Marie-Laure Croguennec

Le conte est beau

Depuis soixante jours, l’invasion russe en Ukraine s’est invitée sur les écrans de télévision fixant avec précision et temps réel des images dans les esprits : de l’exode de familles sur les routes aux charniers de Boutcha, en passant par les frappes militaires et les décombres de Marioupol, les scènes d’horreur ne manquent pas. Nul ne peut rester insensible et chacun d’entre nous découvre la proximité de cette guerre, tant sur le plan géographique, l’Ukraine est à quelques centaines de kilomètres de la France et aux portes de l’UE, que par l’immédiateté au vu de la rapidité de réception des informations. 

Nous, adultes, sommes saisis par la violence guerrière qui se déroule sur nos yeux, nous qui pour la plupart avons eu la chance de naître et de vivre sur le territoire européen dans la période de réconciliation. Des récits transmis, racontés, vécus par nos aînés, parents et grands-parents, nous ont été relatés comme promesses d’ultimes horreurs appartenant à un monde et une époque révolus, laissant place à la paix.
Nous, adultes, sommes choqués par le basculement et la soudaineté de ces actes belliqueux qui mettent à jour le fragile équilibre entre la terreur et la paix.
Nous, adultes, pouvons essayer de raisonner et, sans minimiser ni camoufler la réalité, tenter d’analyser les faits et enjeux, nous jouant de prospectives et prévisions en tout genre, sans risquer nos vies. 

L’enfance, un monde perméable 

Qu’en est-il des enfants ? Parce que le monde en vrai est à portée d’écran, ils se trouvent eux aussi concernés par les atrocités révélées. Parce que la vie enfantine n’est pas sanctuarisée ni étanche aux médias, les faits guerriers leur parviennent et ne manquent pas de les questionner.
À en juger par les propos exprimés dès le matin du 25 février, les jeunes écoliers ne se sentent pas éloignés des préoccupations de leurs parents :
« La guerre peut- elle arriver chez nous ? » telle était l’angoissante et lancinante interrogation courant comme un fil rouge tout au long de la logorrhée de paroles exprimées.
Reconnaissons que cette question résonne en nous, et au travers de notre compassion envers les Ukrainiens, nous redoutons avant tout de nous sentir, concrètement, concernés. 

Là aussi, il est un équilibre à trouver entre questions posées et réponses apportées ; rien ne serait plus dangereux que des espaces vides de mots qui auraient pour immédiateté la construction d’une réalité a fortiori erronée par ses excès ou au contraire absences de factualité.
Certes, à l’attention des enfants il n’est pas question d’entrer dans une explication exhaustive que d’aucuns d’ailleurs se trouveraient incapables de leur présenter, mais de poser des termes sur ces faits, fussent-ils hautement condamnables pour ne pas dire terrorisants.
Rien ne serait plus risqué que de laisser le vide, dont l’espace a horreur, s’installer et fixer des commentaires et légendes sur des images inscrites dans les esprits et aux encres indélébiles.
Apprendre à voir les événements et appréhender le monde et ses réalités font partie de la construction de la personne ; c’est tout l’enjeu de l’éducation aux médias qui s’édifie dès le plus jeune âge, et de jour en jour. C’est ainsi que l’on apprend également à devenir citoyen, faisant partie d’un tout, d’une société construite elle-même au travers d’une Histoire. Cet apprentissage est la résultante d’un processus de socialisation et convoque immanquablement valeurs et fondements. 

L’heure de réaliser et de confirmer s’il en était besoin que le vivre ensemble se construit à chaque instant, en tout lieu, et concerne chacun d’entre nous ; dans l’enfance et en particulier à l’école, l’éducation à la citoyenneté doit prendre toute la place qui lui revient pour édifier solidement cette responsabilité.
L’âge des élèves dans le premier degré, en particulier au cours des dernières années de primaire, se révèle particulièrement idoine pour l’émergence du sentiment d’appartenance et de conscience de partage comme le décrit Géraldine Bozec*. 

De Robert à Arthur : un printemps espérant 

En effet, en tant qu’enseignante en classe de CM2, je peux témoigner que le questionnement sur la guerre en Ukraine a débordé les premiers jours de mars et de ceux d’avril, rendant chez certains le printemps plus inquiétant que chantant.
Bien au-delà d’une présence explicite de ces tourments, la solidarité et le soutien envers le peuple ukrainien ont pu se manifester de mille et une façons par les jeunes élèves, les collectes de denrées de première
nécessité entre autres, et parfois de manière inattendue.
Ainsi, au terme d’une séquence classique d’expression écrite visant à apprendre à écrire un conte, alors que se succédaient les textes relatant les exploits de héros chevaliers secourant princesses et consorts au milieu de monstres et de licornes (très tendance, les licornes en 2022), s’est présentée la production d’Arthur, 10 ans, intitulée « La Russie contre l’Ukraine » : 

Il était une fois un jeune guerrier ukrainien qui s’appelait Davire. Il avait 28 ans, et vivait sans femme. 

En ce moment-là, c’était la guerre en Ukraine. Les habitants avaient très peur de la Russie, c’était leur ennemi. La mission pour Davire était de les sauver. Un beau jour, le jeune guerrier apparut sur le champ de bataille pour se battre contre la Russie. Il avait trois épreuves.
La première consistait à traverser la rivière de la mort pour atteindre l’armée russe.
Quant à la deuxième, elle se montra plus difficile, il fallait abattre l’armée russe et la capturer.
La troisième épreuve était assez difficile : il fallait tirer des balles pour faire la paix. Alors Davire utilisa son fusil magique et tout redevint comme avant. 

Davire se trouva une femme russe très gentille et ils eurent beaucoup d’enfants. »

Si son texte force le respect et inspire nombre d’enseignements, il montre avant tout au travers de sa conclusion impliquant les deux nationalités que les valeurs de paix et de réconciliation prônées par Robert Schuman un certain 9 mai 1950 sont loin d’être démodées.
Si ce printemps se révèle inquiétant et angoissant, il est aussi inspirant et espérant. 

Nous partageons tous, enfants et adultes, les mêmes espoirs, socles de notre avenir et destin commun.
Loin d’être futiles, les préoccupations du jeune élève dans son texte rassemblent les valeurs qui font de nous des humains. 

Bravo et merci à toi Arthur, ton conte est beau. 

* Géraldine BOZEC, Les Héritiers de la République, Éduquer à la citoyenneté à l’école dans la France d’aujourd’hui. 2010

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Vive le sapin européen !

Le CECI s’est à nouveau fait le relais auprès d’établissements scolaires pour qu’élèves européens, petits et grands, puissent partager leurs traditions de Noël.
Pour l’édition 2021, pas moins de 529 élèves de 14 écoles de Bretagne et Bourgogne-Franche Comté se sont employés à confectionner des décorations de Noël à l’attention d’écoles de l’UE, regroupées en un réseau de 309 établissements de 19 pays. 

Un grand merci à Brian Stobie qui coordonne, depuis Newcastle, cette opération qui permet aux jeunes de découvrir et s’approprier leur propre culture à la fois commune et différenciée. Une formidable occasion de participer à la construction du sentiment d’appartenance car « on ne naît pas citoyen européen, on le devient ». 

À l’école Kergroas de Lannilis (29), les élèves ont non seulement disposé sur leur sapin des décorations venues de toute l’Europe mais en ont profité pour faire vivre en classe tout un espace dédié à cet échange culturel et linguistique. 

Les élèves de CM1 et CM2 de l’école publique du Phare à Plouguerneau (29) posent fièrement devant leur sapin européen. 

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D’Écosse en France, essai transformé

23 juin 2016. Nul n’aurait imaginé les bouleversements engendrés par le référendum britannique.
De tourments en turbulences, les États se sont trouvés dans les méandres du brexit qui a donné maille à partir aux négociateurs, et ce n’est visiblement pas fini.
Qu’en est-il des citoyens ? Comment se vit ce bouleversement dans la vie des Britanniques ? Comment, a fortiori, quand on ne l’a pas souhaité ?
Rencontre avec Ann Marie Burns, Écossaise vivant en France depuis 26 ans.

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Journée de l’Europe à l’école

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L’Écosse, dans les yeux de Marianne

L’Écosse vient de réaffirmer son attachement à l’Europe au travers des élections qui ont plébiscité la Première Ministre écossaise Nicola Sturgeon. Tout un paradoxe pour le Royaume-Uni qui vient de quitter l’UE, même si l’on se souvient que nos voisins écossais avaient largement manifesté leur volonté de rester européens lors du référendum de 2016. Depuis, un autre bouleversement a déferlé par la pandémie qui n’épargne aucun territoire. Dans ce contexte, quelles conséquences dans la vie quotidienne pour les citoyens, écossais et ressortissants de l’UE ?

Rencontre avec Marianne Olier, 26 ans, chargée de marketing, vivant et travaillant à Édimbourg.
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Éducation à l’Europe : question d’âge ?

« Oh ! L’anniversaire du traité de Rome, c’est le lendemain de mon anniversaire… »
« Madame, est-ce que c’est exprès que le contrôle de géographie sur l’Europe tombe le jour du traité de Rome (sic) ? »
Ces réactions spontanées recueillies en classe en ce printemps 2021 témoignent d’une éducation à la citoyenneté européenne à ce stade en pleine germination.
Ce n’est sans doute pas conscientisé, mais en s’exprimant ainsi sur ces dates, Simon et Kévin sont en train de se construire leur conscience européenne. En inscrivant de la sorte dans leur vie ces événements, ces élèves se les approprient et se les rendent personnels et presque intimes avec la touche de proximité et de vérité qui donne une existence réelle à ces faits historiques. Lire la suite →

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Santa Claus et la conscience européenne

Réaliser des décorations de Noël, les expédier dans des écoles de l’UE et en recevoir des quatre coins d’Europe pour décorer le sapin de l’école : c’est le principe de l’opération « Christmas Tree Decoration Exchange », renouvelée depuis plus de quinze ans.

Le CECI, partenaire de l’opération pour la Bretagne, permet ainsi à des dizaines d’élèves d’écoles maternelles et primaires de vivre ce temps de construction de la conscience européenne par un échange autour des traditions respectives : découvrir les points communs et les différences au travers d’une culture partagée, voilà qui rassemble les Européens, « unis dans la diversité ».

« Sapin européen de l’école ND Izel Vor – La Forêt-Fouesnant – Finistère »

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Rapport Chopin : une erreur déterminante ?

« Enseigner l’Europe en France », tel est l’objet des 126 pages de l’étude menée par Thierry Chopin* pour l’institut Jacques Delors : une étude riche, fouillée, comparative, constituée de constats et de recommandations fortes. Appuyée dans la préface par les propos déterminés de Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, l’on ne peut que se réjouir de la publication et mise à disposition d’un tel outil. Lire la suite →

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Assassinat de Monsieur Samuel Paty

On ne naît pas terroriste, on le devient.

S’associant à tous les témoignages et réactions dénonçant l’innommable, le Cercle Europe Citoyennetés et Identités exprime sa plus vive émotion et manifeste son soutien indéfectible à la famille de Monsieur Samuel Paty.
Le sol de la France, terre des Droits de l’Homme et du Citoyen, et de l’Union européenne se retrouve souillé à jamais par cet acte immonde qu’aucune idéologie ne peut abriter.
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