Carolina Hamon, enseignante d’espagnol, référente pour l’Action Européenne et Internationale, coordinatrice Erasmus +.
Notre président a échangé sur les valeurs communes de l’UE et son importance, les symboles européens, les fondateurs, Erasmus et l’Union Européenne actuellement.
La direction de l’ensemble scolaire Le Kreisker a tenu à remercier M. MORUCCI pour cette rencontre riche et dynamique avec ses élèves.

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75 ans d’Europe mais peu de sentiment d’appartenance

Il y à 75 ans Robert Schuman proclamait, dans le salon de l’Horloge du Ministère des Affaires étrangères sa mémorable déclaration qui allait changer le visage, l’image et les rivages de l’Europe. Seulement cinq ans après la fin de la guerre avec l’Allemagne nazie naissait, à l’ouest du continent une entité politique inédite et originale dans l’histoire du monde alors que l’Est s’enfermait dans le soviétisme. La volonté des dirigeants politiques de l’époque était, en premier lieu, de créer un espace de paix et de stabilité. La communauté des Européens ne pouvait exister que par la réconciliation entre la France et l’Allemagne. Les fondateurs en étaient convaincus. Le premier chancelier allemand Konrad Adenauer s’est immédiatement engagé. Ces hommes avaient une vision du monde à venir. Le paradigme de l’unité européenne espéré depuis des décennies voyait le jour ce 9 mai 1950 et perdure aujourd’hui. La première visite officielle à l’étranger du chancelier Friedrich Mertz à Paris en est, s’il en faut, une preuve de cette volonté franco-allemande de faire avancer le projet européen.

Dès le début la construction européenne est fondée sur des valeurs fortes qui portent cette unité nouvelle. Nous les rappelons à chaque fois que cela est possible : la paix fondatrice, la liberté, la démocratie et la justice auxquelles s’ajoutent le respect de la dignité humaine et des droits de l’homme, l’égalité, l’État de droit qui garantissent une société basée sur le pluralisme, la tolérance, la solidarité et la non-discrimination. Préceptes fondamentaux partagés par les 450 millions d’européens et ingrédients centraux d’une culture commune encore trop peu connue et acceptée.

C’est sur ce socle de valeurs que repose notre citoyenneté européenne. Une citoyenneté commune qui complète notre nationalité sans jamais la remplacer. Mais c’est une citoyenneté qui offre un corpus de droits. On les connaît : la libre circulation, possibilités d’études, de travail et d’installation dans les autres pays membres, éligibilité et droit de vote pour les élections locales et européennes, représentation consulaire. On peut y ajouter l’initiative citoyenne européenne (ICE).

Cette citoyenneté on la reconnaît par les symboles que sont le drapeau, l’hymne, la monnaie, le passeport ainsi que la Journée de l’Europe du 9 mai et la devise forte : unie dans la diversité. Elle signifie que chaque peuple a et garde sa culture et chacun participe, selon les valeurs adoptées, à la construction de l’entité politique commune.

Mais est-ce pour autant qu’existe un vrai sentiment d’appartenance à l’UE ? Rien n’est moins sûr. Il semble, en tout cas, moins fort qu’il n’a été. Citoyens européens nous sommes certes. Mais nous pouvons nous interroger : existe-t-il une forte conscience collective pour nous unir ? Les valeurs sont-elles partout communes ? la montée des extrêmes droites dans plusieurs pays nous questionnent.

Faire du 9 mai un jour férié et chômé pour tous les Européens

Ces valeurs, nous en avons les symboles sous les yeux tous les jours mais c’est manifestement insuffisant. D’ailleurs sont-elles intégrées dans les consciences ? Sommes-nous éduqués à l’importance de l’Union européenne à un moment où le monde est en train de basculer et au moment où les particularités sont en insurrection ? Sur la couverture du passeport il est écrit en Union européenne. Mais peut-être faut-il voyager dans un pays tiers à l’UE pour se rendre compte de notre appartenance et des avantages de l’Union. Schuman avait dit : «  la Communauté européenne n’a pas vocation à devenir un État ». Et personne ne le souhaite ou l’évoque aujourd’hui. Tout au plus parlons-nous de fédéralisme ou de confédéralisme. Les mots font peur alors que dans l’entre-deux-guerres c’était un débat récurrent qui s’est quelque peu poursuivi ensuite. Pourtant l’Europe avance chaque jour, crises après crises qui sont constitutives d’une Europe puissance. Chaque État a transféré des compétences vers la dimension supranationale, gérées souverainement par chaque et l’ensemble des pays membres.
Face à la Russie de Poutine, les USA de Trump ou la Chine de Xi, la situation géopolitique internationale que nous connaissons ouvrent le regard que portent les Européens sur leur Union. Mais, il faut bien le reconnaître, nous ne regardons pas tous les situations avec le même regard. Il n’y a pas toujours d’européanité. Il manque quelque chose de fort à tous les Européens pour vivre pleinement en tant que tel et avec fierté. La Journée de l’Europe est le temps idéal mais pour ce faire, pour connaître une efficacité le 9 mai devrait, doit devenir un jour férié pour tous les Européens. Le Parlement européen en a convenu mais pas les États. Le 9 mai n’est donc pas un jour férié officiel en France ou dans la majorité des pays européens, mais seulement un symbole de l’unité et de la paix européennes. Elle reste une simple journée de célébration, d’événements, de manifestations, et de sensibilisation à l’Union européenne. Ce n’est pas assez pour développer un sentiment d’appartenance et la reconnaissance de l’existence d’une culture commune. Il faut aller beaucoup plus loin et plus fort. Il y a encore du chemin à parcourir.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, Les contributeurs, 0 commentaire

L’Europe nous mérite car les points nous unissent

Vous avez quatre heures. Ce ne sera peut-être pas trop pour chercher, organiser et articuler paramètres historiques, culturels et économiques sur fond de stratégies sociologiques et géo-politiques, et répondre ainsi à l’analyse demandée. Le défi est à la hauteur de la pensée dont l’auteur n’a à ce stade pas été divulgué. Peu importe, les éléments ne manquent pas pour se lancer et construire un raisonnement profond et argumenté.
On imagine alors, à quelques semaines d’une fin d’année de travail scolaire ou universitaire, lycéens impliqués ou étudiants documentés s’atteler à fournir un résultat qui ne manquera ni de corps ni d’esprit tant le propos initial se montre à la fois simple et ambitieux. Ce ne sont pourtant pas toujours les tâches les plus faciles à réaliser.

L’Europe nous mérite-t-elle ?

Guidés par des valeurs portées par des initiateurs audacieux, les citoyens que nous sommes ont su montrer le meilleur d’eux-mêmes et ainsi, ensemble, démontrer que nous étions capables de grandes choses qui se traduisent dans le quotidien, des coopérations industrielles ou spatiales aux protections numériques, des parcours d’études corrélés à Erasmus aux couvertures médicales lors d’un séjour dans un pays voisin pour ne citer que ces exemples.
Certes, aujourd’hui ces avancées nous semblent définitivement évidentes comme si elles avaient toujours existé et d’ailleurs, cela tombe sous le sens, comment pourrait-on faire autrement ?

Faciliter le quotidien par une circulation et des déplacements que l’on n’imaginerait plus contraints par une nécessaire anticipation administrative, ou encore par des échanges commerciaux sur fond de monnaie unique, nous rend proches les uns des autres au point que les compagnies aériennes ont compris leur intérêt à mettre en place des liaisons entre pays voisins bien plus séduisantes que d’inciter à rester dans le périmètre national. Il est souvent devenu plus simple, et moins onéreux, pour un Auvergnat ou un Breton de taquiner les frontières intérieures européennes le temps d’un espace de vacances plutôt que d’envisager un accès ferroviaire pour quelques jours de vie parisienne.

Garantir la paix entre pays autrefois belligérants nous protège des fléaux guerriers et dévastateurs dignes d’une période où l’on ne savait parler qu’avec les armes. Notre réconciliation durable comme l’a voulue Robert Schuman nous met à l’abri de tensions guerrières entre nous, ce qui n’est pas rien. Certes, pour nous citoyens européens qui pour la plupart n’avons connu la guerre qu’au travers des récits transmis par nos aînés, cela nous paraît d’une évidence assumée. Pourtant, les peurs ressenties et partagées dues aux agressions cruelles et dévastratrices menées en Ukraine, pays frontalier de l’Union européenne, par le dictateur russe nous font craindre une escalade dans laquelle nous pourrions être entraînés. Cette perspective se trouve activée en cela par les turbulences inopinées du chef d’État américain à l’allure d’électron libre, loin des valeurs de paix et de l’esprit défenseur de ses courageux aînés qui n’ont galvaudé ni leur engagement ni leur sens des responsabilités.
Nous vivons un temps de désordre et de déstabilisation forte au point que l’on rendrait coupable notre Union de ne pas disposer de moyens de défense que nos propres gouvernements n’ont pas voulu lui donner. Un peu de cohérence, s’il vous plaît.
Cela dit, nous pouvons être fiers des étapes déjà franchies même si le chemin est loin d’être accompli. Nous avons prouvé être capables du meilleur quand nous savions nous mobiliser. Jean Monnet ne disait pas autre chose quand il pressentait que « l’Europe se ferait dans les crises, et qu’elle serait la somme des solutions qu’on apporterait à ces crises. » C’est pourquoi, même si un « peut mieux faire » ou encore « peut faire plus et mieux » serait une observation plus pertinente, nous pouvons être fiers du travail déjà réalisé et en cela l’Europe nous mérite par la confiance que nous avons su lui porter.

Des points partagés aux points reliés

Le projet européen repose avant tout sur la prise de conscience d’un rapprochement nécessaire entre nous, voisins du Vieux Continent. S’il est opéré dans maints domaines, il n’est pas toujours conscientisé ou même compris. Et pourtant, qui sommes-nous d’autres aujourd’hui que des membres d’une même et nombreuse famille ?
À l’instar de nombre d’Alsaciens, Italiens ou Suisses qui ont répondu à l’appel du roi espagnol Charles III à venir s’installer dans les terres andalouses à la fin du XVIIIe siècle, nous nous sommes rassemblés, retrouvés, unis dans une destinée souvent de survie ou de quête d’une vie meilleure. En quittant ainsi à quelques années de ce qui allait devenir la Révolution française leurs plaines, collines ou montagnes pour changer d’environnement et venir braver les chaleurs sèches de la pointe ibérique en y développant de multiples cultures dans les champs qui n’attendaient qu’à produire, ces migrants d’un autre temps ont non seulement répondu aux besoins d’un territoire qui cherchait bras et courage pour nourrir ses sujets, mais créé une communauté qui aujourd’hui et depuis bien longtemps fait socle. Deux siècles et demi plus tard, les hommes et les femmes qui y vivent, s’ils sont bien entendu Espagnols, ne renient pas leurs origines, bien au contraire. Fiers de cette histoire, ils ont gardé d’elles des consonnances ancrées jusque dans leurs noms de famille, mais aussi des signes génétiques faisant parfois côtoyer dans une même fratrie le bleu clair et le marron foncé des regards.

Tels des points d’une œuvre artistique collective ou encore des entrelacs composant des motifs d’un travail couturier, à l’image des lieux et endroits d’une carte européenne qui ne saurait mentir en révélant les maintes voies construites ne menant pas seulement à Rome, ces points ancrés dans les paysages variés de notre espace partagé permettant de nous relier les uns aux autres sont aussi les valeurs que nous défendons et portons haut et fort : ils forment nos points communs, autant de convergences et de signes d’appartenance à ce destin lui aussi commun.
Encore une fois, la partition écrite par Jean Monnet révélait une limpide clairvoyance quand il déclarait « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. »
Autant de territoires connectés, autant de femmes et d’hommes reliés, partageant une histoire commune pour un temps, celui d’une période ou d’une vie, voire même d’une descendance.
Quel sens alors donner aux velléités de renforcement ici ou là de nationalismes exacerbés, si ce n’est la traduction d’un triste repli sur soi, à l’allure d’enfermement dans un passé réinventé ou dans la réécriture d’une Histoire qui n’a d’écho que dans un mythe ? Si l’uniformité a du sens, c’est dans les valeurs défendues et portées aux quatre coins de l’UE, et certainement pas dans la narration d’un prétendu passé uniforme entre nous ni d’un présent dépourvu de particularités. Bien au contraire, notre Histoire s’est construite par tissages et articulations entre « des » Histoires locales, régionales et nationales nourries de diversités qui font traces, et que l’on retrouve aujourd’hui partout, des paysages aux modes de vie, des rivages aux monuments des villes, des langues aux traditions culinaires.
Plus souvent suscités que volontaires, les mouvements de population au cours des siècles ont, sur fond de nécessité et souvent de survie, de fait provoqué des rencontres et par là-même fait se téléscoper traditions et coutumes, faisant naître de nouvelles identités inopinées sur des territoires dédiés : la diversité de nos identités et de nos citoyennetés y trouve source.Nous nous sommes construits en famille, en peuple européen, comme en témoignent la couleur de nos cheveux et de nos yeux, nos prédécesseurs s’installant plus ici et d’autres plus là.
Alors oui, les points nous unissent : nos points communs comme autant de valeurs convergentes, nos résultats et nos scores de réussite dès lors que nous faisons corps, nos particularités revendiquées et reliées par ces réseaux de toutes natures.

Gabin l’Européen

La devise de l’UE est le pur reflet de cette réalité qui n’oppose en rien les identités mais au contraire les fait vivre telle une famille accueillante et célébrant les siens.
« Unie dans la diversité », l’Europe sait ce qu’elle vaut et ce qu’elle veut. À quelques jours du 9 mai, jour anniversaire de la Déclaration de Robert Schuman il y a 75 ans, la devise résonne plus que jamais pour traduire le sens du projet européen.
75 bougies pour célébrer l’audacieuse volonté d’une réconciliation durable s’il en est, à la hauteur des enjeux.

La construction européenne se poursuit et c’est l’affaire de tous, là aussi regroupés dans nos diversités, quelles que soient nos histoires, nos modes de vie, nos âges, etc.
S’il n’est jamais trop tard pour faire l’Europe, il n’est jamais trop tôt non plus.
L’heure est venue de divulguer l’auteur de cette réflexion initiale « L’Europe nous mérite car les points nous unissent » : nous la devons à un jeune de 10 ans, élève de CM2.
Bravo Gabin !

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Les contributeurs, Marie-Laure Croguennec, 1 commentaire

Le CECI fête le mois de l’Europe 2025

Le Joli Mois de l’Europe 2025 se déroule tout au long du mois de mai 2025, avec pour objectif de valoriser l’Europe dans notre quotidien, de mettre en avant les projets soutenus par les fonds européens, les structures en lien avec l’Europe, et de promouvoir la mobilité européenne.

Célébration de la Journée de l’Europe
Le 9 mai 2025 marque le 75e anniversaire de la Déclaration Schuman, qui a posé les bases de l’Union européenne.

Le CECI organise ou participe à des événements pour faire découvrir les actions et actualité européennes :

  • 28 avril : rencontre avec les élèves de CM2 de l’école St Pierre à Plougastel-Daoulas.
  • 5 mai : « l’Europe au quotidien » à l’invitation du Comité de jumelage de Guipavas.
  • 6 mai : rencontre avec les collégiens de Sainte Ursule à Cléder et Notre dame d’Espérance à Saint Pol de Léon.
  • 9 mai : célébration de la Journée de l’Europe.
  • 22 mai : rencontre de Gérard Vernier et Patrice Obert auteurs de « L’Europe et ses défis » publié chez l’Harmattan avec des lycéens de la Croix Rouge à Brest puis conférence publique à la librairie Dialogues (en partenariat avec Brest Métropole dans le cadre du mois de l’Europe).

Publié par Cercle CECI dans Annonces, CECI dit, CECI fait, Cercle CECI, Les contributeurs, 0 commentaire

Relations franco-allemandes : une table ronde à Guipavas

C’était annoncé depuis plusieurs semaines : deux mois après les élections en Allemagne et à l’approche de la prise de fonction du nouveau chancelier allemand, le CECI a organisé le 24 avril 2025 une table ronde à Guipavas.

Au programme, les relations franco-allemandes pour l’Europe dans ce nouveau contexte. Claire Demesmay, Benjamin Kurc, Hans-Jürgen Zahorka, Erwin Hund, autant d’intervenants à l’expertise aiguisée, pour un débat dynamique et pertinent animé par Marion Watras.

Des questions variées sur des sujets abordant le positionnement européen dans différentes situations telles que la nouvelle guerre économique américaine, les migrations, la guerre en Ukraine, mais aussi l’évolution des jumelages franco-allemands ou encore le devenir de l’enseignement des deux langues.
Des questions ambitieuses qui touchent de près ou de loin les citoyens au quotidien.
L’événement était organisé en partenariat avec le Fonds citoyen franco-allemand.

Le point de vue de deux personnes ayant assisté aux débats.

Les intervenants ont expliqué ce que peut devenir la relation franco-allemande suite aux récentes élections législatives en Allemagne. Le nouveau chancelier, Friedrich Merz (CDU, 30% des votes), à la tête d’une coalition CDU-CSU-SPD (tous ayant réalisé des scores plus bas qu’à l’ordinaire), est francophile et souhaite travailler main dans la main avec Emmanuel Macron, dont il est proche sur les questions économiques et financières. Il annonce 500 Md€ de dépenses pour les infrastructures.

L’Allemagne ne bloquera plus l’Europe. Au contraire, le soutien des USA via l’OTAN étant compromis, Merz est en faveur de la création d’une armée européenne et il compte sortir les investissements de sécurité et de défense du cadre budgétaire. Il espère même profiter du parapluie nucléaire français.

Il reste un sujet de friction entre nos 2 pays : le commerce international. Pour des raisons d’intérêt propres à chacun, l’Allemagne est favorable au Mercosur alors que la France y est opposée.

Un atout important pour de bonnes relations entre les 2 pays est la bonne entente entre les peuples français et allemand, grâce aux jumelages (2 300 à ce jour, dont plus de la moitié entre l’Ouest de la France et le Sud de l’Allemagne), financés par les communes. Ces jumelages permettent aux citoyens de se connaître. Deux traités leur ont donné une impulsion : le traité de l’Élysée, concernant la jeunesse, en 1963, et le traité d’Aix-la-Chapelle, en 2 000, qui a créé un fonds citoyen. Malheureusement, ces relations entre citoyens ainsi que l’apprentissage des langues respectives des 2 pays sont en déclin.

Les questions des participants ont porté sur la situation de la Grande Bretagne qui, selon les intervenants, réintègrera l’Europe d’ici 10 à 15 ans.
Le triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne) qui se réactive an niveau de l’Europe, deviendra alors un « carré » en intégrant la Grande Bretagne.
La présence des extrêmes (gauche et droite) au Parlement allemand a soulevé une question. Pour la première fois, die Linke, le parti d’extrême gauche, n’est plus représenté au Parlement, faute d’élus en nombre suffisant. À l’inverse, l’extrême droite AfD, agressive, pro-russe et pro-nazie, ne cesse de progresser, soutenue par Elon Musk. La tradition allemande de gouvernements de coalition est heureusement un rempart contre ce parti.

En conclusion ce fut une soirée très intéressante avec des intervenants très qualifiés.

Merci au CECI !

Alix et Philippe Marchand

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Table ronde le 24 avril

Quelles relations franco-allemandes pour l’Europe après les élections en Allemagne ? Tel est le thème de la table ronde lors de la première Journée européenne 2025 du CECI.

Page programme

Voici l’article paru dans le Télégramme le 13 avril à la suite de l’entretien avec les représentants du CECI.

Le Telegramme

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Semaine des Droits Humains 2025 à Guer

Le CECI participait le 27 mars à la Semaine des Droits Humains 2025 à la Cité Scolaire Brocéliande à Guer.

L’objet était, entre autres, la découverte des enjeux de la Charte des droits fondamentaux de l’UE.
Invité à parler des thèmes d’actualité M. Emmanuel Morucci, docteur en Sociologie, président du Cercle Europe Citoyennetés et Identités (CECI) participait à un atelier d’échange avec des élèves.

Le thème demandé par l’équipe enseignante et notamment par madame Andrea Castano Rios, professeure d’espagnol et Référente apprentissage interculturel et appréciation de la diversité et du Patrimoine culturels pour le Réseau National des écoles associées de l’UNESCO concernait les défis et enjeux de l’UE avec un focus, actualité oblige, sur la défense européenne.
Emmanuel Morucci était également l’invité de l’équipe de journalistes pour une interview à la radio du Lycée. Il a répondu aux questions fort pertinentes de jeunes reporters sur les questions qui font l’actualité de l’UE et notamment ce qui inquiète les élèves : la guerre en Ukraine.

Programme Guer mars25

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Ciné-débat le 19 mars 2025

Ciné-débat le 19 mars 2025

Séance cinéma suivie d’un débat, au cinéma « Les Studios » à Brest pour le film « La salle des profs », prix lux du public 2024.

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