CECI dit

Nouveaux billets en euros : et si on osait l’incarnation ?

Bonne idée ! Jusqu’au 31 août 2023, la Commission européenne invite les citoyens européens à s’exprimer sur le choix du thème des nouveaux billets en euros dont la mise en circulation est prévue pour 2026.
Certes, la monnaie papier perd de vitesse au profit du paiement numérique ou par carte – pourtant tout aussi « liquide » que les espèces – mais autres temps, autres mœurs, nous adoptons de plus en plus l’usage des nouvelles technologies au quotidien, y compris pour les achats. Il n’en reste pas moins que la concrétisation de la monnaie unique passe par l’existence des espèces sonnantes et trébuchantes que sont les 8 pièces et 7 billets qui ont cours depuis le 1er janvier 2002.
Si les pièces sont dotées d’une face nationale, il n’en est rien pour les billets dont les portails, fenêtres et ponts, tous fictifs, avaient pour but de symboliser la coopération entre les pays membres et leur ouverture au monde, associés à des courants architecturaux.

Nouvelle thématique deux décennies plus tard

Si toute une génération s’est trouvée pleinement contemporaine de cette existence numéraire, « vingt ans après leur mise en circulation initiale, il est temps de revoir l’apparence de nos billets de banque, afin que les Européens de tous âges et de tous horizons puissent s’en sentir plus proches » commente Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne.

D’où l’idée d’inviter les citoyens à se prononcer sur 7 thèmes proposés :

  • Fleuves : rivières de la vie en Europe,
  • La culture européenne,
  • Le futur vous appartient,
  • Le reflet des valeurs européennes dans la nature,
  • Les oiseaux : libres, résilients et inspirants,
  • Mains : construire l’Europe ensemble,
  • Notre Europe et nous-mêmes

Ces 7 domaines intéressants et inspirants ont le mérite de nous faire avancer vers des représentations concrètes, signe d’un besoin de représentations symboliques, mais également authentiques.
Si tel est le but, pourquoi alors ne pas oser l’incarnation si souvent jugée trop absente et aller jusqu’au bout en proposant des noms de personnes ?

Besoin d’incarnation… et d’action

En effet, il n’en manque pas des hommes et des femmes pour qui l’Europe a représenté un rêve, une issue, une construction, une œuvre de paix, une solution aux tragédies qu’ils et elles avaient touchées de près, et qui se sont révélés des témoins de notre histoire : de Simone Veil à Robert Schuman, de Louise Weiss à Jean Monnet, d’Anne Franck à Alcide de Gaspéri, de Konrad Adenauer à Paul-Henri Spaak…
Il n’en manque pas des hommes et des femmes d’Europe qui au fil des siècles représentent l’inventivité, l’évolution, le progrès, les arts, la littérature et sont présents dans notre quotidien : de Marie Curie à Léonard de Vinci, de Maria Callas à Vasco de Gama, de Sénèque à Mozart, de Picasso à Beethoven, de Galilée à Aristote, de Freud à Van Gogh…
La liste est longue.

Assurément, une telle sélection s’annonce plus difficile à arbitrer et possiblement génératrice de clivages nationaux pour ne pas dire de guerres de clochers européens. En effet, ces personnalités sont-elles équitablement familières de Dublin à Vilnius ou d’Helsinki à Athènes ? Certes non. Mais les ponts et fenêtres imaginaires l’étaient-ils seulement ?
Et si j’entends déjà d’aucuns augurer que Louise Weiss ou Alcide de Gaspéri ne sont pas suffisamment connus du grand public, ce serait alors une formidable occasion de réparer nos carences culturelles et citoyennes en la matière par un épisode d’histoire européenne présenté à toutes et tous, de l’Atlantique à la Mer noire (la Bulgarie entrera dans la zone euro en 2025), de la Baltique à la Méditerranée.

Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va

Sans minimiser l’intérêt de chacune des 7 thématiques proposées, colloques, séminaires et publications sur la citoyenneté européenne révèlent régulièrement le manque d’incarnation d’Europe dans la vie de tous les jours.
Or les symboles, la monnaie unique en est un comme le drapeau, l’hymne, la devise ou encore la fête – en attendant que le 9 mai devienne un jour férié -, contribuent à construire la conscience citoyenne européenne. Avec l’euro et le renouvellement de ses billets, nous avons là une chance de faire d’une pierre deux coups : donner plus de proximité à l’Europe et rassembler toutes les générations simultanément en leur faisant vivre cette appropriation.
Un cours d’histoire et de culture européenne intergénérationnel en quelque sorte, pour dépasser cet obstacle de méconnaissance et pour ouvrir la voie d’un plus fort sentiment d’appartenance.

Plus que de laisser les carences éducatives du passé nous enliser dans une acculturation de notre histoire commune, transformons cette fragilité en un formidable élan et allons à la rencontre de ces hommes et ces femmes qui, chacun et chacune de sa fenêtre, de son époque, de son idéal, de son domaine a semé, a créé, a soigné, a pensé, a osé, a œuvré.

Ce choix d’une 8e thématique par des noms de personnes n’est sans doute pas la solution la plus facile, mais quand on dit et redit que l’Europe se construit avant tout par et pour la personne, rien ne serait plus cohérent.
Et l’enjeu européen ne vaut-il pas de relever ce défi ?


Enquête en ligne jusqu’au 31 août 2023 : la BCE consulte

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Les contributeurs, Marie-Laure Croguennec, 4 commentaires

Alerte à la vague noire ?

En France, les intentions de vote aux européennes de juin 2024 font du RN le grand gagnant avec 32%. Contre 23% aux élections de 2019, soit une progression de  40% en 5 ans. Cette percée s’inscrit dans un large mouvement de fond européen.
La Hongrie, la Pologne et l’Italie sont gouvernées par l’extrême-droite (ED). Celle-ci fait partie de larges coalitions gouvernementales ou les soutient activement en Slovaquie, Lettonie et Suède, aux Pays-Bas et en Finlande où, après trois mois de négociations et une campagne menée contre l’immigration et l’UE, le mouvement national-populiste des Vrais Finlandais a rejoint le gouvernement. Elle est bien implantée en Allemagne, avec des scores importants de l’AFD dans les régions de l’Est. En Espagne, la domination de Vox dans des scrutins locaux n’a heureusement pas débouché sur une coalition avec la droite à l’issue des législatives du 23 juillet. L’hypothèse reste valable en revanche pour l’Autriche avec un possible retour au pouvoir du FPÖ aux prochaines élections.

Le concept de « cordon sanitaire », né en Belgique à la fin des années 1980 en réaction à la montée du parti d’extrême-droite flamande, ne fonctionne plus. La frontière entre droite et ED s’efface progressivement, des partis conservateurs reprenant les thèmes de prédilection de d’ED.
Cette porosité n’épargne pas totalement la gauche : les sociaux-démocrates danois doivent leur maintien au pouvoir à des mesures sévères contre l’immigration. L’ED s’installe au cœur de nombreuses démocraties européennes, dans un double processus de dédiabolisation de ses idées et d’hybridation avec les partis conservateurs. Cette normalisation passe par l’abandon de la rhétorique anti-européenne au profit de l’Europe des Nations ainsi que par un gommage de surface des pulsions autoritaires. Elle passe aussi, symboliquement, par des dénominations rassurantes : partis de la Liberté aux Pays-Bas et en Autriche, parti des Démocrates en Suède, etc.

Néonazisme, anti-immigration, populisme (au sens de la défense du peuple face aux élites), ultranationalisme et souverainisme, euroscepticisme voire europhobie, enracinement ruraliste ou localiste, sécuritarisme et autoritarisme, rhétorique anti-système et anti-partis traditionnels : nous avons là toute la palette des composantes de l’ED, dont le « mix » et la hiérarchie varient selon l’histoire nationale et les rapports de force politiques.
Ces partis divergent sur le plan économique (socialisants contre libéraux, parfois climato-sceptiques), culturel et religieux (plus ou moins traditionalistes, défendant les valeurs chrétiennes ou la laïcité) et de  la politique extérieure (alignement ou non sur Moscou ou sur les États-Unis).
Mais un socle commun est identifiable :
1) rejet de l’immigration et glorification de l’identité ;
2) souverainisme ;
3) autoritarisme et sécuritarisme.

Ce qui se passe au Parlement Européen est la résultante de ces tendances nationales. On observe une montée en puissance de la droite nationaliste-conservatrice eurosceptique, le groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), dont Georgia Meloni est l’ex-présidente et dont sont membres le parti polonais Droit et justice (PiS), les « Frères d’Italie » et Vox. Sur une frange plus radicale, identitaire, anti-immigration et europhobe, Identité et Démocratie (ID), où siègent la Ligue du Nord italienne, le RN et l’AFD, bénéficie d’un nombre de sièges comparable. Ensemble, ces deux groupes pèsent 126 sièges sur 705, soit 18% du Parlement.
Depuis plusieurs mois, un projet de coalition entre le Parti populaire européen (PPE) et ECR, gagne du terrain dans les cercles européens et nationaux. L’éventualité pour l’ID de s’y associer paraît peu crédible, ce groupe étant opposé aux sanctions contre la Russie, contrairement à ECR. Sans bâtir de scénarios sur les regroupements possibles à l’issue des élections de juin 2024, il faut considérer que ces groupes, même non unis sous une même bannière, créeront des alliances d’opportunité, susceptibles d’imposer leur vote. Leur rapprochement récent avec le PPE sur des dossiers essentiels comme celui du Pacte Vert en est un signe annonciateur.

Cinq raisons nous semblent expliquer la percée de l’ED :

  1. L’enjeu premier des migrations avec une volonté populaire de fermer les frontières nationales aux migrants dont les cultures sont vécues comme incompatibles, voire menaçantes pour les valeurs traditionnelles. L’UE est considérée comme trop permissive vis-à-vis des étrangers. Ses difficultés à définir une politique commune, le bilan mitigé des accords de Schengen sur la protection des frontières extérieures et certaines incohérences de la politique migratoire, comme l’accord financier conclu il y a quelques années avec la Turquie, sont autant de facteurs amplificateurs.
  2. La montée en puissance de l’ED est aussi une réponse aux forces centrifuges de la dérégulation économique et financière. Pour de nombreux Européens fragilisés et inquiets pour leur avenir, l’UE, abusivement réduite par l’ED à « l’Europe de Bruxelles », fait figure de coupable idéal, incapable de les protéger des excès de la mondialisation. Les crises économiques successives sont venues accentuer cette défiance, sur fond de politique sociale européenne trop timide car régulièrement battue en brèche par les pays scandinaves, les Pays-Bas et l’Autriche, attachés à préserver leur modèle national.
  3. Le succès de l’ED s’explique également par le manque de vitalité idéologique des partis traditionnels. S’y ajoute une crise récente du centrisme européen : les quatre partis du groupe Renew (dont le parti français Renaissance) subissent une baisse de crédibilité dans les sondages. La difficulté du fonctionnement démocratique institutionnel à définir un horizon collectif est aussi un facteur d’insatisfaction croissante et d’envie, au moins symbolique, de « renverser la table ».
  4. Un aspect conjoncturel ne doit pas être négligé : face à deux crises majeures, la pandémie puis la guerre en Ukraine, l’UE a apporté la preuve de sa capacité de résistance et d’adaptation aux chocs externes et a effectué quelques pas vers plus d’intégration. Cette solidité inattendue et le « spectre » du fédéralisme ne peuvent que servir de repoussoir à des partis nationalistes europhobes.
  5. Enfin, un système très élaboré d’influence numérique, ciblant particulièrement les jeunes publics, bénéficiant du soutien de riches alliés nord-américains ainsi que d’autres puissances étrangères, permet à l’ED d’occuper une place disproportionnée sur la toile.

On pourra objecter que Victor Orban n’est plus au faîte de sa gloire, que le PiS s’essouffle, que Vox vient de régresser aux législatives. On rappellera que plusieurs petits pays européens (Portugal, Irlande, Luxembourg..) sont épargnés par l’ED. Pour autant, la possibilité d’une prise de pouvoir de l’ED en 2024, seule ou en partage, ne doit pas être négligée.
Ne tombons pas dans le piège d’un rationalisme malvenu face à l’inimaginable, n’oublions pas l’élection de Donald Trump et le Brexit !
Pour faire barrage à cette « vague noire », il n’est plus temps de brandir l’étendard des valeurs. Cette entourloupe idéologique prospère auprès d’une opinion publique profondément déçue par l’incapacité des partis classiques à répondre à ses souffrances. C’est ce terreau-là que les partis de la démocratie doivent faire disparaître en pensant une alternative solide et crédible sans ostraciser les partisans de l’ED.
À ce titre, concilier la préférence populaire pour un niveau moins élevé d’immigration et la nécessité de se montrer accueillant avec les nouveaux venus représente un défi incontournable.
Quant à la tentation du reniement de ses convictions européennes par une partie de la droite, par pur opportunisme électoral, elle ne pose pas seulement une question morale. S’associer à des partis qui n’ont de cesse de l’affaiblir, c’est livrer définitivement l’Europe à la domination des grandes puissances. Avec comme premières victimes, les citoyens européens.

Publié par Patrick Salez dans CECI dit, Les contributeurs, Patrick Salez, 1 commentaire

L’enjeu capital des élections européennes du 9 juin 2024

Comment aborder, à moins d’un an de futur scrutin, la question de l’enjeu de la future élection européenne de juin 2024, la dixième depuis l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct en 1979, avec l’élection de Simone Veil à sa tête ?

Retour sur l’élection de la Commission européenne de 2019–2024

Lorsque l’on regarde la composition des sept groupes politiques actuels au Parlement européen, le parti populaire européen (PPE où siège LR) arrive en tête avec 176 sièges, suivi de Socialisme et démocratie (S&D où siègent Place publique et le PS) avec 145 sièges, puis de Renew (où siège Renaissance) avec 103 sièges. Lors des législatures précédentes, le PPE et S&D avaient à eux deux la majorité absolue. Ce n’est plus le cas dans la mandature 2019–2024 : il faut au mois trois groupes politiques pour atteindre la majorité et la prépondérance du PPE n’est plus absolue, comme on l’a vu lors du dernier vote sur la préservation de la nature où le PPE a été mis en minorité et finalement battu.

À l’initiative de son président, Manfred Weber, le probable détachement de la partie la plus à droite du PPE afin de rejoindre les groupes les plus conservateurs ou anti-européens de l’échiquier politique européen, à savoir les Conservateurs et réformistes européens (ECR : 64 élus) et ceux d’extrême-droite, Identité et Démocratie (ID : 66 élus) pourrait faire basculer la majorité vers ce nouveau conglomérat de la droite dure. N’occultons pas la montée des partis de droite en Europe, notamment en Italie (Georgia Meloni était la présidente du groupe ECR avant son élection à la tête du gouvernement italien) mais aussi en Finlande, en Suède, sans compter sa prépondérance en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie ni son étiage élevé et en constante progression en France.

L’élection européenne n’est pas limitée à celle du Parlement européen

N’oublions pas non plus que l’enjeu des élections européennes ne se limite pas à élire des députés européens mais qu’il est bien plus large que cela.
Il s’agit, en effet, de renouveler la direction des trois plus grandes institutions européennes : celles qui font partie du « triangle institutionnel », composé du Parlement européen, du Conseil européen (les chefs d’État et de gouvernement) et de la Commission européenne.
Les détracteurs de la Commission, qui sont légion à dénoncer les abus de pouvoirs de « Bruxelles, une horde de bureaucrates », répètent à l’envi que la Commission est un organisme hors-sol, aux pouvoirs exorbitants et non-élu démocratiquement. de surcroît.

Qu’en est-il dans la réalité ? La candidate à l’élection de la Commission européenne de 2019, Ursula von der Leyen, proposée par Emmanuel Macron au Conseil européen à la place de Manfred Weber, membre d’un parti affilié au PPE, le CDU allemand, n’aurait jamais pu accéder à ces fonctions si elle avait uniquement promu les idées de son parti, ce qu’elle fit pourtant au début. Il lui a fallu rencontrer tous les autres groupes politiques du Parlement qui lui ont fait clairement comprendre que, si elle n’adoptait pas leurs principaux chevaux de bataille, (notamment sur l’action climatique, inspiratrice du Green Deal, le Pacte vert), elle ne recueillerait pas le suffrage de leurs membres. Et avec les seules voix de la droite, elle ne pourrait pas être élue présidente de la Commission européenne. Élue ? Oui, élue par les députés européens, ce qui fut le cas en juillet 2019 avec 52 % des voix, sur la base d’un programme complètement transformé.

Il ne s’agissait pas d’une élection au suffrage universel direct, comme l’auraient rêvé les fédéralistes européens, mais d’une élection au scrutin indirect, comme l’est celle des sénateurs en France, élus par les grands électeurs, eux-même élus au suffrage universel. Vient-il à l’idée de quiconque en France de contester la légitimité démocratique du Sénat et de prétendre que le président du Sénat, Gérard Larcher, n’a pas été élu, sous prétexte qu’il ne l’a été que par ses pairs ? Non, bien entendu.

De plus, une fois élue par le Parlement européen, et non désignée comme on le lit trop souvent dans la presse, Ursula von der Leyen a procédé à la répartition des postes de commissaires, en accord avec les États membres qui ont désigné leurs candidats selon leurs priorités.
Mais ce ne fut pas la fin de l’histoire puisque ces candidats ont dû affronter les députés fraîchement élus au cours d’auditions serrées, menées par les commissions parlementaires concernées, parfois par plusieurs commissions, afin de vérifier leurs habilités à exercer leurs futures fonctions. Et ce ne fut pas un parcours exempt de difficultés puisque la candidate française, Sylvie Goulard, a été recalée par le Parlement européen, ce qui a amené la France à désigner un nouveau candidat, Thierry Breton qui, au titre de son portefeuille de commissaire du marché unique, a pris une dimension prépondérante au sein de la Commission, notamment lors de la crise du Covid et du conflit en Ukraine avec ses conséquences sur l’industrie de la défense.
Ladite Commission (avec un grand C, celle-là), issue de ces auditions parlementaires a fait l’objet d’un vote d’approbation à 65 % en novembre 2019.

Imagine-t-on une telle procédure démocratique en France ? En caricaturant à l’extrême, on pourrait imaginer, à l’issue de l’élection présidentielle, le président de la République fraîchement élu proposer le poste de Premier Ministre à son (sa) chef(fe) de cabinet, le poste de ministre de l’Agriculture au jardinier de l’Elysée, le poste de ministre des Transports à son chauffeur et le poste de ministre de l’Intérieur à son garde du corps, sans qu’aucun ne fut jamais élu ? Et faire approuver la déclaration de politique générale de son (sa) nouveau (nouvelle) Premier(e) ministre par l’Assemblée nationale ?

Et quid des Spitzenkandidaten ?

Et si le principe des Spirtzenkandidaten (les candidats de pointe ou chefs de file) avait été appliqué automatiquement après l’élection européenne de 2019, l’ex-président du PPE, le leader du CSU, Manfred Weber, aurait dû être désigné par le Conseil européen pour être élu par le Parlement européen.
Or, ce candidat, qu’aucun électeur ou électrice des 26 autres pays que l’Allemagne ne connaissait, présentait l’énorme défaut de ne pas parler couramment le français, défaut irrémédiable aux yeux du président français. Même si l’emploi de la langue française régresse constamment au sein des institutions européennes au profit de l’anglais, la Commission devra être présidée de préférence par un ou une francophone, qualité que possède Ursula von der Leyen grâce à sa scolarité à l’école européenne d’Uccle. Elle est, de surcroît, parfaitement anglophone, ce qui est devenu indispensable pour compter aux niveaux européen et mondial.

Et si la droite dure gagnait les élections de 2024 ?

Imaginons maintenant la situation qui résulterait en 2024 d’une élection dont les résultats seraient dominés par une droite dure.
Si le nouveau futur groupe de droite totalisait plus de 50 % des voix, pas de problème ; son (sa) candidat(e) (Jordan Bardella ?), devrait être proposé(e) au suffrage du nouveau Parlement.
Mais si le score cumulé de cette nouvelle formation se situait entre 40 et 50 % des sièges, on pourrait imaginer une coalition de toutes les forces anti-droite pour faire barrage à celle-ci et présenter un candidat de compromis (Stéphane Séjourné ?), pour lequel voteraient plus de 50 % des députés ; ce qu’on appelle la politique du cordon sanitaire en Belgique.
Car, si avec le système des Spitzenkandidaten un(e) candidat(e) d’extrême-droite était automatiquement élu(e) avec quelque 40 ou 45 % des voix, il ou elle pourrait faire des alliances incongrues avec des groupes d’extrême-gauche, dont les positions anti-européennes ne sont guère éloignées.
Heureusement, ce système faussement démocratique ne sera pas d’application en 2024. Mais encore faudra-t-il mobiliser toutes les forces démocratiques afin de faire barrage à l’extrême-droite et éviter d’avoir un trio composé d’ex-PPE, d’ECR et d’ID à la tête des trois institutions majeures.

Un enjeu capital

Comme on le voit, l’enjeu de ces élections européennes du 9 juin 2024 est capital et ne se limite pas, comme aimeraient le croire certains, à un sondage grandeur nature en France à trois ans de la présidentielle de 2027. Le risque de se saisir de cette élection pour donner une leçon au locataire actuel de l’Élysée est bien réel, avec des conséquences qui seraient ravageuses au niveau européen. D’où la nécessité de se mobiliser à tous les niveaux pour inciter les électeurs à aller voter afin de renouveler les dirigeants des institutions européennes européens et non pas pour infliger une défaite au pouvoir en place en France. Il ne faut pas se tromper d’élection, ce serait une tragique erreur.
À nous de bien l’expliquer tout autour de nous.

Publié par Francis Gutmann dans CECI dit, Francis Gutmann, Les contributeurs, 5 commentaires

Restauration de la nature : le Parlement européen dit OUI

À l’annonce des résultats les applaudissements ont fusé dans l’hémicycle ce 12 juillet. Les eurodéputés viennent d’adopter un texte clé du Green deal européen ou Pacte vert pour l’Europe proposé par la Commission européenne. Il s’agit, selon la Commission, « d’une série de propositions visant à adapter les politiques de l’UE en matière de climat, d’énergie, de transport et de fiscalité en vue de réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990 ».

Ce que le parlement a voté (et seulement cela) est la loi commune sur la restauration de la nature, la renaturation pour être précis de lieux dégradés par la main de l’homme et bien souvent pollués. Il s’agit d’un processus par lesquels les espèces vivantes « recolonisent » spontanément un milieu ayant subi des perturbations écologiques.

“La terre et la mer à sauver », voici ce qui était en jeu lors du vote de Strasbourg. C’est en tout cas ce qu’annonçait ce mardi le quotidien italien La Repubblica. Même sensiblement édulcoré des critères initiaux, le texte est d’importance et traduit aussi, au delà des fondamentaux environnementaux, la volonté des parlementaires européens de se faire entendre fortement et concrètement à un an des élections européennes.

Il faut le dire le texte n’est pas anodin et oblige États membres et territoires à la restauration d’au moins « 20 % des zones terrestres et marines dégradées à l’horizon 2030, et 100 % avant 2050”.
C’est un texte fort que la Commission et le Conseil portent depuis plusieurs mois. Il est l’expression d’un constat : celui que notre biodiversité est non seulement en danger mais en voie de disparition. Le texte de loi est désormais très clairement institué comme le symbole de la politique environnementale de l’Union européenne.

Au décompte des votes, le texte est adopté avec 336 voix pour. 300 euro-députés ont voté contre et 13 se sont abstenus. À noter, et cela n’est politiquement pas anodin, qu’une motion de rejet du texte proposée par les conservateurs du PPE a été écartée mais à une courte majorité. Cela a du sens et a sauvé le texte. Une victoire indéniable pour les camps institutionnels et pro-environnementaux qui s’inscrit dans la voie et la volonté de la durabilité. Précisons que le poids des scientifiques a également été déterminant tout comme celui des jeunes générations sensibles aux questions qui touchent l’environnement.

Objectif premier : restaurer terres dégradées et espaces marins

Lorsque l’on habite, comme moi, en Bretagne, un territoire urbain-rural et maritime, l’enjeu est connu et donc largement soutenable. Le texte vise en effet à imposer aux États membres des objectifs contraignants de restauration des terres et espaces marins abîmés par la pollution ou l’exploitation intensive, dans la lignée de l’accord de la COP15 à Montréal axé sur la protection de la nature et les moyens de mettre un terme à l’appauvrissement de la biodiversité partout dans le monde.

Ainsi, les Vingt-Sept vont devoir instaurer d’ici 2030 des mesures de restauration sur 20 % des terres et espaces marins à l’échelle de l’UE, puis d’ici 2050 sur l’ensemble des zones qui le nécessitent. Selon la Commission européenne « plus de 80 % des habitats naturels dans l’UE sont dans un état de conservation « mauvais ou médiocre » (tourbières, dunes et prairies tout particulièrement), et jusqu’à 70 % des sols sont en mauvaise santé. Tout cela étant dû aux pollutions successives, à l’urbanisation, les exploitations intensives, etc. ».

Soyons clairs, il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur des métiers mais plutôt sur des pratiques. Et avant tout penser à notre propre devenir, à celui des générations à venir. Le commissaire européen à l’environnement, Virginijus Sinkevicius, en convient. Il a rappelé que cette loi sur la restauration de la nature était, je cite, « la première grande loi européenne sur la nature depuis trente ans et un exemple unique au monde ». Il s’appuie sur les analyses et rapports de scientifiques pluridisciplinaires. En effet, ce sont plus de 3000 chercheurs ont expliqué que « les plus grandes menaces pour la sécurité alimentaire étaient le changement climatique et la dégradation de la nature ».

Sur ce point l’Organisation des Nations Unies prend position. Pour elle comme pour les Européens, pour être efficaces, toutes les dispositions sont à prendre à l’échelon planétaire. Le site onusien stipule que « la survie de l’humanité dépend des écosystèmes, tels que les forêts, les zones humides et les cours d’eau. Ils fournissent de l’eau propre, abritent des animaux, comme les abeilles, essentiels à la production alimentaire, et jouent un rôle clé dans la lutte contre la crise climatique ».

À titre d’exemple, précisons qu’en Europe, « l’érosion des sols affecte 12 millions d’hectares de terres, soit environ 7 % de l’ensemble des terres agricoles, et coûte aux agriculteurs 1,25 milliard d’euros par an en perte de productivité » selon les données de la Commission européenne. Des chiffres à méditer et à reporter dans le contexte.

Au delà du politique, un affrontement entre scientifiques et conservateurs

Les experts affirment qu’en plus de protéger la nature, ce chemin ouvert par les institutions européennes, Conseil, Commission et Parlement européen à la suite de l’ONU peut aider les agriculteurs à augmenter leurs rendements et à renforcer la sécurité alimentaire mondiale. L’ONU et la FAO estiment que chaque dollar investi dans la restauration et la gestion durable des terres peut générer jusqu’à 30 dollars d’avantage économique, notamment une augmentation des rendements agricoles, une meilleure disponibilité de l’eau et une réduction de la dégradation des terres. Mais cela nécessite des changement de mentalités et l’émergence d’un nouveau paradigme. Mais n’est ce pas là le but ?

Il en va de même pour le secteur de la pêche et la ressource halieutique. Deux tiers des écosystèmes océaniques sont dégradés ou modifiés et un tiers des populations de poissons marins sont pêchées de manière non durable.

Sans aucun doute, ce vote va laisser des traces dans l’hémicycle de Strasbourg et dans l’opinion. Il peut être vu comme une opposition entre porteurs d’une sensibilité écologiste et ceux qui s’y opposeraient au nom de la rentabilité des productions. Mais ce serait un raccourci trop rapide et marquerait une insuffisance dans la construction d’une pensée tenant compte de toutes les complexités. Une euro-députée française du PPE justifiait son vote, celui de son parti en revendiquant le « pragmatisme de son organisation politique et une approche productiviste ». Elle dénonçait un texte nuisible à la production agricole et à l’activité économique « de toute production économique, industrielle, forestière et agricole en Europe ».

Les élus écologistes quant à eux regrettent une version du texte trop édulcorée. Mais rappelons que les États membres avaient adopté le 20 juin un texte assez similaire à celui voté par le Parlement.

Au final le parlement, représentant les peuples et citoyens de l’Union, a voté pour des objectifs contraignants afin de restaurer des espaces naturels dégradés. C’est un texte important, un des piliers du Pacte vert de l’Union européenne.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, Les contributeurs, 5 commentaires

Du poing serré à la main tendue…

Autres temps, autres mœurs dit parfois le bon sens populaire, ou du moins ce qui se considère comme tel. L’expression est en tout cas taillée sur mesure pour parler des relations franco-allemandes, en ces temps où on célèbre à si juste titre le soixantenaire du Traité de l‘Élysée qui vit Charles de Gaulle, ancien prisonnier trois fois blessé en 1914–1918, et Konrad Adenauer joindre leurs mains et le destin de leurs patries respectives. Un ancien « poilu » et un père de famille dispensé des obligations militaires mais qui eut à pâtir de ce conflit notamment comme maire de Cologne à partir de 1917 venaient non pas seulement de faire la paix, mais de faire de la paix l’instrument durable de leur Union, et de la prospérité solidaire de leurs deux pays, si souvent jusqu’alors impérialistes en quête de suprématies nouvelles.

La méthode des deux visionnaires ne faisait en vérité que reprendre l’idée, nous devrions écrire l’idéal, d’autres anciens de la Grande Guerre : aussi bien Robert Schuman, affecté administratif dans les rouages allemands du fait de sa santé délicate de Mosellan sous le joug prussien, qu’Alcide de Gasperi, membre du Parlement autrichien depuis 1911 avant le rattachement tant attendu de sa région à l’Italie en 1918, ou Spaak, incarcéré à 16 ans alors qu’il cherchait à gagner la région du Havre et, de là, les troupes belges encore au combat autour du Roi. La force de tous ces hommes, devant les ruines encore fumantes et les millions de morts et d’invalides, de veuves ou d’orphelins en quête de vengeance, fut de donner à cette vengeance un autre tournant : ce n’était plus de l’adversaire de la veille qu’il fallait se venger mais de la méthode pernicieuse qui faisait régulièrement se dresser les uns contre les autres les voisins européens.

Il faut se rappeler que lors de la conférence de La Haye en 1948, dans l’un des pays ayant le plus durement souffert, et le plus longuement puisque jusqu’en mai 1945 du conflit avec les dictatures totalitaires, la délégation allemande fut précautionneusement introduite la dernière. Et que les applaudissements spontanés des congressistes devant ces pénitents qui fondirent en larmes pour assumer les péchés des autres dont ils avaient eux-mêmes souffert dans leur chair, fut l’annonce que le ciment de l’amitié avait pris. Et il n’a cessé de se consolider en nombre comme en profondeur, créant et consolidant ainsi ces solidarités de fait dont Schuman devait dire le 9 mai 1950 qu’elles seraient la manière de construire l’Europe que chacun appelait de ses vœux.

Tel fut le chemin, et ce que de Gaulle et Adenauer sacralisèrent a fait école : seul hôte étranger admis à La Boisserie le chancelier rhénan a fait école : on a beaucoup écrit et parfois ironisé sur les couples Giscard-Schmidt ou Mitterrand-Kohl, mais les deux hommes la main serrée à Verdun valaient tous les discours et sacralisaient toute la démarche. Un grand moment de l’Histoire comme celui qui vit Willy Brandt spontanément à genoux devant le monument du ghetto de Varsovie en 1970, face à des officiels polonais dépassés par la spontanéité et la profondeur humaine du geste de leur hôte. Il est des moments où la résipiscence confine à la grandeur !

Pierre angulaire d’une Europe sans frontières et depuis plus de 70 ans sans conflit sur ses frontières originelles (la plus longue période de paix de son long et tourmenté passé) ce couple franco-allemand a chassé de nos mentalités le mythe de l‘ennemi héréditaire, qu’avait si longtemps occupé l’Anglais et qui était le moyen habile de détourner l’attention et les mécontentements nationaux sur un commode bouc émissaire extérieur. Aujourd’hui, au lieu de s’accuser et de se reprocher les effets, nos pays ont choisi de s’associer et de s’attaquer aux causes, et ce qui vaut si étroitement pour la France et l’Allemagne s’est étendu depuis, et ne cesse de se consolider, jusqu’à associer la quasi-totalité du Vieux Continent. Le Rhin était une coupure, il est devenu une couture. Et nos histoires s’en sont trouvées raccommodées !

Publié par Philippe Tabary dans CECI dit, Les contributeurs, Philippe Tabary, 0 commentaire

9 mai, des symboles… et des actes

Le mois de mai 2023 est riche en jours fériés, tombant pour la plupart en semaine cette année.
À l’exception des personnes n’exerçant pas le lundi, toutes les autres peuvent se projeter dans des semaines hautement raccourcies où le défi consiste à accomplir autant de travail en moins de temps. Un comble en ce mois commençant par la fête… du travail.

En effet, ces jours fériés incombent tout d’abord au 1er mai, fête du travail s’il en est. 7 jours plus tard, on remet ça ; cette fois, c’est pour commémorer l’armistice de la guerre 1939–1945. On ne va pas s’en plaindre : il nous paraît évident et acquis que ces événements hautement symboliques dans le domaine des droits pour l’un et des valeurs de paix pour l’autre soient reconnus au point qu’un effort économique, civique et… de relâche leur soit accordé. Cela dit, s’ils nous semblent évidents et inscrits dans nos calendriers, cela n’a pas toujours été le cas : c’est depuis la Libération et réellement en 1948 que le 1er mai est devenu férié et chômé, mais ce n’est pas le cas du 8 mai qui lui a rejoint les jours enviés du calendrier en 1981. Eh oui ! Alors que l’armistice du 11 novembre 1918 s’est imposé à 4 ans d’âge dans les jours fériés dès 1922, il aura fallu 9 fois plus d’années, soit 36, pour que la paix sur le continent européen soit validée à hauteur de sa grande sœur de 1918. Allez comprendre… Peut-être fallait-il s’assurer que cette fois-là elle serait durable ?

Si aujourd’hui ce calendrier perforé se conjugue parfaitement avec une envie et un besoin de printemps chantant, il ne faudrait pas pour autant négliger l’origine de ces bienfaits. Assurément, quand le calendrier les rend plus visibles, il se peut qu’ils résonnent davantage. Quoi qu’il en soit il ne faudrait pas en oublier la genèse.

Jamais deux sans trois

À défaut de la semaine des quatre jeudis, le mois de mai pourrait et devrait bien accueillir la dizaine des trois jours fériés. Sans minimiser la légitimité des deux premiers, un troisième devrait indubitablement s’imposer : le 9 mai. Non pas parce que Léonid Brejnev l’a imposé en 1965 comme victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, décalage horaire oblige, mais parce qu’un certain mardi de 1950, le 9 mai, le courageux, le valeureux, l’audacieux Robert Schuman a prononcé un discours au salon de l’horloge du quai d’Orsay appelant les ennemis d’hier à se réconcilier. Presque passée sous silence en son temps, cette date a donné naissance le 18 avril 1951 au Traité de Paris, créant la CECA, première pierre de la construction européenne. Il aura fallu d’ailleurs attendre 1985 pour reconnaître cette date comme l’acte fondateur de l’Europe de paix, celle de la citoyenneté et des peuples.

Les échos médiatiques peuvent la rendre plus ou moins discrète ou visible, mais quelles que soient les années il revient à en célébrer cet acte fondateur, garant de notre paix aujourd’hui âgée de 78 ans : un record quand on sait que les précédentes périodes de paix sur le continent européen n’ont jamais excédé 27 ans.

La faute à qui ?

Alors, à l’heure où depuis quatorze mois les bombes résonnent sur le sol ukrainien, la Paix, durable et continue, ne mériterait-il elle pas une incarnation forte ?
La Paix voulue, souhaitée, et mise en germe par Robert Schuman ne vaut-elle pas une journée fériée dans l’année au sein des vingt-sept États membres de l’Union européenne ?

Comme tout peuple se retrouve dans les symboles comme une devise ou un drapeau, parce que c’est par des réalisations concrètes que se construit le sentiment d’appartenance, un jour commun partagé s’impose comme ciment d’une construction identitaire et citoyenne : à quand le 9 mai, férié et chômé, institué comme un moment partagé entre les 450 millions de citoyens européens ?

Et pour une fois, à juste titre, on pourra dire « c’est la faute à l’Europe ».

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Les contributeurs, Marie-Laure Croguennec, 1 commentaire

UE et énergie, quelle politique ?

En matière d’énergie, l’Union Européenne cherche encore sa politique industrielle et prend le risque que son Green Deal soit made in China ou in USA

Depuis 2021, l’Europe est confrontée à une crise des prix de l’énergie sans précédent.
Les raisons sont structurelles, avec entre autres l’organisation fondamentalement libérale du marché de l’énergie, appelé Market Design, la sortie allemande du nucléaire et son corollaire, la dépendance au gaz russe.
Elles sont aussi conjoncturelles : la reprise post-COVID, avec des prix de l’électricité et du gaz qui ont flambé sur les marchés européens et qui atteignent des niveaux insupportables tant pour les entreprises que pour les citoyens. La crise russo-ukrainienne n’a fait qu’aggraver la crise, en doublant cette crise des prix par un risque de pénurie du fait des tensions croissantes sur la sécurité des approvisionnements énergétiques de l’Europe.

Dans nombre de capitales européennes, l’urgence a conduit à prendre des mesures de boucliers tarifaires aussi protecteurs que bienvenus, et de mécanismes de soutien financier aux entreprises, mais souvent en ordre dispersé au risque de créer de véritables distorsions de concurrence entre les différentes économies européennes. Le plan allemand de soutien à l’économie de 200 milliards d’euros en est la parfaite illustration.

Mais si cette crise devait durer, malgré l’accalmie connue début 2023, les États auraient alors bien du mal à perpétuer ces dispositifs au regard de leur coût pour les finances publiques. Au risque de ne plus pouvoir éviter la débâcle industrielle qui résulterait d’un écart durable de compétitivité énergétique entre l’Europe et le reste du monde, car ce n’est qu’en Europe que les prix de l’énergie ont à ce point flambé. Ce sont alors les délocalisations des industries, en particulier les « énergo-intensives », qui pourraient s’emballer. Une catastrophe industrielle doublée d’une crise sociale… sans oublier l’abandon de souveraineté économique.

Le directeur général de l’Agence Internationale de l’Énergie a d’ailleurs déjà exprimé son inquiétude sur l’hiver prochain qui pourrait être encore plus compliqué que le précédent en matière de sécurité des approvisionnements énergétiques de l’Europe.

Il y a donc urgence à aller au-delà des mesures de circonstance et à revoir de fond en comble le marché européen de l’énergie.

La Présidente de la Commission européenne l’a reconnu elle-même. Le marché dysfonctionne et il faut le réparer, quitte à remettre en question trente années de dogmes libéraux à Bruxelles, mais les résistances sont nombreuses, dans les services de la Commission comme dans quelques pays qui ne jurent que par le libre-échange. Rappelons que le marché guidé par la seule concurrence libre et non faussée n’est pas une fin en soi, et dans le secteur de l’énergie, une application plus que rigoriste de la loi du marché peut nous faire passer à côté de l’essentiel, à savoir construire une vision de long terme qui assure la sécurité des approvisionnements et la neutralité carbone.

C’est bien là l’enjeu des prochains mois : réorienter la construction européenne de l’énergie pour quitter le dogme du marché et revenir aux priorités de toute politique énergétique, en tenant compte notamment qu’avec la digitalisation de nos économies et de nos sociétés l’électricité est plus que jamais un bien essentiel relevant de l’intérêt général. Car il en va de l’avenir de l‘industrie européenne et de la prospérité économique du continent.

L’ambition climatique, qui est vitale, ne peut pas faire l’impasse sur la question de la sécurité énergétique. La sécurité énergétique de l’Europe sera probablement et logiquement un des sujets à venir des élections européennes du printemps 2024. Mais à en croire les annonces faites par la Commission le 14 mars dernier, la réforme du marché de l’énergie risque d’accoucher d’une souris… et encore, puisque certains États-Membres se réfugient derrière l’accalmie actuelle sur les marchés de l’énergie pour tenter de réduire la réforme à sa portion congrue.

Certes, la Commission européenne a publié ce printemps le Net Zero Industry Act ou NZIA comme réponse au plan américain appelé IRA ou Inflation Reduction Act, qui ne vise à rien moins que faire du protectionnisme vert. Favoriser l’industrie européenne des énergies renouvelables, y compris gazières, face à ce protectionnisme vert américain, cela va dans le bon sens. D’autant plus, serait-on tenté de dire, qu’Outre-Atlantique, le terme vert englobe de nombreuses technologies bas carbone, dont le nucléaire, puisque l’IRA subventionnera une large palette d’investissements nucléaires.

Oui, le NZIA va dans le bon sens. Mais en Europe, l’idéologie verte continue de régner en maître à Bruxelles : le NZIA évoque le nucléaire du bout des lèvres, et la Présidente de la Commission n’a pas hésité à dire que le nucléaire n’était pas stratégique en Europe. Elle semble avoir la mémoire courte puisque le traité Euratom, un des traités fondateurs de l’Union, stipule que l’UE doit favoriser les investissements nucléaires. Pire, en agissant ainsi, la Commission ouvre un boulevard à l’industrie nucléaire américaine pour conquérir les marchés des pays d’Europe centrale et orientale. Nombre de ces pays, impatients de construire, agrandir ou renouveler leurs parcs nucléaires, cherchent en effet un partenaire sur lequel ils peuvent compter dans la durée pour les aider technologiquement et financièrement. Certains, dont les Polonais, savent pouvoir compter sur leurs alliés américains. D’autres, comme les Hongrois, savent devoir compter sur leurs anciens maîtres russes, restés très présents dans le domaine énergétique.

Au-delà du nucléaire, ne perdons pas de vue que c’est aussi le GNL américain qui inonde le continent européen depuis plus d’un an.

Alors, que fait l’Europe, pendant que l’aigle américain et l’ours russe se disputent l’est de notre continent ? Eh bien, l’Europe choisit de regarder ailleurs. Dans sa fuite en avant vers les énergies vertes, y compris renouvelables intermittentes, considérées à Bruxelles comme la seule solution climatique acceptable, elle prend le risque de se laisser enfermer dans une dépendance à la Chine, qui maîtrise nombre de technologies vertes, solaire et véhicules électriques en tête, et exporte vers l’Europe de plus en plus de composants et équipements de celles-ci. Si la Commission faisait dès 2000 de la diversification des approvisionnements le cœur de sa stratégie, elle a très vite oublié ses propres recommandations….

Est-ce bien ça, une politique industrielle ambitieuse, la sécurité énergétique et l’autonomie stratégique européennes ? Et la course à l’exemplarité pour une forme de fondamentalisme vert que certains poussent à Bruxelles est-elle compatible avec l’impératif d’une stratégie de puissance industrielle ? Le débat est ouvert en amont des élections européennes… pour éviter que le Green Deal cher à la présidente de la Commission ne soit made in China ou in USA !

Publié par Alexandre Grillat dans Alexandre Grillat, CECI dit, 0 commentaire

L’Europe : des impossibles dépassés

Notre époque si friande de célébrations et commémorations en tous genres a largement passé sous silence un anniversaire particulier en ce début d’année : celui des 30 ans du grand marché intérieur unique, selon l’expression – dû à une idée déjà ancienne de Paul-Henri Spaak – qui désignait la marche enfin accélérée vers une suppression des frontières intérieures et l’établissement d’un véritable « marché commun », alors même qu’on commençait à ne plus utiliser l’expression, si courante dans les années 1960.

Il faut de fait se replonger dans les hantises de l’époque, en particulier dans les régions frontalières, pour retrouver les transes et les outrances de cette notion de « grand marché », qui procédait simplement d’une notion de base de l’économie : la taille du marché détermine la rentabilité des investissements.
Or l’Europe, qui s’appelait encore Communauté Économique Européenne, restait fragmentée par bien des survivances de jadis, quand les frontières étaient bornées par contraint et les douaniers par définition. Un rapport célèbre, dû notamment à Michel Albert, connut ainsi un écho fracassant dans les enceintes diplomatiques et parlementaires, alors même qu’on se battait contre une montée inexorable du chômage et une apnée non moins inexorable des industries lourdes, dans un contexte de hausse du prix et d’incertitudes sur l’approvisionnement en énergie, pétrolière notamment : déjà !

Dénoncée par les uns comme une inexorable et coupable fuite en avant, saluée par les autres comme une avancée vers une économique stimulée par le marché, source de tous les biens (si c’était vrai, ça se saurait !), l’émergence du marché unique provoqua des traumatismes profonds dans les zones frontalières, avec la quasi-disparition des agences et des déclarants en douane.
Elle n’eut pas que cet aspect négatif, pour le moins inévitable : le rapport présenté au Parlement européen, et décliné ensuite dans chacun des pays, révélait que rien que pour le temps d’attente aux frontières intérieures, les paperasses, souvent en doublon, les blocages du vendredi soir au lundi matin, cette fragmentation prolongée du marché intérieur des Douze de l’époque représentait un manque à gagner équivalant au budget européen de l’époque, soit environ 120 milliards d’écus, la devise communautaire de l’époque.

Bien entendu, lorsque les barrières écriées s’estompèrent, les écus ne se mirent pas à jaillir du sol comme source miraculeuse, et les économies d’échelle furent vite absorbées par une productivité accrue et une compétitivité meilleure. Et il est bien connu que dans une telle évolution, seuls les perdants excellent à se placer au pied du Mur des Lamentations. Ceux qui ont atteint la Terre Promise de la veille se gardent bien pour leur part de le crier sur les toits. Et puis, un progrès en appelle un autre, et celui-là ne tarda pas à germer, ce fut l’euro !

Depuis lors, d’amélioration en simplification, la dimension intérieure du marché unique est un support de premier ordre pour les entreprises, et un tremplin pour celles qui veulent et peuvent se hisser sur le marché mondial, lui aussi révolutionné par les accords de l‘OMC en 1992, eux-mêmes présentés comme cataclysmiques et qui, aujourd’hui, connaissent leur 2e ou 3e génération, cette fois sur une base bilatérale Union-Nouvelle Zélande récemment, ou Union-Canada, ou encore Union- Afrique du sud, pour ne citer que certaines négociations en cours ou en gestation.
Et le simple fait que ces pourparlers et ces accords se déroulent sans provoquer les manifestations spontanées des années 1992 montre bien que là encore, on a intégré cette dimension et oublié cette dissension. Jusqu’à ne plus utiliser comme exutoire le mot « mondialisation », qui résumait et nourrissait toutes les hantises des uns, toutes les fainéantises des autres. Aujourd’hui, on l’a bien compris, même si c’est avec résignation : la mondialisation est une chance.
La catastrophe, ce serait une mondialisation sans règle du jeu. Comme un match de football sans arbitre ! Dans un monde qui évolue toujours, malgré les crises et parfois grâce à elles, le constat est facile à faire et résonne comme une évidence : l’Europe n’est faite que d’impossibles dépassés : à méditer face aux défis du futur immédiat, aux dépits d’un passé récent, aux espoirs à terme proche !
Car sans défi, ii n’y a pas de mérite ni d’espoir !

Publié par Philippe Tabary dans CECI dit, Les contributeurs, Philippe Tabary, 0 commentaire

Europawahl 2024 – so fern und doch so nah

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Im Frühsommer 2024 wird die nächste Europawahl stattfinden und auch wenn das noch weit entfernt zu sein scheint, laufen die ersten politischen Manöver schon, um danach die Mehrheit im Parlament zu erreichen und auszubauen und darauf aufbauend die Präsidentschaft der EU-Kommission zu erreichen. Manfred Weber, der bei der letzten Wahl siegreiche, aber von Ursula von der Leyen ausgebootete Spitzenkandidat der Europäischen Volkspartei ist dabei besonders aktiv.

Zum einen hat er seine eigene Position gestärkt, weil er neben dem Vorsitz der Fraktion jetzt auch den Vorsitz der Europäischen Volkspartei übernommen hat. Auch wenn dieser Posten bislang eher eine Repräsentationsaufgabe darstellte bietet er ihm aber immerhin die Möglichkeit, auf die postfaschistische Partei der italienischen Ministerpräsidentin Meloni zuzugehen, um deren Abgeordnete im Europaparlament in seine Fraktion aufzunehmen und so den Status als größte Fraktion abzusichern.

Schade nur, dass dieses Manöver ihm einige Probleme in seiner deutschen Heimat einbringt, da Melonis Parteifreunde in Deutschland eher die Zusammenarbeit mit der AfD suchen, was diese wiederum veranlasst, von einer großen rechten Opposition zu träumen. Da sich die Führungen von CDU und CSU derzeit aber eher von der AfD abgrenzen wollen, sind ihnen diese Weber’schen Annäherungsversuche eher ein Ärgernis und nichts, was sie begrüßen und unterstützen. Eine Unterstützung seiner persönlichen Ambitionen durch seine Heimatparteien wird so nicht erleichtert.

Exkurs : Der deutsche Fetisch « Spitzenkandidat » und seine Hintergründe

Die Idee, die Benennung des EU-Kommissionspräsidenten an die vorhergehende Rolle eines Spitzenkandidaten zu knüpfen, ist nach übereinstimmenden Berichten verschiedener Medien eine « typisch deutsche » Idee ; dies stimmt insofern als « Spitzenkandidat » eine Aufgabe ist, die vor allem in parlamentarischen Demokratien – wie Deutschland – Sinn macht, da hier der « Spitzenkandidat » der stärksten Partei die größten Chancen hat, vom Parlament zum Kanzler gewählt zu werden. In Präsidialdemokratien – wie Frankreich – in denen der Chef der Regierung vom direkt gewählten Präsidenten vorgeschlagen wird, ist die „Spitzenkandidatur“ weniger wichtig. Dieses Konzept, das wohl von dem ehemaligen (deutschen) Parlamentspräsidenten Martin Schulz propagiert wurde, funktioniert in der EU deshalb nicht richtig, da der EU-Kommissionspräsident ja nicht einfach vom Parlament gewählt wird, sondern dazu vom Europäischen Rat der Staats- und Regierungschefs vorgeschlagen werden muss. Diese wiederum mögen es nicht, vom Parlament zu Vorschlägen gedrängt zu werden, wie man 2019 im Fall von Manfred Weber sehen konnte, der zwar die Europawahl aber nicht das Vertrauen des Europäischen Rates gewonnen hatte.
Unausgesprochene Basis dieser Fixierung auf die Idee einer « Spitzenkandidatur » dürfte die Idee sein, dass die EU zu einer « parlamentarischen Demokratie » werden muss und Deutschland dafür das perfekte Modell abgibt. Bei genauerer Betrachtung steht diese Idee allerdings stark in der Tradition des Gedankens, dass die Welt bzw. die EU am « deutschen Wesen genesen » soll, was den Widerstand von Politikern wie E. Macron, die eher präsidialdemokratisch geprägt sind, gegen diese deutsche Hegemonie verständlicher macht.

Zweitens werden die Chancen von Manfred Weber doch noch Präsident der EU-Kommission zu werden, natürlich von der Amtsinhaberin, Ursula von der Leyen, blockiert. Auch wenn viele Kommentatoren in Deutschland überzeugt sind, dass Manfred Weber sich an Ursula von der Leyen für die Niederlage von 2019 rächen will, ist doch zu bezweifeln, dass nach einer deutschen CDU- Politikerin ein deutscher CSU-Politiker wirklich Chancen hat, Kommissionspräsident zu werden.

Deshalb bevorzugen die Parteichefs von CDU und CSU auch ziemlich deutlich eine erneute Kandidatur von von-der-Leyen. Wenn diese aber nochmal Kommissionspräsidentin werden will, wird sie von vielen an ihre Worte von 2019 erinnert werden : “Wir werden in den nächsten Jahren ein Spitzenkandidatenmodell entwickeln, das vom Rat, in allen Mitgliedstaaten und von allen Abgeordneten getragen wird.”

Auch wenn von diesem Modell noch nichts zu sehen ist, was angesichts der dieser Idee inhärenten deutschen Hegemonie, nicht weiter überraschend ist, wird von der Leyen wohl nichts anderes übrig bleiben als sich dem Procedere einer Kandidatur für das Parlament zu unterwerfen, wenn sie nochmal vom Parlament gewählt werden will. Das wiederum bedeutet, dass sie beim nächsten Parteitag der CDU-Niedersachsen, ihrem Heimat-Landesverband, sich um den Spitzenplatz für die Europawahl 2024 bewerben muss. Da die sicheren Listenplätze natürlich heiß begehrt sind und niemand freiwillig und mit Begeisterung seinen Platz für von-der- Leyen räumen wird, ist dies für von-der-Leyen eine erste Hürde, die sie nur mit viel diplomatischem Geschick und Unterstützung der CDU-Parteiführung überspringen kann.

Exkurs 2 : Europawahlsystem in Deutschland unter dem Regime der CSU

Die Europawahl findet zwar europaweit in demselben Zeitraum und generell gemäß derselben Regeln statt, aber die Nationalstaaten können das konkrete Wahlverfahren gemäß den nationalen Traditionen gestalten. Für Deutschland heißt das, dass es – wie bei der Bundestagswahl – keine nationalen Kandidatenlisten, sondern pro Bundesland eine eigene Liste gibt. Dies wiederum ist der CSU geschuldet, die ja nur in Bayern existiert und deshalb auf Listen pro Bundesland besteht. Die anderen Parteien Bayerns trifft das nicht, da sie alle als Landesverbände einer Bundespartei agieren und diese Sonderrolle nicht beanspruchen. Deshalb ist im übrigen auch nicht zu erwarten, dass die Idee von « europäischen Listen » bei der CSU – und somit bei Manfred Weber – auf viel Begeisterung stoßen wird. Diese Sonderrolle der CSU macht aktuell im übrigen auch Probleme bei der Reform des Wahlrechts für den Bundestag und wird wohl in nächster Zeit vor dem Bundesverfassungsgericht verhandelt werden.

Drittens ist es für Ursula von der Leyen wie Manfred Weber ein großes Problem im Europäischen Rat eine Mehrheit zu finden, die sie stützt. Denn nicht nur Deutschland wird hier – nicht mehr wie 2019 von einer CDU-Kanzlerin – sondern von einem SPD-Kanzler und einer « Ampel »-Koalition vertreten.

Diese hat in ihrem Koalitionsvertrag vereinbart, dass « Die Grünen » das Recht haben, den nächsten deutschen Vertreter in der EU-Kommission zu benennen. Damit stehen « Die Grünen » vor der Frage, ob sie es vorziehen, eine Deutsche einer anderen Partei für das Amt der Kommissionspräsidentin zu unterstützen oder einen Vertreter der eigenen Partei als Kommissar – womöglich für ein für Deutschland weniger wichtiges Ressort – zu benennen. Dieser Zwickmühle könnten die Grünen wohl selbst dann nicht entkommen, wenn es ihnen gelingen würde politische Schwergewichte wie Joschka Fischer oder Daniel Cohn-Bendit zu einer Kandidatur für das Präsidentenamt zu bewegen.

Ursula von der Leyen steht vor dem Problem, dass die Mehrheit im Europäischen Rat nicht mehr von Vertretern ihrer Europäischen Volkspartei gestellt wird, sondern Sozialisten und Sozialdemokraten bei den staats- und Regierungschefs in der Überzahl sind. Außerdem musste sie sich ja auf Druck des Parlamentes (und insbesondere der deutschen Grünen im Europaparlament) mit den Regierungen in Ungarn und Polen, die sie 2019 wohl unterstützt hatten, in heftige Konflikte begeben, so dass deren Unterstützung für eine Wiederwahl von der Leyens nicht zu erwarten ist.

In deutschen Medien wird von der Leyen Verhalten in diesen Konflikten und ihr Engagement für den Green Deal regelmäßig in einen Zusammenhang mit der hervorgehobenen Rolle gestellt, die die Grünen bei der Benennung des nächsten deutschen Vertreters in der EU-Kommission spielen werden. Denn sie braucht deren Zustimmung, wenn sie eine realistische Chance auf eine zweite Amtszeit haben will. Diese vertrackte Situation spricht sehr dafür, dass wir im Jahr 2023 noch einige interessante politische Manöver sehen werden, die kurzfristig womöglich wenig Sinn ergeben vor dem Hintergrund des Kandidatengerangels aber umso verständlicher sind.

Publié par Alfons Scholten dans Alfons Scholten, CECI dit, 1 commentaire

Élections européennes 2024 – si loin et pourtant si proches

Une vue d’Allemagne

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Les prochaines élections européennes auront lieu au début de l’été 2024 et, même si cela semble encore loin, les premières manœuvres politiques sont déjà en cours afin d’obtenir et de renforcer ensuite la majorité au Parlement et, sur cette base, d’obtenir la présidence de la Commission européenne. Manfred Weber, le chef de file du Parti populaire européen, vainqueur des dernières élections mais évincé par Ursula von der Leyen, est particulièrement actif dans ce domaine.

D’une part, il a renforcé sa propre position en prenant la présidence du Parti populaire européen en plus de la présidence du groupe parlementaire. Même si ce poste représentait jusqu’à présent plutôt une tâche de représentation, il lui offre tout de même la possibilité de se rapprocher du parti post- fasciste de la Première ministre italienne Meloni afin d’intégrer ses députés au Parlement européen dans son groupe et d’assurer ainsi son statut de plus grand groupe.

Dommage que cette manœuvre lui cause quelques problèmes dans son pays d’origine, l’Allemagne, où les amis du parti de Meloni cherchent plutôt à collaborer avec l’AfD, ce qui les incite à leur tour à rêver d’une grande opposition de droite. Mais comme les dirigeants de la CDU et de la CSU cherchent actuellement plutôt à se démarquer de l’AfD, ces tentatives de rapprochement de Weber les agacent plutôt et ne sont pas quelque chose qu’ils saluent et soutiennent. Un soutien de ses ambitions personnelles par ses partis d’origine n’en sera pas facilité.

Digression : le fétiche allemand « Spitzenkandidat » et ses dessous

L’idée de lier la désignation du président de la Commission européenne au rôle précédent d’un candidat de premier plan est, selon des rapports concordants de différents médias, une idée « typiquement allemande » ; c’est vrai dans la mesure où « Spitzenkandidat » est une tâche qui a surtout du sens dans les démocraties parlementaires – comme l’Allemagne – où le « Spitzenkandidat » du parti le plus fort a les meilleures chances d’être élu chancelier par le parlement.
Dans les démocraties présidentielles – comme la France – où le chef du gouvernement est proposé par le président élu au suffrage universel direct, la « Spitzenkandidatur » est moins importante.
Ce concept, qui a probablement été propagé par l’ancien président (allemand) du Parlement Martin Schulz, ne fonctionne pas correctement dans l’UE, car le président de la Commission européenne n’est pas simplement élu par le Parlement, mais doit être proposé par le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. Ces derniers n’aiment pas être poussés par le Parlement à faire des propositions, comme on a pu le voir en 2019 avec Manfred Weber, qui avait certes gagné les élections européennes mais pas la confiance du Conseil européen.
La base tacite de cette fixation sur l’idée d’une « Spitzenkandidatur » est probablement l’idée que l’UE doit devenir une « démocratie parlementaire » et que l’Allemagne constitue le modèle parfait pour cela. En y regardant de plus près, cette idée s’inscrit toutefois fortement dans la tradition de l’idée selon laquelle le monde ou l’UE doit « guérir » de la « nature allemande », ce qui rend plus compréhensible l’opposition à cette hégémonie allemande de la part d’hommes politiques comme E. Macron, qui sont plutôt marqués par la démocratie présidentielle.

Deuxièmement, les chances de Manfred Weber de devenir président de la Commission européenne sont évidemment bloquées par la titulaire du poste, Ursula von der Leyen. Même si de nombreux commentateurs en Allemagne sont convaincus que Manfred Weber veut se venger de la défaite d’Ursula von der Leyen en 2019, on peut douter qu’après une politicienne allemande de la CDU, un politicien allemand de la CSU ait vraiment des chances de devenir président de la Commission.

C’est pourquoi les chefs de parti de la CDU et de la CSU préfèrent assez nettement une nouvelle candidature de von der Leyen. Mais si celle-ci veut à nouveau devenir présidente de la Commission, beaucoup lui rappelleront ses paroles de 2019 : « Nous développerons dans les années à venir un modèle de Spitzenkandidat qui sera soutenu par le Conseil, dans tous les États membres et par tous les députés ».

Même si ce modèle n’est pas encore visible, ce qui n’est pas surprenant compte tenu de l’hégémonie allemande inhérente à cette idée, von der Leyen n’aura d’autre choix que de se soumettre à la procédure de candidature au Parlement si elle veut être réélue par le Parlement. Cela signifie qu’elle devra se présenter au prochain congrès de la CDU de Basse-Saxe, sa fédération d’origine, pour la place de tête de liste aux élections européennes de 2024. Comme les places sûres sur les listes sont évidemment très convoitées et que personne ne cédera volontairement et avec enthousiasme sa place à von der Leyen, il s’agit pour elle d’un premier obstacle qu’elle ne pourra franchir qu’avec beaucoup d’habileté diplomatique et le soutien de la direction du parti CDU.

Digression 2 : Le système électoral européen en Allemagne sous le régime de la CSU

Les élections européennes ont certes lieu à la même période dans toute l’Europe et généralement selon les mêmes règles, mais les États nationaux peuvent organiser la procédure électorale concrète conformément aux traditions nationales. Pour l’Allemagne, cela signifie que, comme pour les élections au Bundestag, il n’y a pas de listes nationales de candidats, mais une liste par Land. Cela est dû à la CSU, qui n’existe qu’en Bavière et qui insiste donc sur des listes par Land. Cela ne concerne pas les autres partis de Bavière, car ils agissent tous en tant qu’associations régionales d’un parti fédéral et ne revendiquent pas ce rôle particulier. C’est pourquoi il ne faut pas s’attendre à ce que l’idée de « listes européennes » suscite beaucoup d’enthousiasme de la part de la CSU – et donc de Manfred Weber. Ce rôle particulier de la CSU pose d’ailleurs actuellement des problèmes dans le cadre de la réforme du droit de vote pour le Bundestag et sera sans doute prochainement débattu devant la Cour constitutionnelle fédérale.

Troisièmement, Ursula von der Leyen comme Manfred Weber ont un grand problème à trouver une majorité qui les soutienne au Conseil européen. En effet, l’Allemagne n’est pas la seule à y être représentée – non plus comme en 2019 par une chancelière CDU – mais par un chancelier SPD et une coalition « Ampel ».

Celle-ci a convenu dans son accord de coalition que « Les Verts » auront le droit de nommer le prochain représentant allemand à la Commission européenne. Les « Verts » sont donc confrontés à la question de savoir s’ils préfèrent soutenir une Allemande d’un autre parti pour le poste de présidente de la Commission ou nommer un représentant de leur propre parti comme commissaire, éventuellement pour un portefeuille moins important pour l’Allemagne. Les Verts ne pourraient pas échapper à ce dilemme même s’ils parvenaient à convaincre des poids lourds politiques comme Joschka Fischer ou Daniel Cohn-Bendit de se présenter à la présidence.

Ursula von der Leyen est confrontée au problème suivant : la majorité au Conseil européen n’est plus constituée de représentants de son Parti populaire européen, mais les socialistes et les sociaux- démocrates sont en surnombre parmi les chefs d’État et de gouvernement. De plus, sous la pression du Parlement (et notamment des Verts allemands au Parlement européen), elle a dû entrer en conflit avec les gouvernements hongrois et polonais, qui l’avaient probablement soutenue en 2019, de sorte qu’il ne faut pas s’attendre à ce que ces derniers soutiennent une réélection de von der Leyen.

Les médias allemands mettent régulièrement en parallèle l’attitude de von der Leyen dans ces conflits et son engagement en faveur du Green Deal avec le rôle prépondérant que joueront les Verts dans la désignation du prochain représentant allemand à la Commission européenne. En effet, elle a besoin de leur approbation si elle veut avoir une chance réaliste de briguer un second mandat. Cette situation complexe laisse présager quelques manœuvres politiques intéressantes en 2023, qui n’auront peut‑être que peu de sens à court terme, mais qui seront d’autant plus compréhensibles que les candidats se bousculeront au portillon.

Publié par Alfons Scholten dans Alfons Scholten, CECI dit, 1 commentaire