CECI dit

L’identité culturelle européenne : une invitation à agir

Définir l’identité culturelle européenne est une tâche redoutable, car cela revient à mettre en perspective trois notions elles-mêmes difficiles à définir et qu’il est impossible d’appréhender en dehors du moule de sa propre culture.

La culture, au sens étroit du terme ou dans son acception ethnologique, rassemble et divise, mais elle fonde le dialogue sur des règles partagées et sur la « possession dans le répertoire de la mémoire d’un certain nombre d’associations » (Abraham Moles). C’est le dénominateur commun qui permet aux Européens de se reconnaître comme semblables et de dialoguer, en jonglant avec la pluralité des langues.

Mais de quelle Europe parle-t-on ? L’Union européenne est une construction de l’esprit humain, en évolution permanente et à géométrie variable, élaborée à partir d’une réalité géographique mal délimitée. Le Traité de Rome stipule que « tout État européen peut demander à devenir membre de la Communauté » (art. 237). Mais personne n’a jamais défini ce qu’était un État européen…

L’Identité est un concept qui interroge aussi bien le philosophe que le politique.
Fernand Braudel, quand il se penche sur sur l’Identité de la France (1986), insiste d’abord sur la diversité des territoires, des parlers, des climats, des modes de vie, avant de montrer « la cohésion du peuple » : « ni l’ordre politique, ni l’ordre social, ni l’ordre culturel ne réussissent à imposer une uniformité qui soit autre chose qu’une apparence ».
Il en va de même pour l’Europe : la diversité des composantes et des intérêts nationaux semble toujours plus manifeste que l’unité, sauf quand la langue et la géographie ont tissé des liens de proximité. Les rêves impérialistes visant à faire l’unité de l’Europe par la force ont tous échoué, mais le projet européen ne peut se réduire à une simple juxtaposition de nationalismes, privilégiant le libre échange ou la sécurité, à des degrés différents selon la menace du danger. Hier, les pays libérés de la tutelle soviétique ont recherché la protection communautaire comme le réclament aujourd’hui l’Ukraine, la Moldavie ou la Géorgie.

Saturé d’idéologie, le concept d’identité a pris des significations variables dans l’histoire. Longtemps considérée comme une valeur de gauche, notamment lorsque les mouvements anticolonialistes opposaient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes aux modèles imposés de l’extérieur, l’identité est devenue une valeur de droite avec des crispations sur les valeurs nationales. Le fantasme du « grand remplacement » (Renaud Camus) s’inscrit dans cette démarche : toute ouverture relève d’une entreprise de déconstruction. L’Europe est vécue comme une menace permanente contre les nations.

On le voit ici : la question centrale est celle du rapport à l’Autre. La conscience de soi se construit à partir d’une conscience de l’autre, à travers des jeux de reconnaissances et d’exclusions. On se pose en s’opposant : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » (Montaigne).

L’identité exclusive rejette les pratiques de l’Autre simplement parce qu’elles émanent de l’Autre. Pour cela, on inscrit le roman national dans un déterminisme historique et on théorise les critères d’exclusion (comme l’ont fait à leur manière l’Allemagne nazie, l’apartheid sud-africain, mais aussi la Cité athénienne qui établissait une hiérarchie entre citoyens, métèques et barbares selon les origines de la naissance).
Au contraire, l’Identité inclusive agrège au groupe ceux qui en partagent les valeurs fondatrices, mais reconnaît et respecte le droit à la différence. On retrouve là l’opposition entre Saint Bernard, prédicateur des Croisades, et Abélard (diversa, non adversa : différents mais non opposés). L’altérité ne signifie pas altération. L’Europe a fait le choix de l’union dans la diversité.

Être européen aujourd’hui
L’identité européenne est une identité culturelle plurielle (cf. schéma ci-après).
Au contraire des États qui dissimulent les différences dans une identification réductrice (comme l’a fait la France jacobine), le modèle européen tire sa puissance de sa capacité à intégrer des apports multiples, à produire et à diffuser : « Tout est venu à l’Europe et tout en est venu. Ou presque tout. » disait Paul Valéry (Variété, « La crise de l’esprit », 1919).

Les pères fondateurs ont compris qu’il ne fallait surtout pas opposer l’identité européenne aux identités nationales, mais transformer les divergences en convergences. Chacun participe de cultures multiples, elles-mêmes susceptibles de changements, au gré des échanges et des influences mutuelles. Cela explique que l’on se sente plus ou moins citoyen européen selon les lieux où l’on se trouve. L’identité européenne n’est pas aussi immédiate que le sentiment d’appartenance nationale : quand je suis en Europe, je me sens français, mais quand je suis à New York, ou à Tokyo, je me sens européen.

L’Européen d’aujourd’hui n’est plus seulement « celui qui a la nostalgie de l’Europe » (Kundera). Il partage des règles communes, une monnaie, un drapeau, des droits et des exigences. L’Europe est le fruit d’une histoire complexe, vécue différemment dans chaque pays, mais chacun sait que c’est aussi un projet qui s’est appuyé sur un pragmatisme économique pour transformer un passé de guerres en avenir de paix et de prospérité. Une entreprise sans précédent qui eût été impossible sans la valorisation des héritages fondamentaux : intellectuels (Grèce, Rome), religieux (judéo-chrétien), philosophiques (humanisme, Lumières), bien visibles à travers la richesse des patrimoines, lieux de mémoire et autres marqueurs culturels (bibliothèques, monuments, cafés…).
Cette identité culturelle européenne si présente dans « ce grand musée des rêves passés que nous appelons histoire » (George Steiner) est une invitation à l’action. Elle est plus que jamais d’actualité à une époque où les certitudes idéologiques vacillent et où se dessine une nouvelle tectonique géopolitique.

Publié par Claude Oliviéri dans CECI dit, Claude Oliviéri, 0 commentaire

Spinelli, moi et ma lune de miel, par Alan Hick

La première fois que j’ai rencontré Altiero Spinelli ne s’est pas bien passée. En tant que jeune chercheur à l’Institut universitaire européen de Florence préparant un doctorat sur l’histoire du Mouvement européen, j’avais lu sur Spinelli et je me suis dit avec arrogance – enfin, quelqu’un qui pense comme moi ! Inutile de dire que son « histoire » était beaucoup plus prestigieuse.

Militant antifasciste contre Mussolini, il fut arrêté en 1927, emprisonné pendant dix ans et enfermé pour six autres sur l’île de Ventotene où, en juin 1941, lui et ses codétenus Ernesto Rossi et Eugenio Colorni rédigent clandestinement un projet de manifeste « Pour une Europe libre et unie ». Le Manifeste de Ventotene pour une Fédération européenne démocratique d’après-guerre a été un appel de ralliement clé de la Résistance italienne et européenne et du Mouvement fédéraliste européen.
Malheureusement, après la guerre, leur projet radical de Fédération européenne a été négligé et usurpé par le modèle néo-fonctionnel de Jean Monnet. Spinelli était néanmoins considéré à juste titre comme un « pionnier » et un « père fondateur » de l’Union européenne. Il a joué un rôle important dans la politique d’après-guerre et a été commissaire européen de 1970 à 1976. Après cela, au moment où je l’ai rencontré, il était député italien (Deputato della Repubblica Italiana) pour la « Gauche indépendante », pas encore un eurodéputé directement élu.

Ma rencontre avec lui n’était pas pré-arrangée mais improvisée – ce n’est pas une bonne idée ! C’était le 12 mai 1977, par une journée ensoleillée à Rome. Il devait donner une conférence ce soir-là et j’ai pensé que je pourrais me présenter à la fin. Pour une raison quelconque, je portais de manière absurde un costume trois pièces que j’avais acheté pour le mariage de ma meilleure amie l’année précédente.
Quand je suis arrivé à Rome, j’étais bouillant et je suis allé boire un verre non loin de l’endroit où sa conférence aurait lieu. Je suis allé dans un petit bar au Largo Argentina, juste à côté de la Piazza Navona. Alors que je coulais une bière, j’ai entendu les volets claquer tout autour. Je me suis précipité dehors pour voir de quoi il s’agissait et je me suis empêtré dans la ligne de front d’une manifestation illégale qui a rapidement été la cible de tirs de la police avec des bombes lacrymogènes explosives, visant directement sur nous sur la place et par des fascistes violents qui nous tiraient dessus depuis un rebord de fenêtre au-dessus. Il y a eu plusieurs victimes et une étudiante a été tragiquement tuée.
J’ai réussi à m’échapper, je suis arrivé à la conférence de Spinelli dans un état de choc et d’excitation et je me suis présenté ridiculement à la fin de la réunion. Il était à juste titre et clairement agacé que j’aie la présomption qu’il s’intéresserait à moi. Je ne pense pas qu’il ait été trop impressionné non plus par mon costume trois pièces ! J’ai quitté la chambre et Rome, gêné et désolé…

Heureusement, quelques semaines plus tard, mon directeur de thèse, le professeur Walter Lipgens, m’a gentiment mis en contact avec l’une des âmes sœurs fédéralistes de Spinelli, Andrea Chiti Batelli. Nous avons eu une longue et profonde conversation sur mes recherches sur le fédéralisme italien et ma compréhension sérieuse et ma sympathie pour la vision constituante de Spinelli pour l’Europe. Il a promis de mettre un mot gentil pour moi et d’organiser une réunion dans un proche avenir.

Le temps a passé et il ne s’est pas passé grand-chose… sauf que je suis tombé amoureux d’une belle Florentine et je me suis marié peu de temps après, en janvier 1978. Nous sommes allés en lune de miel dans la maison de vacances de ses parents à Ortisei (Haut-Adige). Nous ne pouvions pas skier mais nous avons randonné autour de toutes les collines et montagnes environnantes, attrapant un froid et un léger rhume. Mais ce n’était pas grave, parce que nous étions amoureux… et j’avais complètement oublié Spinelli !

Au milieu de notre lune de miel, Andrea a réussi à me contacter. Spinelli voulait me voir, immédiatement, à Rome. Nous avons dû partir immédiatement et avons pu rester chez Andrea, à la périphérie de la capitale. Ma femme compréhensive a gentiment accepté et nous avons pris à la hâte le train de nuit de Bolzano glacial à Rome ensoleillée ! Nos rhumes ont disparu et Andrea était ravi de nous accueillir, de célébrer ensemble et de s’imprégner plutôt de son délicieux vin sicilien !

Le lendemain, Andrea nous a accompagnés à notre rendez-vous de déjeuner avec le grand homme lui-même. Spinelli, ai-je appris, aimait sa nourriture, et c’était le « festin » annuel d’Andrea avec lui. Nous nous sommes tous retrouvés à une longue table avec d’autres amis fédéralistes dans un merveilleux restaurant de poissons, La Rosetta, juste derrière la Piazza Rotonda et le Panthéon.
Je me suis assis à côté de Spinelli qui nous a servis et était tout à fait charmant et fascinant. Il aimait la compagnie sincère et partageant les mêmes idées, et ma femme et moi étions complètement impressionnés par lui ! Quel privilège ce fut. Notre lune de miel a pris une toute nouvelle dimension. Il nous a invités tous les deux à le rencontrer à nouveau, le lendemain, mardi 17 janvier 1978, dans son bureau parlementaire.

Nous nous sommes rencontrés et avons discuté toute la matinée. Il aimait beaucoup le fait que j’avais exposé dans mes recherches la scission fondamentale et désastreuse au sein du mouvement fédéraliste d’après-guerre entre l’aile constitutionnaliste « hamiltonienne » en faveur de la fédération politique, représentée par Spinelli, et l’aile « fédéraliste intégrale », représentée par les corporatistes ex-Vichy et les nostalgiques des soi-disant « forces vives ». Cette scission a sérieusement sapé la contribution fédéraliste au grand Congrès de l’Europe en mai 1948 et a d’abord entravé le développement fédéraliste du Mouvement européen.
À mon grand étonnement, à la fin de notre discussion cordiale, il m’a remis un manuscrit, fraîchement dactylographié par sa fille Diana, de son « Journal européen » personnel pour ces années d’après-guerre immédiates, publié quelque temps plus tard par il Mulino. J’ai été le premier historien à recevoir cet honneur. Il avait confiance en moi et a gentiment noté dans son journal pour ce jour-là qu’il me considérait comme un authentique « spinelliano ».
Après notre longue conversation, Spinelli nous a accompagnés à l’ascenseur où nous avons brièvement rencontré sa femme, Ursula Hirschmann, qui, trente-sept ans auparavant, avait courageusement fait sortir clandestinement le Manifeste de Ventotene de l’île au dos de papiers à cigarettes, dissimulés dans le faux fond d’une boîte en fer-blanc. Elle était fragile et digne. Spinelli l’adorait.

Le « Journal européen » de Spinelli a été une source primaire très précieuse pour mon doctorat que j’ai terminé quelques années plus tard, dont des extraits ont été publiés dans « Documents sur l’histoire de l’intégration européenne » (Walter de Gruyter 1991). Malheureusement, c’était trop tard pour Spinelli qui est malheureusement décédé en 1986.
Dans les années qui ont suivi, nous sommes restés en contact étroit. Il a bien sûr été élu au Parlement européen en 1979. Au cours de la même campagne, j’ai travaillé pour un candidat travailliste ouvertement fédéraliste au Royaume-Uni, Ernest Wistrich, qui n’a pas été élu. Peu de temps après, j’ai travaillé pour l’eurodéputé Brian Key qui était un proche partisan de Spinelli au Parlement et dans le célèbre « Crocodile Club » (un autre eurodéputé britannique qui soutenait Spinelli était un certain Stanley Johnson…).
Plus tard, je suis retourné à Rome et j’ai retrouvé Spinelli à quelques reprises. Dans son journal du 18 février 1982, il indique qu’il veut « me prendre sous son aile » et qu’il doit trouver le temps de lire ma thèse. Cependant, il était alors totalement absorbé par son projet de traité pour l’Union européenne, toujours inspiré par Ventotene et l’idée que le Parlement européen devienne une assemblée constituante. J’étais fier d’être associé à lui et à son projet à un stade aussi précoce.
Le 23 juillet de la même année, alors qu’il pensait que son assistant parlementaire tant accompli, Virgilio Dastoli, pourrait partir, il écrivit dans son journal qu’il pourrait m’inviter à remplacer Virgilio. Je n’en savais rien à l’époque. Virgilio est bien sûr resté et a été un assistant loyal et victorieux de Spinelli alors qu’il dirigeait son projet de traité au Parlement européen par 237 voix contre 31, avec 43 abstentions le 14 février 1984. À ce moment-là, j’étais devenu fonctionnaire de l’UE au Comité économique et social européen, faisant ce que je pouvais dans ce cadre plus modeste pour rallier le soutien à Spinelli.

Malheureusement, je n’ai pas essayé de voir Spinelli en personne ces dernières années. Il était devenu si admiré et célèbre que j’ai senti qu’il était inapproprié de profiter de nos premiers temps ensemble.
La dernière fois que j’ai vu Spinelli en personne, c’était le 11 septembre 1982 lors d’un rassemblement de la Festa dell’Unità à Tirrenia. Il faisait partie d’un panel de politiciens distingués qui se promenaient et il s’ennuyait énormément. Il a commencé à découper des poupées en papier avec son programme, puis m’a repéré dans la foule et m’a appelé. Nous avons discuté amicalement et il m’a laissé sa nouvelle carte de visite, sur laquelle était écrit « Ciao Hick ». Je l’ai toujours et je le chéris. Son écriture était épouvantable ! À tel point que lorsque son deuxième « Journal européen 1976–1986 » a été dactylographié et publié, je suis répertorié dans l’index, non pas comme Alan, mais comme Yvonne Hick ! Je pense que nous aurions tous les deux apprécié la blague !

Je suis toujours resté un fidèle « spinelliano » et n’oublierai jamais comment il a changé ma vie … et ma lune de miel.

Publié par Alan Hick dans Alan Hick, CECI dit, 0 commentaire

Mais où est passé le 9 mai ?

La Présidence française du Conseil de l’UE a été focalisée sur la question ukrainienne depuis le 24 février 2022.
La fête de l’Europe aurait-elle était occultée par la guerre en Ukraine ?

Un certain paradoxe autour d’un évènement récurrent qui nous permet de nous rappeler que la construction européenne s’est construite sur la Paix alors que tous les médias attiraient l’attention sur un autre 9 mai qui consacre la victoire de l’armée rouge sur les nazis.
Cette année, les noms de Jean MONNET ou de Robert SCHUMAN n’ont pas été évoqués pour célébrer notre 9 mai européen.
Pourtant, l’Europe n’a jamais été aussi unie et n’a jamais autant montré de détermination face à la menace russe que depuis l’agression de l’Ukraine par la Russie ce fameux 24 février 2022.
Nous pouvons même dire que l’Europe a pu trancher par rapport aux USA dans ses méthodes diplomatiques habiles alternant de façon efficace le maintien du dialogue et les sanctions graduées pour tenter de sauver la paix. Parvenir à discuter en période de crise n’est pas un hasard, c’est le poids de l’histoire et des cohortes d’horreurs passées qui façonnent cette posture européenne.

Une conscience européenne aurait-elle à nouveau émergé ? La résurrection de vieux démons aurait-elle renforcé cette union entre les pays de l’UE pour faire face à un pays puissant qui en agresse un autre à ses frontières ?
L’UE a dû adopter des positions courageuses qui vont jusqu’à mettre en péril ses propres approvisionnements énergétiques (gaz et pétrole) mais aussi les matières premières provenant d’Ukraine. Même si parfois certains États ont cherché, dans un sursaut d’intérêt national, à préserver les relations avec la Russie, ils ont fini par rejoindre le giron européen.
Une force européenne serait-elle en train de s’affirmer comme un signe de volonté de brandir l’étendard de la démocratie dans un monde où il semblerait que l’autoritarisme avance chaque jour ?
Hier, au sein même de nos États et parmi nos représentants, l’UE était la cible de critiques et étaient présentées comme une entité inefficace et incohérente. Il y a toujours un décalage entre le propos du moment et l’émergence d’une position qui exprime une identité façonnée par l’histoire.

Peut-être fallait-il passer par le terrorisme, une pandémie mondiale et maintenant la guerre en Ukraine pour voir qu’une véritable conscience européenne en adéquation avec les valeurs inscrites dans les traités pouvait se mettre en marche et justifier son existence aux yeux du monde non pas seulement comme une référence à la Paix mais comme un rejet de la guerre et du chaos.
Car cette Europe est née dans les cendres de la Seconde Guerre mondiale et nous nous rendons compte que, même dans le silence médiatique de sa naissance, cette année elle n’a pas perdu son âme, elle reste constante dans son action et dans l’écriture de son histoire.

Enfin, Lorsque les sirènes médiatiques auront cessé de mobiliser nos émotions et notre attention, le temps de la réflexion et de l’analyse nous permettra d’entrevoir l’émergence d’un véritable modèle inspirant le monde de demain.

Publié par Franck Arnaud dans CECI dit, Franck Arnaud, 0 commentaire

9 mai en Europe : une date, la guerre et la paix

Pour les Européens de l’Union, le 9 mai est le jour de la fête commune : celui qui commémore la déclaration de Robert Schuman en 1950, considérée comme la première pierre, le texte fondateur de la construction européenne. Il propose alors la mise en commun des systèmes de production, français et allemand, du charbon et de l’acier.

Pourtant dans la pensée de Robert Schuman l’Europe en devenir ne se réduit pas à la CECA ou à l’Euratom. Dans ses textes prophétiques et notamment son livre « Pour l’Europe », il met en évidence et en premier les valeurs qui doivent présider à l’émergence d’une entité européenne fondée sur la paix, la solidarité, la coopération internationale, la justice, la démocratie et la citoyenneté. 

En Union européenne : un jour de célébration de la Paix 

Ce qui prédomine chez Schuman c’est son intérêt pour la personne humaine dans cette construction qui n’a pas d’égal dans le monde. En ce sens, et dans une perspective personnaliste, rappelant les deux conflits mondiaux, il est un précurseur des constructions d’ensemble dans un concert des nations qu’il considère comme une option déterminante dans le sens du meilleur ou du pire : « À une époque pendant laquelle, en l’espace d’une seule génération, des heurts d’une violence et d’une étendue sans précédent se sont produits entre les hommes, et au cours de laquelle la menace de nouveaux conflits continuent à peser sur l’humanité entière comme une fatalité, en même temps que les moyens de destruction nouvellement inventés confèrent aux tueries futures le caractère non plus d’une épreuve de forces rivales mais celui d’un suicide généralisé, nous avons senti que nous étions à la croisée des chemins »1.

Son projet, de responsabilité citoyenne et démocratique, a connu des hauts et des bas mais surtout un succès qui prend toute sa force dans l’actualité. Celui d’une construction de la paix entre les pays signataires. Elle dure depuis plus de 70 ans. « Ce qui compte à l’actif de l’Europe, c’est qu’elle est à même de contribuer, effectivement et dans l’immédiat, aux besoins de l’humanité, en réponse aux aspirations nouvelles des peuples » déclare-t-il. Il s’agit donc bien pour Schuman de mettre en oeuvre une entreprise de paix avant même une union économique. 

En Russie : une oeuvre de guerre 

La paix est un idéal que les Européens veulent poursuivre face à l’adversité qu’impose la Russie de Vladimir Poutine au monde, dans sa volonté de contraindre l’Ukraine par le meurtre et la destruction. Nos dirigeants européens font tout ce qui est possible de faire, se positionnant sur les valeurs et préceptes fondamentaux de l’Union. C’est la vocation de notre 9 mai, de la Journée de l’Europe. Ils travaillent à la sauvegarde de l’Ukraine mais aussi de l’Union en équipant l’armée de ce pays et en accueillant ses réfugiés. 

À l’inverse, pour Vladimir Poutine le 9 mai sera le jour de son grand discours, de ses références à la Seconde Guerre mondiale, de sa nostalgie de l’URSS. Ainsi, et dans le contexte de sa guerre déjà mondialisée, le jour de l’armistice à Moscou se veut être un jour symbolique. Comme depuis 1945, les responsables russes tentent de faire croire qu’ils ont été les seuls à combattre le nazisme faisant fi des Alliés et des autres peuples européens. Ils poursuivent la même réthorique pour justifier leur agression de l’Ukraine. Inquiétant, ce « jour de la victoire » pourrait marquer un tournant dans la guerre contre l’Ukraine et par ricochet pour les Européens. Le Ministre Lavrov n’a t‑il pas déclaré « vouloir intensifier les actions militaires et ajuster l’avancée des troupes lors de cet anniversaire » ?
Pour Vladimir Poutine cette date est d’une portée symbolique sur le peuple russe.
Emmanuel Macron, président du Conseil de l’Union européenne, répondra en Européen depuis Strasbourg. La date pourrait alors être aussi celle d’un plus fort engagement pour les occidentaux. 

Assurer la défense collective de l’UE

En effet, l’Union doit se préparer à sa sauvegarde. « L’Europe ne se construit pas contre quiconque, proclamait Schuman, mais elle doit assurer sa défense. » Ici encore sa parole était juste : « Une tâche européenne, constructive et valable, consiste sans doute à assurer la défense collective contre toute agression possible. Comme la paix, la sécurité est devenue indivisible… ».

Par la force des choses cette paix et cette sécurité à assurer pour l’Ukraine et l’UE seront au cœur des pensées et des manifestations du 9 mai et du mois de l’Europe. Au moment où la France préside le Conseil de l’Union européenne, les thèmes autour de la sécurité et de la défense seront au centre des échanges et des débats. La prise de conscience d’une Union européenne forte et capable de peser dans les relations internationales sera forcement première.
Mais souvenons nous de cette adresse de Jean Monnet à René Pleven, président du Conseil à propos du « containment » de 1947 qui amenait les responsables américains d’alors à tout mettre en œuvre pour empêcher l’URSS de s’emparer de nouveaux territoires : « Nous sommes aujourd’hui face à face avec la nécessité de nous assurer une « victoire froide » sur l’adversaire et de préparer la guerre » 2.

La Journée de l’Europe du 9 mai aura cette année une tout autre portée et saveur que celles, précédentes et gentillettes, que nous avons connues. 

Emmanuel Morucci 6 mai 2022 

1 Robert Schuman, Pour l’Europe, 1963 Editions Nagel, Paris
2 Jean Monnet, Mémoires, Editions Le Livre de poche, Paris, 1976

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Le conte est beau

Depuis soixante jours, l’invasion russe en Ukraine s’est invitée sur les écrans de télévision fixant avec précision et temps réel des images dans les esprits : de l’exode de familles sur les routes aux charniers de Boutcha, en passant par les frappes militaires et les décombres de Marioupol, les scènes d’horreur ne manquent pas. Nul ne peut rester insensible et chacun d’entre nous découvre la proximité de cette guerre, tant sur le plan géographique, l’Ukraine est à quelques centaines de kilomètres de la France et aux portes de l’UE, que par l’immédiateté au vu de la rapidité de réception des informations. 

Nous, adultes, sommes saisis par la violence guerrière qui se déroule sur nos yeux, nous qui pour la plupart avons eu la chance de naître et de vivre sur le territoire européen dans la période de réconciliation. Des récits transmis, racontés, vécus par nos aînés, parents et grands-parents, nous ont été relatés comme promesses d’ultimes horreurs appartenant à un monde et une époque révolus, laissant place à la paix.
Nous, adultes, sommes choqués par le basculement et la soudaineté de ces actes belliqueux qui mettent à jour le fragile équilibre entre la terreur et la paix.
Nous, adultes, pouvons essayer de raisonner et, sans minimiser ni camoufler la réalité, tenter d’analyser les faits et enjeux, nous jouant de prospectives et prévisions en tout genre, sans risquer nos vies. 

L’enfance, un monde perméable 

Qu’en est-il des enfants ? Parce que le monde en vrai est à portée d’écran, ils se trouvent eux aussi concernés par les atrocités révélées. Parce que la vie enfantine n’est pas sanctuarisée ni étanche aux médias, les faits guerriers leur parviennent et ne manquent pas de les questionner.
À en juger par les propos exprimés dès le matin du 25 février, les jeunes écoliers ne se sentent pas éloignés des préoccupations de leurs parents :
« La guerre peut- elle arriver chez nous ? » telle était l’angoissante et lancinante interrogation courant comme un fil rouge tout au long de la logorrhée de paroles exprimées.
Reconnaissons que cette question résonne en nous, et au travers de notre compassion envers les Ukrainiens, nous redoutons avant tout de nous sentir, concrètement, concernés. 

Là aussi, il est un équilibre à trouver entre questions posées et réponses apportées ; rien ne serait plus dangereux que des espaces vides de mots qui auraient pour immédiateté la construction d’une réalité a fortiori erronée par ses excès ou au contraire absences de factualité.
Certes, à l’attention des enfants il n’est pas question d’entrer dans une explication exhaustive que d’aucuns d’ailleurs se trouveraient incapables de leur présenter, mais de poser des termes sur ces faits, fussent-ils hautement condamnables pour ne pas dire terrorisants.
Rien ne serait plus risqué que de laisser le vide, dont l’espace a horreur, s’installer et fixer des commentaires et légendes sur des images inscrites dans les esprits et aux encres indélébiles.
Apprendre à voir les événements et appréhender le monde et ses réalités font partie de la construction de la personne ; c’est tout l’enjeu de l’éducation aux médias qui s’édifie dès le plus jeune âge, et de jour en jour. C’est ainsi que l’on apprend également à devenir citoyen, faisant partie d’un tout, d’une société construite elle-même au travers d’une Histoire. Cet apprentissage est la résultante d’un processus de socialisation et convoque immanquablement valeurs et fondements. 

L’heure de réaliser et de confirmer s’il en était besoin que le vivre ensemble se construit à chaque instant, en tout lieu, et concerne chacun d’entre nous ; dans l’enfance et en particulier à l’école, l’éducation à la citoyenneté doit prendre toute la place qui lui revient pour édifier solidement cette responsabilité.
L’âge des élèves dans le premier degré, en particulier au cours des dernières années de primaire, se révèle particulièrement idoine pour l’émergence du sentiment d’appartenance et de conscience de partage comme le décrit Géraldine Bozec*. 

De Robert à Arthur : un printemps espérant 

En effet, en tant qu’enseignante en classe de CM2, je peux témoigner que le questionnement sur la guerre en Ukraine a débordé les premiers jours de mars et de ceux d’avril, rendant chez certains le printemps plus inquiétant que chantant.
Bien au-delà d’une présence explicite de ces tourments, la solidarité et le soutien envers le peuple ukrainien ont pu se manifester de mille et une façons par les jeunes élèves, les collectes de denrées de première
nécessité entre autres, et parfois de manière inattendue.
Ainsi, au terme d’une séquence classique d’expression écrite visant à apprendre à écrire un conte, alors que se succédaient les textes relatant les exploits de héros chevaliers secourant princesses et consorts au milieu de monstres et de licornes (très tendance, les licornes en 2022), s’est présentée la production d’Arthur, 10 ans, intitulée « La Russie contre l’Ukraine » : 

Il était une fois un jeune guerrier ukrainien qui s’appelait Davire. Il avait 28 ans, et vivait sans femme. 

En ce moment-là, c’était la guerre en Ukraine. Les habitants avaient très peur de la Russie, c’était leur ennemi. La mission pour Davire était de les sauver. Un beau jour, le jeune guerrier apparut sur le champ de bataille pour se battre contre la Russie. Il avait trois épreuves.
La première consistait à traverser la rivière de la mort pour atteindre l’armée russe.
Quant à la deuxième, elle se montra plus difficile, il fallait abattre l’armée russe et la capturer.
La troisième épreuve était assez difficile : il fallait tirer des balles pour faire la paix. Alors Davire utilisa son fusil magique et tout redevint comme avant. 

Davire se trouva une femme russe très gentille et ils eurent beaucoup d’enfants. »

Si son texte force le respect et inspire nombre d’enseignements, il montre avant tout au travers de sa conclusion impliquant les deux nationalités que les valeurs de paix et de réconciliation prônées par Robert Schuman un certain 9 mai 1950 sont loin d’être démodées.
Si ce printemps se révèle inquiétant et angoissant, il est aussi inspirant et espérant. 

Nous partageons tous, enfants et adultes, les mêmes espoirs, socles de notre avenir et destin commun.
Loin d’être futiles, les préoccupations du jeune élève dans son texte rassemblent les valeurs qui font de nous des humains. 

Bravo et merci à toi Arthur, ton conte est beau. 

* Géraldine BOZEC, Les Héritiers de la République, Éduquer à la citoyenneté à l’école dans la France d’aujourd’hui. 2010

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Marie-Laure Croguennec, 0 commentaire

Notre Secrétaire Générale distinguée de l’Ordre national du Mérite

Madame Marie-Laure Croguennec, Secrétaire Générale du CECI, a reçu, il y a quelques jours, les insignes de l’Ordre National du Mérite des mains de Madame Martine Méheut, agrégée de philosophie et Docteur d’État, présidente fondatrice de Citoyennes pour l’Europe, membre du conseil d’orientation du Cycle des hautes études européennes de l’ENA et membre du Conseil d’administration de la Fondation Hippocrène.

Cette belle récompense nationale vient en reconnaissance par la France de l’activité de Marie-Laure en matière d’éducation à la citoyenneté européenne auprès de ses élèves de primaire à l’école du Sacré Cœur à Guipavas (Brest Métropole) depuis plusieurs années, « un chemin parcouru en militante de l’Europe, et plus particulièrement en éveilleuse de la conscience européenne des plus jeunes ».
Cette reconnaissance venant du Ministère de l’Education Nationale signe aussi le grand pas accompli qui augure « d’une responsabilité assumée de l’éducation à la citoyenneté européenne de tous les élèves » dira Martine Méheut.

Cela honore notre Cercle Europe Citoyennetés et Identités.

Marie-Laure Croguennec a été, à mes côtés, secrétaire générale de la Maison de l’Europe de Brest et Bretagne ouest où elle a porté de nombreux projets européens et notamment l’éducation à la citoyenneté de l’Union européenne. « On ne nait pas citoyen européen, on le devient » disons-nous bien souvent. C’est la base de son engagement.
Se sentir Européen est, en effet, une construction mentale, une culture partagée dont on prend conscience à la condition d’en être sensibilisé. C’est ce travail permanent d’éducation auprès de scolaires qui lui vaut d’être distinguée aujourd’hui. Un plaisir que Marie-Laure veut partager : « Je vais souhaiter que d’autres comme moi soient remarqués et honorés de la sorte, et si un regard est porté sur mon action, je souhaite le partager avec tous ceux qui œuvrent dans cette même direction, peut-être de manière isolée ou en tout cas sans coup de projecteur ».

Co-fondatrice du CECI, Marie-Laure travaille également avec l’association « Citoyennes d’Europe » et l’AEDE association européenne de l’éducation dont elle a tenu des responsabilités nationales.
Au CECI nous partageons sa fierté et sa joie d’être décorée de cette importante décoration fort bien méritée.

Emmanuel MORUCCI
Président du CECI

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Pour une éducation à l’Europe concrète

Le 15 mars dernier avait lieu, dans le Salon de l’Horloge du Quai d’Orsay, la remise du Prix Hippocrène de l’éducation à l’Europe 2022, en présence des ministres Jean-Michel Blanquer et Clément Beaune ; un événement labélisé (PFUE) Présidence française du Conseil de l’Union européenne. Cette reconnaissance institutionnelle a permis à la Fondation Hippocrène, à l’initiative de ce prix, de marquer l’importance d’une éducation à l’Europe dans l’action, idée inscrite dans sa philosophie depuis sa création en 1992. 

Hippocrène et Europe : de fortes et solides convictions

La Fondation Hippocrène s’appuie en effet sur des convictions fortes, confirmées par l’expérience de ses 30 ans d’existence. Ses fondateurs, Jean et Mona Guyot, sont des Européens de la première heure.
En 1952, Jean Guyot a é
té le premier responsable financier de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) aux côtés de Jean Monnet qui en était le Président. Ce fut le début d’une aventure : la CECA fut l’embryon de ce qui allait devenir l’Union Européenne. Il est impressionnant de constater à quel point les idées qui ont présidé à la création de la CECA sont restées d’actualité.
Tout homme de bonne foi reconnaît qu’il y avait là un principe profondément novateur dans les relations internationales et que cette innovation était porteuse d’efficacité. Le cadre institutionnel était inévitablement limité et des champs importants étaient laissés en dehors de cette première construction : l’espace culturel, les rapports entre les jeunes européens, la situation de catégories défavorisées ou la préservation du patrimoine commun.
 

Donner le goût de l’Europe

C’est à partir de cette analyse que la Fondation Hippocrène a été créée en 1992. Lidée est de faciliter « toutes espèces de projets concernant les jeunes Européens ou conçus par eux » avec l’ambition d’entretenir la flamme en transmettant l’esprit des “pères fondateurs”.

Fondation reconnue d’utilité publique, Hippocrène est également une fondation gérée par la famille des fondateurs, indépendante et privée. La Fondation Hippocrène a pour objectif de donner le goût de l’Europe aux jeunes Européens en soutenant la réalisation de projets concrets portés par ou pour de jeunes Européens dans tous les domaines qui permettent le partage au service d’une citoyenneté européenne commune, dans les projets où l’Europe devient le partenaire de leur engagement.

En 30 ans, la Fondation Hippocrène a soutenu plus de 1 200 projets et distribué 10 millions d’euros de dotation, permettant à 250 000 jeunes de participer activement à des projets qui leur donnent le goût de l’Europe.

Passer par l’Éducation

Partant du constat que pour que l’éducation à l’Europe touche le plus grand nombre elle doit être initiée à l’école, la Fondation Hippocrène décide en 2010 d’impulser une action d’envergure pour donner l’envie d’Europe aux élèves : le Prix Hippocrène de l’éducation à l’Europe, qui, conforme à lADN dHippocrène, s’appuie sur l’idée de faire vivre l’Europe concrètement aux jeunes.
Il s’agit d’un concours proposé aux établissements scolaires qui récompense les meilleurs projets de partenariat europé
en élaborés par une classe et ses professeurs. Il consiste à présenter un dossier mettant en perspective un projet original de partenariat européen élaboré par la classe avec son / ses professeurs.
Il s’
agit, dans le cadre d’échanges avec de jeunes Européens, de travailler sur toute thématique pouvant illustrer les enjeux et les valeurs communes de l’Union européenne (actions d’engagement, thématique d’action comme l’environnement, la lutte contre les discriminations, la défense des libertés, la promotion d’une culture européenne et de son patrimoine).

Un concours pour tous les jeunes

La force du Prix Hippocrène, c’est de permettre à tout type d’établissements, de professeurs et d’élèves de postuler et d’avoir des chances de remporter un prix : école rurale, lycée professionnel, enseignement agricole ; établissement élitiste, en zone urbaine, en zone prioritaire, établissement public ou privé, le partenariat européen s’adresse à tous ! 

Ce prix vise aussi à encourager et valoriser les établissements, les enseignants et les élèves qui s’engagent dans les échanges avec de jeunes Européens, dans la découverte d’une autre culture, à travers la réalisation d’un projet commun et la mobilité.

Six prix (5 de 5 000 et 1 de 10 000 €) sont décernés chaque année pour financer les projets proposés dans les catégories écoles primaires, collèges, lycées généraux, lycées professionnels, enseignement agricole. Un financement complémentaire est consacré au déplacement des élèves et enseignants lauréats à la cérémonie de remise des prix ainsi qu’à la valorisation du projet.

« Le Prix Hippocrène s’appuie sur cette conviction, validée chaque année par les professeurs, celle que des projets concrets menés ensemble par des jeunes de plusieurs pays européens sont motivants, riches d’enseignements et transforment naturellement leurs participants en Européens convaincus. »
Alexis Merville, Président de la Fondation Hippocrè
ne.

Soutien du Ministère de l’Éducation

Dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, la remise des prix a eu lieu au Quai d’Orsay, en présence des ministres Jean-Michel Banquer et Clément Beaune. Une très belle récompense pour les lauréats, une reconnaissance pour l’action de la Fondation Hippocrène, un véritable moment de grâce européenne.

Au-delà des félicitations et de l’émotion, cet événement a permis de souligner l’importance de faire découvrir aux jeunes une Europe concrète, celle qui se vit par la rencontre avec des jeunes Européens au travers de projets qui les motivent et les impliquent. Ce point a été relevé par le ministre Jean-Michel Blanquer qui l’a appuyé à l’issue de la cérémonie sur twitter « L’Europe plus que jamais nécessaire et vivante par nos enfants. Le Prix Hippocrène vise à faire découvrir ce qu’est concrètement l’Europe ».  

Le Prix Hippocrène de l’éducation à l’Europe est organisé en partenariat avec le Ministère de l’éducation nationale, le ministère de l’Agriculture, le soutien de la Représentation en France de la Commission européenne, avec la participation de l’agence Erasmus+ France, la Maison de l’Europe de Paris, Citoyennes pour l’Europe, l’AEDE-France, l’INSP (exENA) et Toute lEurope en partenaire media. 


Les lauréats 2022 :

  • Le Grand Prix (d’un montant de 10 000 €)   Collège Simone de Beauvoir, Crolles
  • Catégorie école primaire (d’un montant de 5000 €)   École Jean Renoir, Noisy-le-Sec
  • Catégorie collège (d’un montant de 5000 €)   Collège Saint Jude, Armentières
  • Catégorie lycée professionnel (d’un montant de 5000 €)   Lycée des métiers et des services Paul Gauguin, Orléans
  • Catégorie lycée général et technologique (d’un montant de 5000 €)   Lycée Fernand Daguin, Mérignac
  • Catégorie enseignement agricole (d’un montant de 5000 €)   LEGTA La Brie, Monbazillac

La page du site sur le prix hippocrène : http://fondationhippocrene.eu/prix-2022/

Publié par Dorothée Merville dans CECI dit, Dorothée Merville, 0 commentaire

Conséquences de l’invasion de l’Ukraine (partie 2)

III Les sanctions mises en œuvre par l’UE contre la Russie

Sur le volet financier, la Commission européenne a proposé de réduire l’accès des banques russes aux marchés financiers européens et d’exclure plusieurs banques russes du système bancaire Swift.

En raison de la dépendance de plusieurs pays européens à la fourniture de gaz russe, les banques impliquées dans le financement de Gazprom devraient être épargnées par cette mesure.

Sur les volets énergétique et industriel, les exportations de technologies liées aux secteurs pétrolier et aéronautique seront fortement limitées. La banque centrale russe fera également l’objet de sanctions, pour l’empêcher de soutenir les secteurs touchés par les mesures européennes de rétorsion : les pays de l’UE se sont engagés, aux côtés des États-Unis, du Canada et du Royaume-Uni, à geler leurs avoirs de la Banque de Russie.

L’espace aérien de l’UE a également été fermé aux compagnies russes et différents médias affiliés au Kremlin ont été interdits dans plusieurs pays européens afin de lutter contre la politique de désinformation russe. Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov et 26 oligarques russes ont vu leurs avoirs gelés en Europe, ce qui constitue une forme de sanction inédite dans l’UE. Le 28 février, l’UE a franchi un nouveau cap en matière de défense et de sécurité en annonçant la fourniture de 500 millions d’euros d’équipements militaires, dont des armes létales, au titre de la facilité européenne pour la paix (FEP).

La France a apporté son soutien à l’ensemble des sanctions proposées par la Commission européenne et a annoncé contribuer à hauteur de 300 millions d’euros aux 1,2 milliard d’euros d’aides macro-financières débloquées par la Commission européenne. La France va également fournir du matériel militaire à l’Ukraine, sans que la nature de ces équipements n’ait été précisée.

Le gouvernement britannique a annoncé sa participation aux sanctions financières conduites par ses voisins européen (blocage Swift, fermeture de l’espace aérien, gel des avoirs, etc.).

Le chancelier allemand, Olaf Scholz, a annoncé la suspension de la mise en service du gazoduc Nord Stream 2, devant relier la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique en contournant l’Ukraine.
Face à la menace russe, l’Allemagne a également décidé d’engager des sanctions sur le système interbancaire Swift et de se réarmer en annonçant un effort exceptionnel en matière de défense.
Olaf Scholz a en effet annoncé le déblocage d’une enveloppe exceptionnelle de 100 milliards d’euros pour moderniser son armée. Il s’agit d’un tournant majeur dans l’histoire du pays, qui entend désormais consacrer plus de 2% de son produit intérieur brut (PIB) à sa défense, au-delà des objectifs fixés par l’OTAN.

Le changement de ligne par l’Allemagne a été particulièrement significatif pour la Suède et la Finlande (tous deux membres de l’Union européenne mais pas de l’OTAN), qui ont réaffirmé leur droit à adhérer à l’Alliance atlantique si jamais ils le souhaitaient. La Suède et la Finlande, pays historiquement non-alignés, ont également annoncé vouloir fournir de l’assistance militaire à l’Ukraine.

En dépit de sa neutralité historique, la Suisse a annoncé suivre la position de l’Union européenne (UE). Une annonce importante du fait de la place du pays dans les finances russes et dans le négoce de pétrole et de gaz. Le ministre des Finances a par ailleurs souligné que les avoirs des personnalités qui se trouvent sur la liste noire de l’UE « étaient gelés avec effet immédiat ».

À rebours de ses partenaires européens, le président de la Pologne Andrzej Duda a signé une déclaration conjointe avec ses homologues de Bulgarie, Tchéquie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie et de Slovénie pour ouvrir un processus de négociation sur l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.

Publié par Franck Arnaud dans CECI dit, Franck Arnaud, 1 commentaire

Conséquences de l’invasion de l’Ukraine (partie 1)

Les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’affirmation des valeurs de l’UE

L’indépendance ukrainienne est proclamée le 24 août 1991 et confirmée par le référendum du 1er décembre 1991 (90,5% des électeurs votent en faveur de l’indépendance).

Depuis son indépendance, l’Ukraine est divisée entre une partie de la population, dans le sud-est du pays le Donbass peuplé par des russophones, et une autre partie, plus à l’ouest, qui souhaite se rapprocher de l’Europe. Ces deux camps s’affrontent une première fois en 2004, lors de la « révolution orange », une protestation qui dure deux mois et porte au pouvoir le président Viktor Iouchtchenko, un pro-européen aspirant à une intégration de son pays au sein de l’Alliance atlantique. Il ouvre également les archives de l’ancien KGB et inaugure un mémorial pour l’Holodomor, la famine provoquée en 1933 par Staline. 

En 2010, Viktor Ianoukovitch, originaire du Donbass, arrive au pouvoir et envisage un rapprochement avec la Russie à travers une éventuelle adhésion à l’union douanière eurasiatique. Ce choix provoque en novembre 2013 la révolution de Maïdan qui provoquera une centaine de victimes. La contestation l’emporte malgré tout en février 2014, entraînant la fuite de Viktor Ianoukovitch en Russie. 

Un nouveau gouvernement « pro-européen » s’installera à Kiev. La Russie dénoncera un « coup d’État » mené par une « junte nazie » et réagira en annexant la Crimée en mars 2014. 

Un accord négocié à Minsk, en février 2015, sous médiation franco-allemande vient apaiser la situation. Ces accords de paix prévoyaient un cessez-le-feu immédiat, le retrait des armements lourds, l’échange de l’ensemble des prisonniers, des réformes constitutionnelles en Ukraine ainsi que l’organisation d’élections dans les territoires tenus par les minorités russophones. Ils posaient également comme principe le maintien des territoires autoproclamés autonomes de Louhansk et de Donetsk dans le giron de l’Ukraine.

Malgré des tensions persistantes dans le Donbass qui ont fait plus de 14 000 morts depuis 2014, l’Ukraine affirme son indépendance en se rapprochant de l’Europe et affiche de plus en plus sa volonté d’entrer dans l’OTAN.

De plus, dans ce contexte l’économie de l’Ukraine se tournera de plus en plus vers l’Europe, alors que le commerce avec la Russie s’amenuisera. Monsieur Volodymyr Zelensky, élu président en 2019, maintiendra cette orientation.

Cette situation qui conduira la Russie à attaquer l’Ukraine en violation de toutes les règles du droit international et des droits fondamentaux provoquera l’ouverture d’une enquête par Procureur de la Cour pénale internationale (I), le recours par les institutions européennes à des outils juridiques pour permettre aux populations déplacées de pouvoir être protégées par les États européens (II) et la mise en œuvre de sanctions exemplaires (III)

I L’ouverture d’une enquête par le procureur de la Cour Pénale internationale et réaction des avocats en Europe, en Ukraine et en Russie

L’ouverture d’une enquête par le procureur de la Cour pénale internationale , Karim KHAN, sur des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre qui seraient perpétrés sur le territoire ukrainien désigne la Russie comme auteur présumé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Il faut se rappeler que la Cour pénale internationale est une juridiction pénale internationale permanente qui siège à La Haye chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre. Elle est intervenue concernant des affaires qui se sont déroulées au Soudan, en Libye, etc.

Actuellement, des avocats se sont mobilisés pour intervenir et assister les personnes ukrainiennes déplacées dans leurs demandes de protection temporaire en se rapprochant de confères polonais mais aussi en recherchant une prise de contact avec des avocats ukrainiens.

En parallèle, il faut souligner que des avocats russes se sont prononcés en faveur du respect de l’État de droit et de la cessation des hostilités.

II La mise en œuvre du droit européen en faveur des personnes déplacées par le Conseil de l’UE et la Commission européenne

A. La DIRECTIVE 2001/55/CE DU CONSEIL du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil 

Le Conseil de l’Union européenne a mis en œuvre les dispositions de la directive 200155 du 20 juillet 2001. Cette directive instaure des règles minimales pour l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées. C’est en se basant sur ce dispositif juridique, que des personnes pourront être assistées et bénéficier d’un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour les accueillir.

En effet, les personnes déplacées peuvent bénéficier, dans tous les États membres, de la protection temporaire et ce indépendamment d’une demande de protection internationale.

Ainsi, lorsque le mécanisme déclenché, les bénéficiaires de la protection temporaire se voient accorder un titre de séjour leur permettant de travailler et jouissent d’un socle minimum de droits sociaux et du droit de déposer une demande d’asile.

L’ensemble de la communauté juridique européenne et internationale ont rappelé que les États devaient respecter les obligations, valeurs, libertés et principes fondamentaux énoncés dans la Charte des Nations Unies, le Statut du Conseil de l’Europe, la Convention européenne des droits de l’homme et l’ensemble des principes généraux du droit international public et du droit international humanitaire.

B. La Décision de la Commission européenne 

De son côté, la Commission européenne a également demandé aux États membres de l’Union Européenne de mettre en œuvre les dispositions de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001.


La suite de l’article est ici : https://cercle-ceci.eu/consequences-de-linvasion-de-lukraine-partie‑2

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Pour une Ukraine libre et européenne

Ambiance émouvante au moment où le président Zelensky a pris la parole au Parlement européen en visioconférence.
 Son discours est celui d’un homme politique debout faisant face à son ennemi mais aussi capable de demander de l’aide. Il émanait de lui dignité, humilité et force. Il a exhorté l’Union européenne à ne pas laisser tomber son pays agressé par l’armée russe. Il a aussi, et c’est important de le souligner, tant dans les faits que symboliquement, renouvelé sa demande d’adhésion à l’Union européenne. Il avait signé le document officiel devant ses réseaux sociaux presque en catimini.
On le sait, cette adhésion ne peut se faire en l’état, dans la précipitation de la guerre. Mais martèle-t-il « Nous avons prouvé notre force. Prouvez donc que vous êtes avec nous, alors la vie l’emportera sur la mort et la lumière sur les ténèbres ».

Dans un précédent article l’hypothèse d’un acte fort et solidaire de l’UE, l’invitant à faire preuve de sa capacité à une réponse vigoureuse et au soutien sans réserve à l’Ukraine, était posée.
L’UE l’a fait et bien fait. Elle apporte la preuve de sa puissance qu’elle ne connaissait peut-être pas. Puissance économique certes mais aussi politique dans son rôle de défense lorsqu’elle s’engage dans une réponse ferme mais de construction de la paix. C’est une image nouvelle et peut-on le dire un tournant radical au vu de sa culture des décennies précédentes.

Plusieurs amis membres ou contributeurs du CECI (et d’autres) demandaient un accès rapide pour l’Ukraine à l’UE précisant que l’engagement d’un processus d’adhésion est une alternative, un substitut à l’impossible adhésion à l’OTAN. Les eurodéputés ont adopté une résolution, non contraignante, pour demander à l’UE d’accorder à Kiev le statut de candidat. C’est un vrai premier pas.
Le message fort de Roberta Metsola la présidente du Parlement européen est clair : « le Parlement européen soutiendra la candidature d’adhésion de l’Ukraine à l’Union tout au long du processus ».
Mais le Président Michel l’a aussi rappelé : « les positions ne sont pas toutes les mêmes au sein des États membres ». Le ministre français des Affaires étrangères Jean Yves Le Drian semblait même dire que « l’on en parlerait le moment venu ». Il n’a pas tort, l’avenir nous le dira.

Dans l’immédiat c’est le soutien sans réserve à l’Ukraine qui compte. À l’Ukraine et aux pays voisins, aux États membres de l’UE menacés eux aussi. Nous sommes désormais engagés, les uns et les autres, dans un conflit de dimension mondiale. Bien sûr nous n’enverrons pas – pour l’heure – de troupes sur le territoire ukrainien mais les sanctions prises par la communauté internationale auront des effets à long voire très long terme. Et nous ne sommes pas à l’abri de provocations russes dans d’autres régions du monde. Je pense ici au Mali où les troupes françaises préparent leur retour.

À propos des sanctions des pays européens, la présidente de la Commission Ursula van der Leyen s’est dite « être fière de notre Union qui fait preuve d’une volonté commune ». Notre présidente est au fait des difficultés qui nous attendent. Je cite : « Je suis bien consciente du fait que ces sanctions auront un coût pour notre économie également. Je le sais bien et je tiens à être honnête avec les citoyens européens. Nous avons subi deux années de pandémie. Et nous espérions tous pouvoir nous concentrer sur la relance de notre économie. Mais je crois que les citoyens européens comprennent très bien que nous devons nous opposer à cette cruelle agression. Oui, protéger notre liberté a un prix. Mais l’heure est grave. Et c’est un prix que nous sommes prêts à payer. Parce la liberté n’a pas de prix ».

Concernant le souhait d’adhésion, elle ouvre la porte tout en sachant que le processus est toujours très long. Mais son discours est éloquent et tout est dit : « Le Président Zelenskyy et le peuple ukrainien sont une véritable source d’inspiration. La dernière fois que nous nous sommes parlé, il m’a fait à nouveau part du rêve de son peuple d’adhérer à notre Union. Aujourd’hui, l’Union et l’Ukraine sont déjà plus proches que jamais. Il reste un long chemin à parcourir. Nous devons mettre fin à cette guerre. Et nous devrions parler des étapes à venir. Mais j’en suis sûre : personne dans cet hémicycle ne peut douter qu’un peuple qui lutte si courageusement pour nos valeurs européennes a sa place dans notre famille européenne ».

La guerre en Ukraine n’a pas divisé les Européens. Bien au contraire. De la guerre, des heures sombres, de la peur, de la mort renaîtra une Ukraine libre de ses choix et va s’ouvrir, après cette énième crise, une étape nouvelle et fondamentale pour l’Union européenne. D’autant plus que la Géorgie et la Moldavie ont déposé une demande d’adhésion. Le monde d’avant est bel et bien terminé. L’approfondissement de l’UE est nécessaire.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, 0 commentaire