CECI dit

L’Europe de l’A‑Solidarité

On a beaucoup glosé sur le récent référendum, dans l’État insulaire islandais, qui vient de dire un non pour le moment provisoire, mais répétitif, à une reprise des négociations plusieurs fois déjà interrompues avec Bruxelles, dans la perspective d’une possible adhésion à l’Union. Certes, un point majeur d’achoppement a été, comme déjà dans le passé, la question de la pêche, avec la définition de zones et de quotas d’autant plus difficiles à accepter que la pression de l’opinion mondiale se fait plus forte dans un contexte de protection des espèces, de gestion des océans, d’évolution des préférences de la consommation, et d’abord du volume de celle-ci.
Bref, si on nous permet cet à‑peu-près, beaucoup d’arêtes à avaler ! Trop peut-être ? Pas si sûr !

En vérité, il faut comparer ce refus, fût-il provisoire, ave celui deux fois répété de la Norvège toute proche : là encore, la question de la pêche a certes joué un rôle notable, mais il y a fondamentalement une autre source de répulsion, plus profonde : l’abondance des richesses minières et le haut potentiel industriel de haute sophistication qui ont assuré la richesse nationale élevée du pays, avec une population fort clairsemée et à haut pouvoir d’achat.
Or l’Europe, on ne le rappellera jamais assez alors que cela a bien servi nos contrées, est basée sur la solidarité financière. D’une part, dans la quote-part de chaque pays au budget commun, qui n’est – rappelons-le – fort (ou faible !) que de moins de 200 milliards d’euros (contre 460 pour la France seule !). Les nouveaux pays nordiques ont dès lors vocation à être contributeurs nets et à un taux relativement élevé, sans pour autant pouvoir prétendre à émarger grandement aux principales dépenses, la Politique Agricole Commune et les fonds structurels, surtout le FEDER (Développement Régional).
La solidarité financière, c’est surtout bien quand on est pauvre !

Outre la différence de sensibilité face à l’agriculture, il y avait jusqu’ici une autre guerre de religion sous-jacente, et elle reposait sur le principe de neutralité : chacun de ces candidats potentiels était en effet, et depuis Yalta, viscéralement attaché à un principe de non-alignement, mais cette religion du juste milieu entre les deux Blocs qui se partageaient alors la suprématie sur le monde, ou du moins y prétendaient, a volé en éclats avec la menace russe qui rappelle l’époque soviétique, ou plus avant celle des Tsars.
L’Europe et le très remuant bloc des non-alignés dès lors offraient un commode parapluie sans qu’on ait à se mouiller davantage, avec même la perspective de profiter d’un rôle de médiation entre blocs, source de retombées commerciales et diplomatiques enviables.
L’intrusion russe en Ukraine a précipité ces neutres de la veille dans le camp de l’OTAN et des États-Unis, au prix d’un oubli aussi pudique que panique des principes de la veille. Faut-il en remercier M. Poutine ?

De ce point de vue, la position des deux possibles impétrants scandinaves n’est pas sans rappeler celle du Royaume-Uni, ou plus exactement de l’Angleterre, plus gros bloc et véritable moteur unidirectionnel de l’ensemble des Îles britanniques, Eire très largement comprise malgré une farouche volonté de distanciation en façade, indépendance politique et républicaine obligent. De fait, le bloc de fer et de houille de jadis était encore très aisé lorsqu’il a choisi de ne pas se joindre au mouvement de rapprochement des années 1950, puis de s’en distancer lors de son référendum de triste mémoire. Tout autre état, la position de l’Écosse et de l’Ulster, où le vrai problème n’est pas entre catholiques et protestants. Le Pays de Galles a certes voté pour le Brexit, mais avec une marge réduite par rapport à l’Angleterre stricto sensu. Sans doute les apports de la PAC, notamment en faveur des exploitations plus modestes, a‑t-il joué ici face aux grandes propriétés, généralement nobiliaires du voisin. Même remarque en ce qui concerne l’Écosse et ses crofters, aux exploitations modestes sur des terres ingrates.

Un dernier élément peut avoir joué un rôle non négligeable dans le refus sans doute passager des deux voisins scandinaves : la liste des pays candidats déclarés ou imminents dans cette position, tous plus défavorisés l’un que l’autre et tirant encore plus vers le bas la moyenne européenne. Être riche parmi les pauvres n’est jamais la meilleure position pour négocier ! L’Europe à cet égard n’est pas un club de financiers, elle est une communauté de problèmes, de solutions, d’espérances. Et cela n’a pas de prix, sauf celui de la patience !

Publié par Philippe Tabary dans CECI dit, Les contributeurs, Philippe Tabary, 0 commentaire

Bruxelles, nouvel horizon pour de nouveaux espoirs…

L’actualité nous apporte régulièrement des éléments d’information épars qui, mis bout à bout, finissent par tracer un chemin de cohérence et la voie vers une commune espérance. Ainsi pourrait-on revenir sur le récent scrutin qui, en Hongrie, malgré les traquenards et les machinations du gouvernement sortant, opposant invétéré de l’Europe, a vu l’opinion publique se mobiliser massivement en faveur de cette Europe exécrée qui, pourtant, lui est apparue comme le plus sûr chemin vers le maintien de la démocratie, si longtemps attendue, et de l’indépendance nationale, si longtemps oubliée : qu’on se souvienne de 1956.

L’exemple de Budapest est en soi éloquent, s’agissant d’un pays membre et de déjà plus de 20 ans de présence dans l’Union. Concrètement et dans le vécu quotidien des entreprises et des hommes, être dans l’Union est clairement apparu comme la solution du futur et non la nostalgie d’un passé mirifique et illusoire. L’Europe, ce n’est pas seulement la possibilité de dire non, c’est aussi la réalité d’une aide quotidienne pour les entreprises, les capitaux, à accueillir ou à accompagner, les Universités, dans leur rayonnement qui aujourd’hui doit être planétaire ou ne serait pas. C’est aussi pour des milliers de jeunes et moins jeunes, la possibilité d’aller voir ce qui se passe sous d’autres cieux, européens ou non au sens des Traités, et surtout, d’en revenir s’ils le souhaitent. Aujourd’hui, par exemple Chopin aurait ses bureaux à Varsovie, quand bien même son cœur battrait le long de la Seine !

Mais il n’y a pas que la carotte des fonds européens qu’on ne manquerait pas sinon d’assimiler à une manière d’acheter l’opinion publique : l’Europe, c’est — on ne le redira jamais assez — le droit de clamer à tous les horizons et sous toutes les raisons son mécontentement, chez soi ou sur la place publique, en étant sûr d’y être encore le lendemain et sans la hantise de visites importunes au petit matin. À défaut de lendemains qui chantent, des matins qui ne déchantent pas, ce n’est déjà pas si mal… Surtout quand ce climat de liberté se répète de jour en jour, au point qu’on finit par oublier qu’il n’est pas génération spontanée, ni régénération automatique. L’Europe, par l’observation de ce qui se passe chez les autres pays membres, c’est une incitation à toujours plus de coexistence dans le respect des opinions et des réactions des uns et des autres. Dans la conception, puis la rédaction des Traités, ce principe de base allait de soi. Son application elle, était pour beaucoup une novation, voire une imagination. Et le rêve devint réalité, doucement, sans trop d’à-coups et sans césarienne…

C’est le choix délibéré de ces réalités du quotidien qui explique la défaite sans appel de M. Orban, malgré toute la débauche de moyens et de pressions pour influencer le scrutin et ses conséquences stratégiques. Et c’est bien le même réflexe qui, vu cette fois de l’extérieur, a motivé le choix récent des ressortissants de l’Arménie, un pays, une terre et une histoire aux relents de cadavres, de persécutions, d’exil, de martyres. Balloté et disputé entre les puissances hostiles, sans territoire fermement défini et internationalement reconnu, ce peuple symbole de tous les massacres récents, avoués ou pas, a aujourd’hui enfin un espace de vie, ou de résurrection, bien à lui, même si la diaspora s’étend largement au-delà, et jusque sur les rives de la Seine chère à Aznavour !

Et le souhait de rapprochement avec l’Europe, géographiquement plus loin mais sentimentalement plus proche à Erevan, s’est fait encore plus pressant en Moldavie, petit territoire et jeune pays né des soubresauts de l’après-URSS et qui, jusqu’alors dans la mouvance de Moscou, se rappelle à ses liens historiques avec la Roumanie voisine et dont certains aimeraient rejoindre le giron. Ici encore, le désir de repousser les tentacules moscovites est au moins aussi fort que le souhait de rejoindre Bruxelles, ses directives, ses règlements, ses… subventions.
Deux pays également pauvres, anciennement soviétiques, colonies hier plus que véritables territoires libres, qui se cherchent une identité nouvelle et internationalement reconnue, dans la paix et pour une prospérité trop longtemps attendue.
Peut-on rêver meilleure définition de l’esprit des pionniers d’une Europe née, rappelons-le, sur les ruines du pire conflit jamais traversé par notre continent et par la planète tout entière ?

Preuve de plus, s’il en fallait, que par-delà rodomontades et récriminations, l’Europe à la mode de Bruxelles est … la pire des choses après toutes les autres, comme le disait si bien Churchill quand il parlait de la démocratie !
Les deux, il est vrai, ne vont pas l’une sans l’autre. Loin de faire un pied-de-nez à l’Histoire, l’Europe de Bruxelles, au contraire, en est le prolongement et le couronnement. Dans la paix et pour la paix.
Faut-il nous rappeler que cela, par expérience, n’a pas de prix ? Nos terres ont été trop longtemps et trop abondamment arrosées du sang des victimes, civiles autant que militaires, du fait même de cette non-Europe d’hier !

Publié par Philippe Tabary dans CECI dit, Les contributeurs, Philippe Tabary, 0 commentaire

De Rio Tinto à Guipavas, l’Europe au grand cœur

Vivre ensemble, construire des liens de communauté, s’approprier la citoyenneté commune, c’est tout un ensemble de défis que porte l’école, au sens large, concernant tous les jeunes, quels que soient les âges. Dans la série, « L’école, ce sont encore les élèves qui en parlent le mieux », retour sur une expérience d’éducation à la citoyenneté européenne.


L’accueil de jeunes élèves portugais dans une école primaire finistérienne pendant une semaine a donné lieu à un vécu partagé mettant les jeunes habitants de Rio Tinto tout près de Porto au cœur des activités des élèves hôtes, et permettant à ces derniers de voyager eux aussi tout en jouant à domicile : plusieurs jours avant l’arrivée des invités, des drapeaux portugais flottaient sur les vitres des bâtiments scolaires, et des panneaux d’accueil fleurissaient les murs des couloirs en constituant toute une série d’indices annonçant l’imminence de quelque chose de singulier. 

Ainsi, pendant le séjour, la venue des Lusophones a entre autres été le prétexte d’un repas aux saveurs de Lisbonne au menu de tous les rationnaires de la communauté scolaire, mêlant de manière concrète et gustative les saveurs et couleurs du Portugal.
En amont du séjour, les jeunes Guipavasiens s’étaient également attelés à découvrir les caractéristiques géographiques et spécifiques du pays mis à l’honneur par un jeu de recherches documentaires, questionnaires de lecture ou encore de quiz sur des personnages et personnalités portugaises : une approche et une appropriation d’éléments factuels guidant chaque élève sur une voie de découverte culturelle.

Ces rencontres permises par les mobilités Erasmus+ – rappelons la prise en charge de tels séjours par l’UE – recueillent aussi un intérêt certain dans la connaissance de sa propre culture : ce fut le cas lors de la journée spécifique aux couleurs noir et blanc cette fois, offrant à la centaine d’élèves des deux derniers niveaux de primaire de s’initier au patrimoine breton au travers de quatre ateliers mêlant danses, musiques, costumes et jeux bretons. Au fil de ces activités, il n’y avait plus ni Français ni Portugais, mais une petite troupe d’Européens partageant en chœur des rythmes celtes le temps d’une danse, ou rivalisant de dextérité et d’adresse lors d’une partie de jeu de palets.

Car c’est bien par des actions concrètes et des situations authentiques que se construisent les identités. L’Européenne en est un exemple.

Une semaine de découvertes multiples pour tous les élèves sans oublier les familles hébergeant la petite troupe de Porto, témoins de relations naissantes et de diverses situations de communication, c’est court pour se connaître. Mais c’est quand même suffisant pour faire naître une envie de poursuivre l’ouverture au-delà de son chez soi.

Ainsi au terme du séjour des Portuans, si l’heure était aux nœuds s’invitant dans les gorges et aux poussières titillant les yeux, des expressions ont fusé parmi les jeunes élèves bretons pour qualifier la rencontre et la prolonger, avec peut-être l’espoir de la faire durer encore un peu.

Au travers de nombreuses paroles spontanées, tout un flot de commentaires ont pu être catégorisés en points positifs, négatifs, et recommandations. 
Pas de suspense : la colonne des avantages s’est élevée avec dominance identifiant tout un lot de savoirs, savoir-faire, et savoir-être parmi lesquels ont été relevés : 

  • La vertu de l’apprentissage des langues qui prend tout son sens dans les rencontres avec d’autres personnes et le perfectionnement d’une langue commune – l’anglais – par la pratique et le leit-motiv « ça donne envie de mieux savoir parler l’anglais ».
  • Le plaisir de rompre avec les rythmes habituels en faisant de nouvelles choses déclenchant une situation hédonique : « on apprend sans travailler et on travaille sans le savoir ».
  • La valorisation des stratégies opérationnelles pour « trouver des solutions pour communiquer même si on ne connaît pas la langue (gestes, mimes, applications) ».
  • La naissance d’amitiés et de connaissances : « On peut se faire des amis, des correspondants, des relations ».
  • La prise de conscience des particularités de sa propre culture par comparaison au travers des habitudes alimentaires ou horaires : « cela fait voir la vie de tous les jours » mais aussi en découvrant puis confrontant ses propres traditions et particularités culturelles.

Au palmarès des points négatifs ont été exprimés le sentiment de tristesse au moment de la séparation (les enfants n’ayant pas eu l’exclusivité de l’émotion), les limites d’une communication fluide en raison du niveau de pratique de la langue, et la tentation de groupement des invités aux premières heures du séjour.

Quant aux suggestions et perspectives envisageables, la volonté de rencontres a été exprimée avec engouement souhaitant l’inscription de tels rendez-vous chaque année, avec une approche géographique projetée à l’image de l’esprit d’ouverture dont les enfants font preuve.

Ces enfants justement ne font pas pâle figure pour faire face aux esprits chagrins imprégnés de velléitudes de repli sur soi, et au contraire par leur spontanéité et sens de l’analyse livrent une réflexion sensée révélant au grand jour un vrai terreau fertile du vivre ensemble. Par une approche volontariste d’aller à la rencontre de l’autre, ils témoignent des valeurs qui fondent le projet européen porté par la devise « Unie dans la diversité ».

Parce que les identités multiples ne s’opposent pas, parce que les citoyennetés doublées pour les ressortissants de l’UE qui outre leur citoyenneté nationale bénéficient aussi de la citoyenneté européenne depuis le Traité de Maastricht, le sentiment d’appartenance se construit au travers de situations vécues et authentiques. Dès sa création, le CECI a d’ailleurs porté fortement la signification de son sigle par la revendication de citoyennetéS et d’identitéS plurielles.


C’est ainsi que le mot de la fin revient tout naturellement à ces jeunes élèves qui ont promu au tableau des bénéfices de l’expérience la reconnaissance d’identités multiples comme facteur de construction par le vécu spécifique pour quelques jeunes bretons également portugais par leur filiation : « On apprend sur nous-mêmes ». On n’aurait pas dit mieux.
En cette fin d’année scolaire et à l’heure de l’inventaire annuel des actions pédagogiques, voilà donc un bilan solide, lucide et argumenté qui pourra aussi servir de feuille de route aux équipes professorales pour l’année à venir. Qu’on se le dise.

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Les contributeurs, Marie-Laure Croguennec, 1 commentaire
Droits de l’Homme et souveraineté dans l’Union européenne

Droits de l’Homme et souveraineté dans l’Union européenne

L’origine des Droits de l’Homme et leur contenu

L’origine des Droits de l’Homme remonterait à l’an 539 avant J.C. lorsque Cyrus le Grand s’empare de Babylone et décide d’affranchir les esclaves en proclamant, également, le droit de chacun de choisir sa religion et en décrétant « l’égalité raciale ».

Mais la notion est née au XVIIIe siècle lors de la déclaration d’indépendance américaine qui reprenait une partie du « Bill of right » de l’État de Virginie, promulgué en 1776 ; la Déclaration française des Droits de l’Homme de 1789 s’en étant inspirée. Le rôle majeur ayant été celui de la Constituante (20 au 26 août 1789 ) sous l’influence d’un certain marquis de Bonnay et de Champion de Cicé. La Constitution ayant été promulguée par Louis XVI ; sans oublier le rôle joué par les Philosophes du XVIIIe .

La première moitié du XXe siècle ayant été marquée par deux conflits mondiaux et la Shoah, sera à l’origine de « l’internationalisation » des Droits humains ; la déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée par les Nations Unies, le 10 décembre 1948, instaure la nécessité d’une « Défense internationale par la coopération entre les États »

Cette déclaration a été suivie de plus de 70 traités internationaux dont le pacte international de 1966 relatif aux droits civils et politiques, celui relatif aux Droits économiques sociaux et culturels.
Le préambule de cette déclaration précise que : « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde »

On distingue, aujourd’hui, 3 grandes catégories de Droits : les Droits civils et politiques (droit à la vie, à la liberté religieuse…), les Droits économiques, sociaux et culturels (droit au travail, droit à la protection de la santé…) et les Droits dits de de 3e génération destinés à couvrir la Communauté internationale dans sa globalité (protection de l’environnement et du Patrimoine mondial).
Il convient de retenir les deux caractères à prendre en considération dans la définition des Droits de l’Homme : leur « Universalité » et leur » indivisibilité ».

La question centrale demeure la mise en œuvre de la protection des Droits humains au niveau international qui selon Patrice Rolland (Professeur agrégé de Droit Public) « reste largement fictive » cf article du « Monde » du 14 août 2003.
L’aspiration à une justice internationale a donné naissance, depuis le 1 juillet 2002, à la Cour Pénale Internationale composée aujourd’hui de 125 pays membres.
Mais les U.S.A. s’opposent au développement de la C.P.I. craignant de voir, un jour, leurs militaires traduits devant cette juridiction.
Patrice Rolland souligne que : « la Souveraineté de l’État a toujours constitué le principal obstacle à la protection et à la promotion des Libertés.

l ’Union européenne et les Droits de l’Homme

Pour Henri Leclerc, ex-Président d’honneur de la ligue des Droits de l’Homme, aujourd’hui décédé, l’Europe était un exemple intéressant et encourageant de protection supranationale des Droits de l’Homme ; avec la création de la Cour européenne des Droits de l’Homme basée à Strasbourg, elle avait étendu et renforcée « la notion d’État de Droit ». Cette notion figure dans les critères d’adhésion à l’Union européenne (cf article 49 du traité de Lisbonne : « tout État européen qui respecte les principes de liberté, de démocratie, de respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, ainsi que l’État de Droit peut poser sa candidature » Mais dans mon essai intitulé «  L’Europe en héritage » je remarque que l’article 49 du Traité de Lisbonne ne précise pas ce qu’on entend par «  État européen » ce qui nous renvoie à la question de la délimitation des frontières «  naturelles » ou « culturelles » de l’Union Européenne (page 138 de mon essai «  L’Europe en héritage » (publié chez bookelis au troisième trimestre 2013, en cours de mise à jour et de réédition).

À partir de la seconde guerre mondiale et, ensuite, par le développement du «  Conseil de l’Europe » qui a été créé 5 mai 1949 par le traité de Londres (à ne pas confondre avec le Conseil européen, institution de l’Union européenne) qui compte aujourd’hui 46 membres depuis l’exclusion de la Russie, après son invasion de l’Ukraine en 2022, la protection des droits fondamentaux relevait du Conseil de l’Europe ».

Au sein du Conseil de l’Europe fut conclue, en 1950, « la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et fut instituée «  la Cour européenne des droits de l’Homme ».
Dans le cadre du Traité de Maastricht (1993) il est précisé que l’Union européenne respecte les droits fondamentaux garantis par la Convention européenne.
En octobre 2000 fut proclamé, à Nice, par le Conseil européen des chefs d’Etats membres « la charte européenne des Droits fondamentaux «

Les Droits de l’Homme et la Souveraineté des Etats membres dans l’Union européenne

Le traité d’Amsterdam (1997) a renforcé le statut de la Charte européenne des Droits fondamentaux en instituant « une procédure de suspension des droits découlant du Traité en cas de violation grave et persistante par un État membre ».

Le traité de Nice (2003) a, ensuite, donné à l’Union la « capacité à intervenir préventivement en cas de risque clair de violation grave des valeurs communes »

En dépit de son caractère, uniquement déclaratif, la Cour de justice, le Tribunal de première instance et la Cour européenne des Droits de l’Homme font référence à la Charte européenne des Droits fondamentaux. Ce n’est pas sans nous rappeler le précédent historique, en France, quand, sous la IIIe République, le Conseil d’État construisait sa jurisprudence en fonction de la Déclaration des Droits de l’Homme et et du Citoyen.

Publié par Bernard Bonno dans Bernard Bonno, CECI dit, Les contributeurs, 0 commentaire

Le 9 mai, on doit en faire tout un programme

Joli, le mois de mai, c’est aussi le mois de l’Europe. Au-delà du repérage de telle ou telle animation aux couleurs européennes flirtant avec les jours fériés qui généralement ne manquent pas en ce 5e mois de l’année, les calendriers sous quelque forme que ce soit n’évoquent pas ou au mieux timidement l’origine de l’association du mois de mai avec l’Europe. Pas d’évocation ni d’explication, pas d’explicitation ni de compréhension, donc en bout de chaîne pas d’appropriation. Comment s’en étonner ?

Cette discrétion ou pire invisibilité d’information trouve entre autres sa source dans la carence d’éducation à la chose européenne. Tout en n’empêchant pas de s’y atteler, par un certain flou et de grandes généralités les programmes scolaires font la part discrète à l’éducation à la citoyenneté européenne.
Une géométrie plus que variable en découle alors, justifiée par moult raisons dont la lourdeur des sacro-saints programmes parfois plus déversés que dispensés et après lesquels courent les enseignants, couplée avec la perspective d’une fin d’année à grands pas approchée. À la préférence citoyenne et européenne le choix stratégique de la préférence programmée des programmes.
Comment pourrait-on faire reproche aux enseignants de suivre les recommandations de la rue de Grenelle ? Antre qui paradoxalement alimente toutefois ses espaces de ressources pédagogiques pour colorer en bleu étoilé de jaune les trente-et-un jours de ce mois nommé en l’honneur de Maia, divinité romaine évoquant le renouveau par la croissance et la fertilité.

Et Robert déclara sa flamme…

Et pourtant, qu’il est riche ce mois de mai ! Riche d’histoire et de stratégie tout d’abord quand un certain Robert Schuman, l’homme aux trois nationalités, né allemand, d’origine familiale luxembourgeoise et devenu français après le retour de l’Alsace-Lorraine dans l’Hexagone, eut l’audace de faire passer à la réalité son rêve de paix.
Enfreignant les régles hiérarchiques, diplomatiques et protocolaires, il prit le risque d’un va-tout pour déclarer sa flamme à l’Europe par la voie d’une réconciliation entre belligérants jugée par d’aucuns improbable.
Son discours le 9 mai 1950 au cœur du Salon de l’horloge du quai d’Orsay qui abritait son bureau de ministre des affaires étrangères s’est inscrit, les murs s’en souviennent, comme la « Déclaration Schuman » prônant le détournement de l’usage des matières premières d’hier dédié à la fabrication des armes en vecteur de reconstruction collective sur fond de réconciliation par 6 pays qui les décennies précédentes s’étaient surtout affrontés.
Rendre vertueuse la production de charbon et d’acier au travers de la reconstruction physique nécessaire après la Libération, mais surtout au travers des cœurs et des esprits : la CECA, Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier allait naître. En fallait-il de l’audace et du rêve fou pour un homme si posé et mesuré, droit comme les études qu’il avait suivies, mais tellement meurtri par l’ambition destructrice des esprits hégémoniques.

La vie humble et sobre d’un homme aux idées révolutionnaires et fougueuses, écloses par un besoin viscéral de paix durable a nourri un projet. Robert Schuman savait de quoi il parlait ; les guerres, il les avait vécues.
Décidé par les dirigeants européens en 1985, c’est un an plus tard que fut célébré pour la première fois l’anniversaire de la Déclaration Schuman en créant la Fête de l’Europe. En ce 9 mai 2026, cela fait ainsi 40 ans que les Européens ont une fête à eux et à leur portée, témoin des liens qui célèbrent, rassemblent et unissent.
Comme nous l’écrivions plus haut, même s’il n’y a pas d’injonction à une célébration de la Déclaration Schuman, de nombreux enseignants sensibilisés et formés à l’importance de l’éducation à la citoyenneté européenne rendent leur enseignement empreint de ce terreau aux valeurs humaines et personnalistes par la rencontre avec celui qui est devenu le Père fondateur de l’Europe. Aux côtés de Jean Monnet, Konrad Adenauer et Alcide de Gaspéri, dont le village de Scy-Chazelles abrite les sculptures, Robert Schuman fait figure de repère pour comprendre l’envergure audacieuse osée pour qu’aujourd’hui, 76 ans après, nous vivions encore en paix.

Des jeunes inspirés

C’est cette rencontre, racontée et commentée, qui a questionné Lenny demandant pourquoi l’ami Robert ne figurait pas sur la frise historique accrochée sur les murs de la classe.

C’est cette rencontre avec l’homme politique lorrain qui a interrogé Gauthier sur la raison pour laquelle le 9 mai n’était pas sur le territoire de l’UE déclaré jour férié.

C’est cette rencontre avec celui qui a consacré sa vie à mettre en œuvre les valeurs humanistes qu’il défendait qui a fait jaillir la pensée de Gabrielle résumant le cours de la vie de Schuman par ces mots : « À la place de ne penser qu’à lui il a pensé aux autres ».

Vaste programme, s’il en est. Le 9 mai en est la source, cela vaut bien un mois printanier et son cortège de symboles de fertilité pour renouveler la promesse engagée, adressée aux femmes et aux hommes aux commandes mais aussi à la jeunesse inspirée. Il n’y a pas d’âge pour s’éveiller aux valeurs essentielles de paix et de solidarité. Ces trois futurs citoyens cités n’ont pas encore l’âge de voter mais du haut de leurs onze années, ils nous prouvent que le futur se conjugue au présent.

Tout cela nous fait dire qu’au pays des 365 fromages, du 9 mai on peut, on doit en faire tout un programme.

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Les contributeurs, Marie-Laure Croguennec, 2 commentaires

9 mai : l’Europe, ce n’est pas tout d’en parler, il faut la vivre

Nous connaissons le 9 mai comme étant la « fête de l’Europe ». Journée officielle décidée en 1985 au sommet de Milan et porteuse de symboles, elle devait devenir un moment commun fort, un temps pour tous les citoyens de l’Union européenne. Il s’agit d’un anniversaire. Celui de la déclaration de Robert Schuman (1950) qui célèbre la paix et l’unité en Europe. C’est l’acte de naissance de l’UE. Le hic est que si certains États y attachent de l’importance d’autres ne s’en préoccupent pas ou peu.

Voilà une journée qui est encore, cette année, passée inaperçue aux yeux du public et des citoyens que nous sommes. Et ce n’est pas la fête. Pas de flonflons, pas de feu d’artifice. Pourtant érigée en symbole et inscrite en tant que telle dans les documents officiels au même titre que le passeport, la monnaie, le drapeau ou encore l’hymne. Combien de collectivités ont hissé le pavillon bleu azur et cercle de douze étoiles aux mâts de leurs mairies ? Les médias, eux-mêmes, préfèrent parler de ces maires issus, certes des urnes, mais de partis europhobes que d’annoncer le positif de la construction européenne.

Pourtant, ces mêmes médias, laissent entendre que l’Europe devrait faire plus et mieux. Particulièrement en matière de défense commune. Notamment depuis que le monde a engendré nombre de ruptures. Les Guerres en Ukraine et en Iran, au Liban, distance désormais durable avec les US de Trump, prise de conscience que l’ordre mondial de l’après-guerre est mis à mal par des dirigeants d’États du monde animés par une foi dictatoriale, recherche de souveraineté énergétique, alimentaire, etc.
La rupture est effective également au sein des populations qui ont oublié qu’il y a seulement quatre-vingts ans l’Europe se relevait du joug nazi. C’est donc aussi une rupture des connaissances, historique et philosophique. Ces médias ne savent pas expliquer, pour une bonne compréhension des choses, les complexités des traités en vigueur et, défense oblige, l’impératif de la ratification d’un futur nouveau texte plus ouvert à la citoyenneté commune voire à une dose d’un nécessaire fédéralisme.

Faire plus et mieux. Comment ?

Oui mais voilà comment faire plus et mieux si les citoyens n’ont pas conscience de l’importance de la besogne ? Selon les textes en vigueur l’information européenne revient aux États membres. Combien s’en acquittent ? Qu’en est-il réellement ? Quel budget est mis à disposition pour effectuer ce travail pédagogique auprès des populations ? Combien d’écoles effectuent ce travail éducatif depuis le premier âge ? Parler de citoyenneté commune, de sentiment d’appartenance n’est pas dans les programmes. Et je ne parle pas seulement de la France. Mes amis, dans d’autres pays affirment la même chose. En fait, si depuis 1985 plusieurs manifestations se déroulent ici ou là, on ne peut dire que l’objectif est réellement atteint. Peu de citoyens se reconnaissent en cette journée spécifique. De fait sans les associations dédiées, sans une société civile convaincue il n’y aurait aucune info sur cette journée de l’Europe.

Le président français, le chancelier allemand, le premier ministre polonais souhaitent que l’Union européenne se dote de moyens accrus pour sa propre défense. Mais comment vouloir valider une telle volonté s’il n’y a pas une conscience européenne au sein des populations aux cultures diverses mais détentrice d’une culture commune ignorée car non médiatisée.

Un jour férié commun à tous les citoyens

Le 8 mai n’est pas un jour férié dans tous les pays de l’UE et de moins en moins en France. Depuis de nombreuses années, je milite afin que le 9 mai, Journée de l’Europe, devienne un jour férié et chômé commun à tous les citoyens de l’Union européenne. Voilà un symbole fort d’appartenance à la dimension territoriale. J’avais en 2018 publié un article en ce sens dans le Taurillon. À la fin de la dernière mandature, le Parlement européen s’en était fait l’écho, en avait acté le principe mais la volonté parlementaire ne suffit pas encore face à celle des États membres. Ils l’ont refusée. Seul le Luxembourg a passé le cap en 2019 et en a fait un jour férié.

La Journée de l’Europe doit faire sens pour chacun d’entre nous, que nous soyons de Lettonie, de Tchéquie, d’Italie, du Portugal, du Luxembourg, d’Irlande ou de France, de générations, de formations, de langues diverses. Dans cet esprit, la Journée de l’Europe doit déclencher chez les citoyens de l’Union, que nous sommes tous, ressortissants d’un pays membre, une pensée et une sensation, une espérance en l’avenir. Ce ne peut être seulement un « moment de communication » pour parler d’une Europe vague et lointaine.

Le 9 mai présenté comme fête (presque nationale), le place dans une dimension plus anthropologique, culturelle et sociétale plutôt que technique, économique ou financière. Tant il est vrai que l’UE ne se parachèvera qu‘avec ses citoyens et leur adhésion au projet. Ils doivent inscrire dans leur conscience l’appartenance commune. Célébrer la construction européenne au travers d’un jour commun férié en est un moyen, un outil d’éducation et de socialisation. En un mot la date symbolique doit participer à l’émergence d’un habitus européen commun.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, Les contributeurs, 3 commentaires

Toujours plus avant…

Malgré la période de fêtes que nous venons de traverser et qui, à l’évidence, n’est pas le meilleur moment pour observer l’évolution du monde, les derniers jours de 2025 et les premiers de 2026 sont riches d’enseignements à méditer et à prolonger en matière d’Europe et de relation entre la France et ses partenaires, voire parfois ses adversaires, sur le reste de la planète.

Relevons d’abord, parce que cela a fait très peu de bruit alors que l’événement méritait une réflexion, l’arrivée d’un 20e partenaire dans la grande famille monétaire de l’euro. La Bulgarie a en effet joint sa destinée monétaire à celle des 19 autres partenaires de la monnaie unique, en place depuis un quart de siècle maintenant et qui s’est imposée comme la deuxième devise mondiale pour les transactions et les échanges, où tous les intervenants étaient depuis des lustres soucieux de s’émanciper de la suprématie unilatérale d’un dollar depuis 1971 non convertible et qui ne vaut que ce que les autorités américaines décident qu’il vaille.

Autrement dit, avec le seul billet vert la valeur de nos engagements, de notre épargne, de nos échanges dépend du bon-vouloir de l’hôte de la Maison Blanche ! Hier encore dans la servitude de la défunte URSS, aujourd’hui plus pauvre mais pas moins ardent, et surtout, libre adhérent de l’Union européenne, la Bulgarie a compris que le meilleur moyen de garantir son indépendance, c’est de choisir son interdépendance ! Et bien d‘autres pays lorgnent vers la banque centrale européenne comme vers le refuge de stabilité face aux sautes d’humeur du marché monétaire, et surtout, comme une affirmation supplémentaire de leur identité et de leur action européenne, que ce soit pour s’affranchir des menaces russes ou pour s’éloigner des sautes d’humeur des USA.

Une autre bonne nouvelle, qui prendrait effet début 2027 mais pour laquelle la mobilisation ne va pas attendre si longtemps, est le retour du Royaume-Uni dans le programme Erasmus. En soi, c’est d’abord un formidable apport aux étudiants d’outre-Manche, désormais à même, comme leurs devanciers avant le Brexit, de profiter des possibilités aujourd’hui mondiales de stages et échanges entre universités et autres centres de formation, y compris pour les apprentis et même les sans-emploi. Preuve que le stage à l’étranger est déjà, en soi, une formation, de l’esprit sinon des connaissances livresques. Le vécu des autres, et avec les autres, pour le mieux-vivre personnel… L’Europe, c’est aussi cela !

Enfin, et dans un registre plus dramatique, la très impérialiste violation de la souveraineté vénézuélienne par M. Trump, et l’arrestation du certes détestable Président autoproclamé et dictateur avéré, par des troupes faisant fi de la souveraineté nationale du pays, est un terrible signal d’alarme. Les Américains ne s’étaient jadis pas privés de fomenter des coups d’état ou de trafiquer des élections, en Grèce dans les années 50 et 60, voire de débarquer à Grenade et d’en incarcérer le Président en place pour le remplacer par un fantoche de rencontre. Voila que maintenant ils ne prennent même plus le soin de masquer les apparences et de prendre au moins quelques gants avec le respect de l’ordre logique initial des choses.

Entendre M. Trump parler du Groenland, voire du Canada, n’est pas sans rappeler les discours enflammés d’un sinistre dirigeant allemand revendiquant les Sudètes tout en se défendant de vouloir absorber la Tchécoslovaquie. C’est maintenant que l’Europe doit faire entendre sa voix si elle ne veut pas que se répète une histoire de triste mémoire. Ici comme sur le plan monétaire ou dans notre vie quotidienne l’avenir et l’espoir, c’est plus d’Europe, et mieux, et non le repli sur nos faiblesses respectives qui, même juxtaposées, sont tout sauf une force ! C’est en ce sens là aussi qu’il faut lire le Traité avec le Mercosur et les espérances qu’il nous ouvre, par-delà les turbulences du moment…

Publié par Philippe Tabary dans CECI dit, Les contributeurs, Philippe Tabary, 0 commentaire

Enjeux européens : Alexandre, inspiré et inspirant

Pour de nombreux élèves et classes d’écoles primaires du territoire européen, c’est désormais devenu une tradition de plus parmi toutes les autres lors des deux derniers mois de l’année : créer des décorations de Noël, les accompagner d’un petit dossier relatant les us et coutumes inhérentes et les expédier à des partenaires scolaires du territoire européen.
C’est le principe du Sapin européen, alias European Christmas Tree Decoration Exchange, mis en place il y a une quinzaine d’années par le Centre Europe Direct de Wrexham au Pays de Galles et Karen Morrisroe.
Depuis deux ans, c’est le CECI qui s’est vu confier la gestion de l’opération qui n’en finit pas de se développer : la participation croissante de 350 écoles en 2023, plus de 400 l’année suivante et 481 en 2025 confirme l’engouement des enseignants dans un premier temps, mais aussi celui des élèves qui en restent les lutins de Noël puisque ce sont leurs réalisations qui voyagent pour élire domicile sur les branches de sapins dans d’autres pays que ceux de leur naissance.

DIversités réunies et partagées

Si le succès est éloquent par la dimension quantifiable – cette année plus de 37 000 élèves ont participé au projet ce qui laisse présager d’un nombre encore plus important de personnes touchées par dissémination – l’intérêt vécu par les artisans de l’opération eux-mêmes retient toute attention.
Parole a été donnée à une classe d’élèves ayant participé au projet.
Les propos relevés témoignent de l’ouverture à l’autre et le plaisir de découvrir des traditions différentes : « C’est intéressant », comme l’ont souligné Jade et Stan. Effectivement, la tradition grecque de décorer les bateaux remarquée par Aelya ou celle d’attendre en Espagne le 6 janvier et le passage des Rois Mages pour recevoir les cadeaux relevée par Eloann piquent la curiosité de tout un chacun, et construisent peu à peu ce patrimoine culturel partagé même s’il se décline sous des formes différentes : « On ne reçoit pas les mêmes décorations d’un colis à l’autre ! » ajoute Gabrielle pour qui cette diversité est un atout.
Ajoutons à cela la dimension géographique pour intégrer par le voyage postal des courriers les espaces européens, ce sont autant de connaissances qui permettent de prendre conscience des distances et des lieux, autre occasion de s’initier aux noms des capitales européennes respectives : les apprentissages géographiques prennent alors tout leur sens et font dire à Adam et Charles la fierté de recevoir des colis situés « si loin » sur la carte mais devenant ainsi tout proches, et pas seulement par la magie de Noël.
Ce côté exotique par les différences des traditions cohabite aussi avec les similitudes : repas familial, décorations des rues et des maisons, échange de cadeaux. C’est ce que résume Bleuenn : « C’est quand même bien de connaître ce qui se passe dans d’autres pays ». Les enseignants quant à eux évoquent l’opportunité de situations authentiques pour communiquer et mettre à profit la pratique des langues.
Sans découvrir les 24 langues officielles dans l’UE, l’occasion est donnée de découvrir l’alphabet cyrillique dans l’écriture du « Joyeux Noël  » bulgare, les similitudes entre le « Feliz Navidad » venant d’Andalousie et le « Feliz Natal » de Porto, les drôles de caractères employés dans leur lettre par les écoliers de Nafplio en Grèce…
Outre ces touches locales sur les objets décorés, les échanges documentaires se font en anglais ce qui crée un rapprochement avec les anciens cousins d’Outre-Manche et donnent l’occasion de tester sa compréhension écrite et de se lancer dans l’écriture pour de vrai dans la langue de Shakespeare.
Les émotions ne sont pas en reste comme en témoigne Axelle pour qui l’importance est dans l’attention aux autres et qui souligne « la gentillesse des élèves qui font des décorations spécialement pour nous ». Eh oui, Européens que nous sommes faisons partie d’une grande famille que l’on se découvre au travers d’actions authentiques et vécues. C’en est un exemple, qui aura des chances de s’inscrire dans les mémoires par le côté concret du projet.

On l’aura compris, ce projet condense tout un lot d’intérêts pédagogiques et éducatifs dans une opération simple dans l’esprit, même si la logistique requiert pour le CECI une organisation d’une ampleur importante : des mots et des cadeaux qui relient ces jeunes, mais aussi leurs enseignants, sans oublier le rôle des structures intermédiaires agissant comme autant de relais que sont les Centres Europe Direct.

Et plus encore…

Cela suffit à donner toute légitimité au projet. Mais encore…
Au détour de cet échange libre et spontané, une petite phrase a émergé : « Ça peut réunir les pays et faire qu’il y ait moins de conflits ». Sur un ton calme et posé, par cet enchaînement de mots justes et bien articulés, c’est la voix d’Alexandre qui s’est annoncée. Du haut de ses 10 ans, ce petit bonhomme a exprimé une dimension que n’aurait reniée aucun Schuman ou Monnet.
Apprendre à se connaître et échanger, partager des histoires et construire des liens de proximité et d’amitié, autant d’ingrédients qui nous font prendre conscience de notre appartenance à cette famille commune, en l’occurence notre terre européenne.
On ne s’attendait pas à une analyse aussi poussée ni une prise de conscience aussi adroitement aiguisée ; preuve s’il en est que ces questions – et réponses – ne sont pas réservées aux seuls adultes, politiciens ou gouvernants. Cette expérience d’éducation à la citoyenneté s’exerce en immersion dans un projet qui fait sens, qui construit, qui rassemble, qui par la connaissance mutuelle qu’il engendre fait grandir en chacun le sentiment d’appartenance à une communauté de voisins, de cousins, de citoyens.
La citoyenneté européenne existe, Alexandre et ses camarades l’ont rencontrée.
Se réunir pour se connaître. Partager pour se comprendre. Qui se ressemble s’assemble, n’est-ce pas ? C’est sans doute le message induit d’Alexandre qui évoque une famille forte de ses différents caractères et personnalités affirmées, mais qui pour ses membres en réduit le risque des conflits.
Par les temps qui courent où l’on nous donne à voir l’expression de la force essentiellement dans les prises d’armes ou de combats guerriers, ne serait-elle pas plutôt dans les liens qui unissent les voisins et cousins devenus citoyens européens ?
Quand nos gouvernants seront-ils prêts à s’en saisir pour relever les défis et se montrer à la hauteur des enjeux ?
Les jeunes nous regardent.
Sans naïveté mais en toute humilité, c’est une belle et prometteuse feuille de route résumée par l’écolier.

En ces temps troublés de début d’année, que de mieux peut-on souhaiter ?


Observatoire et laboratoire d’idées, le CECI a pour vocation habituelle la promotion de la citoyenneté européenne et la construction d’un sentiment d’appartenance à l’Union européenne.

Détails de l’opération à retrouver sur notre site, rubrique « European Christmas Tree »

European Christmas Tree

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Les contributeurs, Marie-Laure Croguennec, 2 commentaires

Entre espoirs et déboires : le Pacte Vert européen

Pacte Vert, acte 1 : une forte ambition

Le contexte de l’année 2019 fut déterminant : pression des marches pour le climat et de 2 Initiatives Citoyennes Européennes (ICE) exigeant une législation décourageant l’usage d’énergies fossiles et encourageant les énergies renouvelables ; demande de 8 États-membres (EM), dont la France, de consacrer 25% (au lieu de 20%) du budget européen à l’action climatique ; vote d’un état d’urgence climatique par un Parlement européen à forte composante écologiste.
La Commission européenne se devait donc d’être ambitieuse. Son Pacte Vert, publié en décembre 2019, propose une Stratégie de croissance verte, faisant de l’UE le premier continent à zéro-émissions nettes de GES en 2050, avec un objectif intermédiaire de 55% d’émissions nettes pour 2030. Il touche un large spectre d’activités, se déclinant en 8 domaines : marché carbone, énergie propre, transports durables, zéro pollution, économie circulaire, rénovation énergétique des bâtiments, stratégie agricole et alimentaire, stratégie biodiversité.
Un arsenal législatif et budgétaire massif se met en place avec 7 mesures-phares :

  1. Amélioration du marché carbone : Le Système d’échange de quotas d’émissions entre les entreprises industrielles (SEQE) se voit ouvert à de nouveaux secteurs : bâtiment, transports maritime et routier, carburants. On l’aligne avec la politique commerciale à travers un Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) qui assurera une concurrence loyale aux entreprises européennes : les exportateurs vers l’UE paieront un certificat d’émissions rendant leur prix similaire à celui du même produit conçu à l’intérieur du marché unique. S’il vient à bout de difficultés diplomatiques (mesures de rétorsion) et techniques (les entreprises doivent fournir l’intensité carbone de leurs produits), le MACF, entre 2023 et 2030, rapportera 10 milliards (Mds) d’€ par an au budget européen.
  2. Mobilité durable : des normes plus strictes d’émissions de CO2 pour les poids lourds et les bus ainsi que pour l’incorporation de carburants alternatifs dans les secteurs maritime et aérien sont établies. Surtout, on interdira  la vente des véhicules thermiques neufs à partir de 2035.
  3. Stratégie agricole et alimentaire, dite « De la ferme à la table » fixant des objectifs 2030 très ambitieux : ‑50% d’usage des pesticides, ‑20% d’usage des fertilisants azotés, 25% de la surface agricole en bio (10,5% actuellement) et proposition-cadre sur la transition alimentaire.
  4. « Vague de Rénovations » : elle propose de rénover d’ici 2030, 35 millions de bâtiments inefficaces au plan énergétique. L’action contribuera à la création d’emplois, à la santé et à la lutte contre la précarité énergétique.
  5. Stratégie de finance durable : elle vise à réorienter les capitaux vers des investissements « verts ». Elle définit une taxonomie qui établit les critères qu’une activité économique doit remplir pour être considérée comme durable et recevoir des financements. Et elle impose un devoir de vigilance et de responsabilité aux entreprises : la directive Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), en particulier, exige la publication d’informations sur l’impact environnemental et social de leurs activités.
  6. Deux instruments accompagnent les entreprises et les ménages dans une logique de justice territoriale et sociale : un Fonds de transition juste (17,5 Mds d’€ pour 2021–2027) atténue les répercussions négatives sur l’emploi de la décarbonation de l’économie locale (réhabilitation de sites industriels, reconversion des salariés) en ciblant les secteurs industriels les plus émetteurs, avec, en France, 6 régions concernées ; un Fonds social pour le climat (87 Mds d’€) accompagne les ménages les plus vulnérables via le financement de dispositifs d’aide tels que le bonus écologique à l’achat d’un véhicule électrique ou le chèque énergie.
  7. Renforcement des financements à 3 niveaux :
    1. 30% du budget 2021–2027 de l’UE (soit 320 Mds) sont consacrés au climat ;
    2. 37% du budget du Plan de relance économique « NextGenerationEU » (soit 280 Mds), faisant suite à la crise sanitaire, sont consacrés à la transition écologique ;
    3. avec la transformation, en 2020, de la Banque européenne d’investissements (BEI) en Banque pour le climat, ses prêts dédiés aux gros projets d’équipements de transition verte passent de 18 Mds en 2019 à 30 Mds en 2020. Et elle double le financement de l’adaptation au changement climatique pour le porter à 30 Mds en 2030.

Pacte Vert, acte 2 : un détricotage

La guerre en Ukraine éclate en février 2022, entraînant une crise de souveraineté énergétique et une interrogation sur les capacités de défense qui deviendront vite les priorités de l’UE.
En mai 2023, la France, vite rejointe par 8 ÉM, appelle là « une pause règlementaire » quant aux normes environnementales. Le patronat impute la baisse de compétitivité de l’UE (analysée par le rapport Draghi) au fait que le Pacte est allé trop loin, soulignant que les investissements européens se détournent vers les pays disposant de normes environnementales moins contraignantes.
Avec le retour au pouvoir de Donald Trump, la charge redouble et les appels à déréguler se font plus pressants.

Ainsi, alors qu’une petite moitié des textes prévus ont été adoptés, la Commission cède à la pression et enclenche la marche en arrière sur l’environnement et le climat. La plupart des textes-clés sont reportés, rejetés ou vidés de leur substance. C’est l’objet d’un train de simplification, appelé « Omnibus », enclenché par l’UE début 2025 et composé de 6 paquets législatifs successifs, dont les principaux concernent : l’abandon des objectifs de réduction de l’usage des pesticides et de développement de l’agriculture biologique ; des mesures de flexibilité et un report de la décision concernant l’interdiction de vente des véhicules thermiques à partir de fin 2035 ; une  édulcoration et un report de 2 ans de la directive sur le devoir d’information des entreprises (CSRD).

Plus regrettable encore est l’affaiblissement du leadership européen en matière de diplomatie climatique. Alors qu’en 2015, les ÉM faisaient front uni pour l’Accord de Paris sur le climat, leur profond clivage les a empêchés de présenter un objectif intermédiaire (2040) commun de décarbonation lors de la COP 30 qui s’annonce au Brésil. Bon nombre d’entre eux se sont opposés à la proposition de la Commission, consistant à réduire les émissions des GES de 90% d’ici 2040. Et la France en faisait malheureusement partie.

Pacte Vert, acte 3 : la voie du salut ?

L’heure est aujourd’hui à un triptyque « climat-compétitivité-autonomie économique », que symbolise le Pacte pour une industrie propre, proposé par le commissaire français Stéphane Séjourné en février 2025. Il constituera le nouveau volet industriel de décarbonation du Pacte Vert et mobilisera 100 Mds d’€. Il libérera l’investissement en faveur de l’innovation, rendra l’UE plus autonome en produits stratégiques et accentuera les plans de reconversion des secteurs et territoires les plus vulnérables.

Pour réussir cette nouvelle phase du Pacte Vert, l’UE devra affronter des vents contraires : contexte international avec l’offensive chinoise sur les technologies vertes et la guerre commerciale imposée par les États-Unis ; profondes divisions entre ÉM ; forces politiques national-populistes et d’extrême-droite anti-Pacte, au sein du Parlement européen ; coût de conversion trop élevé dans les TPE et les PME, très nombreuses dans l’UE ; obstination des ÉM « fourmis » à limiter le budget du cadre financier 2028–2034 dont les négociations commencent ; et surtout, réticences des citoyens européens à s’approprier un processus dont les objectifs sont partagés mais dont la trajectoire est souvent rejetée car trop contraire aux modes de vie et considérée comme injuste (malgré les efforts du Pacte dans ce domaine). Il y a là une pédagogie à effectuer dans les ÉM, en particulier sur le lien entre climat, économie et santé.

C’est l’une des facettes du fameux sursaut européen dont nous avons tant besoin.

Publié par Patrick Salez dans CECI dit, Les contributeurs, Patrick Salez, 2 commentaires

De petits pas en petits pas…

On ne l’a pas remarqué, ou si peu, dans le flux des informations liées notamment aux événements en Ukraine et à ce qui s’y rattache, mais une nouvelle est venue, trop discrètement, prouver que pendant les grandes manœuvres du premier plan, dans les coulisses la gestation de l’Europe se poursuit et se renforce. En effet, la Bulgarie vient d’annoncer qu’elle adoptait officiellement l’euro comme sa devise nationale, au détriment du lev (« le lion »), qui avait cours depuis 1881.

En soi cette décision n’est pas simplement anecdotique : certes, l’arrivée de ce 21e pays dans la famille de l’euro, trois ans après la Croatie, ne bouleversera pas les rapports de force mondiaux ; néanmoins, cette adhésion enthousiaste d’un pays de 6,5 millions d’habitants, pratiquement la taille des Hauts de France, mais qui est aussi le plus pauvre de la famille communautaire, illustre bien les avantages offerts par l’adhésion à un groupe monétaire solide et à une devise de plus en plus appréciée sur les marchés mondiaux, où elle tient la seconde place derrière le dollar, qui depuis des lustres n’est plus convertible en or et qui est de plus en plus contesté à mesure des coups d’éclat de l’actuel occupant de la Maison Blanche.

L’adhésion à la monnaie européenne suppose des réformes en profondeur et un assainissement de l’économie du pays candidat : ce fut pour Sofia comme jadis pour Athènes un véritable chemin de croix, le pays passant pour être le plus pauvre toutes proportions gardées dans la famille bruxelloise. Mais l’effort soutenu des dirigeants, le zèle des administrations spécialisées et l’enthousiasme des entreprises et de l’opinion publique devant semblable opportunité sont un événement pour les citoyens et les décideurs, publics autant qu’entrepreneuriaux, de ce pays discret et qui, comme ses comparses de l’ancien Comecon, cherche toutes les opportunités pour se détacher un peu plus encore de l’influence russe, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas laissé que de bons souvenirs !

La devise européenne grignote ainsi, année après année, des adeptes nouveaux et des arguments supplémentaires pour mieux asseoir son rayonnement. Y adhérer suppose une économie en bon état de marche, des finances publiques saines et clairement gérées, une réelle transparence dans les transactions et plus encore dans les réglementations. Il ne suffit pas d’être candidat pour être accepté, mais, comme toujours en matière d’institutions européennes, l’adhésion est le fruit d’une rencontre et le point de départ d’un renouveau, d’une pratique plus encadrée mais pas pour autant enserrée dans des réglementations corsetant le dynamisme. Il est même possible d’adopter l’euro sans être pays membre de l’Union, comme le montre le Kosovo, au statut encore balbutiant et qui, précédemment, utilisait le mark allemand. Aujourd’hui, il utilise la devise de l’Union sans être, pour le moment du moins, membre du système ni pays adhérent.

Il reste certes encore des pas à franchir pour rassembler la totalité des Vingt sept pays membres, et éventuellement d’autres candidats apparentés : ce sera délicat au Danemark et en Suède où des référendums ont conduit à rejeter cette éventualité il y a maintenant une quinzaine d’années, mais entretemps les données ont changé et la crédibilité évidente de la devise nouvelle est de nature à récuser bien des réticences. Et il reste quelques « gros » candidats potentiels au premier rang desquels la Pologne, dont on sait que l’équilibre politique reste aléatoire entre pro-européens et eurosceptiques regroupés autour du PIS et du Président de la République nouvellement élu. Le temps et le réalisme finiront bien par convaincre plus sûrement que les grands débats. L’euro n’est pas une carte de visite, il est une carte d’identité. Et de ce point de vue, les réticences s’estompent avec l’usage. Et puis, comme le dit si bien l’adage populaire, Rome, ville sainte des Traités, n’a pas été construite en un jour…

Publié par Philippe Tabary dans CECI dit, Les contributeurs, Philippe Tabary, 2 commentaires