Mois : novembre 2020

Décès de Jacques Le Masson

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le départ de notre ami Jacques Le Masson.

Jacques était un compagnon de route depuis de nombreuses années des équipes de la Maison de l’Europe de Brest puis du Cercle Europe Citoyennetés et Identités.

Il avait été le trésorier de la Maison de l’Europe et membre du Conseil d’administration et du Bureau.

Pas toujours souriant (c’était sa nature) mais toujours pointilleux, Jacques savait toucher du doigt chaque question pertinente. Et son air parfois bougon cachait difficilement une réelle forte implication et une solide complicité avec l’équipe.

Tous ces derniers mois, il s’est battu avec beaucoup de courage contre la maladie. Il disait sa souffrance mais sans la montrer. Dernièrement, nous échangions sur les livres qu’il aimait, ses recherches, son goût pour trouver des livres anciens. Il adorait l’histoire, et l’Europe était sa passion. Il s’intéressait aux sociétés savantes.

Depuis des années, chaque jour, Jacques préparait assidument une revue de presse exhaustive sur l’actualité économique et européenne. Il le faisait encore il y a quelques jours auprès de ses nombreux abonnés même depuis son lit d’hôpital.

Lui qui avait mené une vie professionnelle au sein d’un grand groupe international qui l’avait amené à voyager, il avait, à sa retraite, rejoint l’équipe de la Maison de l’Europe de Brest et Bretagne Ouest et souvent, il représentait notre structure dans des rencontres européennes ou nationales auprès de la Fédération Française des Maisons de l’Europe ou celles du grand ouest.

Désormais Jacques repose en paix dans son pays d’Henvic.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, 0 commentaire

Solidarité européenne : une idée solide ?

La solidarité européenne en tant que valeur fondamentale a été convoquée à maintes reprises ces dernières semaines par les gouvernants. Relance économique et emprunt européen, Brexit, crise sanitaire, recherche médicale, soins intensifs, crise en Méditerranée, immigration clandestine et attentats font qu’elle est partout.

La solidarité est au cœur de ce qui fait, depuis l’origine, la construction européenne. Mais le concept de solidarité est polysémique : s’il ne faut pas l’entendre ici uniquement dans son acception française d’aide sociale ou dans celle très britannique de charity, elle signifie, dans la perspective des textes européens « obligation communautaire, projet commun, valeurs partagées, bien commun ». Ainsi, la solidarité européenne est à la base de l’ensemble du système communautaire. C’est une obligation réciproque d’aide, d’assistance et de collaboration entre les membres de l’UE et elle marque la communauté de fait en vertu du lien qui les unit. Ici, en termes européens, « solidarité » veut donc dire autorité et unité européenne.

Robert Schuman l’avait affirmé : « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble, elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». Prescient, il avait bien l’intuition qu’aucun État européen ne pouvait assurer seul son développement intégral, mais qu’au contraire unis, les États européens iraient de concert vers des « réalisations concrètes ». Il lançait ainsi avec Jean Monnet le projet d’une « intégration sectorielle » qui évolue par des « coopérations sans cesse plus étroites ». Aujourd’hui, c’est bien le cas.

Des réalisations et une réalité

Bien que les opposants à l’intégration se soient manifestés en dénonçant l’existence d’un super État qui s’imposerait depuis Bruxelles, il est aisé de constater que sans l’UE, les États membres seraient sur de nombreux points en difficulté ; le Brexit en est un exemple. On peut le dire, c’est une mise en lumière d’un glissement des solidarités nationales vers une prise de conscience d’une solidarité commune et durable. Autrement dit, nous évoluons progressivement d’une Europe des solidarités nationales vers une solidarité réellement européenne. Ainsi, la mutualisation de la dette engendrée par le plan de relance est un acte fondamental que l’on peut qualifier de fédéraliste.

Il suffit de regarder de près quelques chiffres de la lutte contre la Covid : un plan de relance de 750 Md€ pour soutenir les économies des États membres, 140 M€ pour la recherche d’un vaccin, mais aussi 125 M€ pour le mécanisme européen de protection civile pour le cofinancement des vols de rapatriement des citoyens européens, et la liste n’est pas exhaustive.

L’élément principal est la réalisation d’un emprunt par l’UE. C’est une véritable innovation dans la gestion de la communauté car, il faut le rappeler, contracter un emprunt n’est pas dans les compétences de l’Union européenne. Mais face à l’adversité, la résilience est de mise, et il y a un début à tout. La situation illustre bien la citation de Jean Monnet : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise ».

Pour autant, la solidarité ne s’est pas faite sur ce plan de relance dans l’harmonie ni la spontanéité fraternelle qui caractérisait la vision schumanienne. S’il y a solidarité in fine, les États membres sont restés campés sur des positions nationales. Tout cela peut mettre en jeu la stabilité économique, sociale et politique de l’UE. Il s’en est fallu de peu de voir jaillir des inégalités nouvelles entre États membres, ce qui révèle une fois encore les difficultés qu’éprouve le Conseil à faire du plan de relance un instrument de financement des économies européennes. Et s’il est aujourd’hui validé, il n’en va pas de même pour la confirmation des emprunts.

En effet, un groupe de pays dits « frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark) ne veulent pas d’une dette commune, tout comme ils se méfient d’une solidarité budgétaire. Toutefois, en échange de leur bonne volonté ces pays ont obtenu, par négociations, des rabais supplémentaires à leur contribution au budget de l’UE : environ 900 millions qui manqueront chaque année au budget commun. Malgré le forcing du Parlement européen, quelques programmes européens, dont Erasmus, risquent de se voir amputés de quelques augmentations pourtant très attendues.

Une certaine vision de l’Europe

Alors, peut on parler de solidarité au rabais ? Sans doute pas. La solidarité est une culture tout comme l’est l’État de droit. Mais il apparaît que la solidarité constituera une des valeurs fondamentales de l’Europe à venir. Le Brexit a marqué la prise de conscience de la nécessité de l’Union et les Européens ont tenu bon. Il est intégré que face à d’autres régions du monde comme les USA, la Chine, l’Inde ou la Russie, les membres de l’UE devront répondre de façon solidaire, c’est-à-dire parler d’une seule voix. Il faudra, et la Covid et les actes terroristes en sont en la matière le déclencheur, une autre manière de voir et de concevoir l’Europe. Que ce soit en matière d’économie, de politique étrangère, de défense, sur les questions des droits de l’homme, de la dignité de la personne humaine, de l’environnement, de la recherche fondamentale et appliquée, ou encore la culture, seules des mesures coordonnées éviteront le chacun pour soi.

Ces défis à relever font vivre aux Européens de véritables leçons du « vivre ensemble et en même temps ». Ces crises successives de notre temps, que nous maîtrisons plus ou moins efficacement, montrent que nous sommes tous dans le même bateau. L’interdépendance des États membres est désormais clairement assumée. Les priorités de la présidence allemande avec son slogan éloquent « Ensemble pour la relance de l’Europe » donnent le ton.

La future présidence française, à la suite du Portugal puis de la Slovénie, devra en 2022 en assurer non seulement la continuité et mais surtout l’approfondissement.

« L’Europe se fera par crises successives » prédisait Robert Schuman ; il avait raison. En matière de crise, l’Europe est certes bien servie, c’est devenu son quotidien. Mais c’est là aussi que se trouvent les ressorts de sa capacité à avancer et de son évolution vers des solidarités objectives de plus en plus fortes et « sans cesse plus étroites ».

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Joe Biden : un nouveau départ pour l’Europe ?

Si l’on en croit les développements des derniers séjours, le président élu des États-Unis promet de changer les relations extrêmement dégradées de la première puissance mondiale avec l’Europe.

Joe Biden a en effet déclaré que les États-Unis étaient « de retour dans le jeu » et qu’il ne s’agirait pas d’une « Amérique seule » mais d’un nouveau dialogue fructueux avec l’Union européenne.

Oublier le cauchemar Trump

De fait, pendant quatre années, l’Europe n’a eu droit qu’à des reproches et rodomontades de la part de Donald Trump. On savait depuis le début de son mandat que le 45e président des États-Unis n’avait pas la dimension d’un homme d’État, qu’il se comporterait tel un homme d’affaires uniquement préoccupé par la volonté de faire fructifier son propre business décliné sous l’expression « America first », de la même façon qu’il gérait ses affaires de la Trump Organization.
Donald Trump avait en outre une grave faiblesse en faveur des régimes durs, voire des dictateurs, tels que Kim Jong-un et Vladimir Poutine avec qui il aura eu des séances diplomatiques d’autant plus risquées qu’elles ont mis en cause la sécurité même des États-Unis d’Amérique et du monde occidental.

Les premiers jours prometteurs de Joe Biden

L’administration Biden va donc renouer avec l’Europe et c’est heureux. D’ailleurs, les premiers entretiens avec les chefs d’État et de gouvernement suite à son élection ont été encourageants.
Le président élu, après avoir appelé le Premier ministre canadien Justin Trudeau – ce qui est logique s’agissant du premier pays voisin d’Amérique du Nord – a, en premier lieu, appelé le Premier ministre irlandais, Micheal Martin.
Cet entretien est symbolique : d’une part, Joe Biden rappelle ainsi ses origines irlandaises, d’autre part, il envoie un signe très clair à Boris Johnson en ce sens qu’il ne laissera pas sacrifier la paix en Irlande du Nord, notamment l’accord du Vendredi saint partir en fumée lors de la fin de la période transitoire liée au brexit le 1er
janvier 2021.
La rumeur selon laquelle Joe Biden nommerait l’ancien président Barack Obama comme ambassadeur à Londres sonne comme une sorte d’avertissement au Premier ministre britannique. Barack Obama, président des États-Unis, s’était en effet prononcé contre le brexit lors de sa visite à Londres au mois d’avril 2016, quelques semaines avant le vote fatidique.

Les nombreux sujets de friction

Les sujets de friction avec l’Europe ne manquent pas : sur l’environnement, la politique agricole commune et commerciale, la contribution des différents États membres de l’OTAN à leur propre défense, l’accord sur le nucléaire iranien pour lequel la Chancelière allemande Angela Merkel avait joué un rôle essentiel.

Sur le premier point, alors qu’à la fin de la campagne Donald Trump avait prononcé le retrait effectif des accords de Paris sur le climat, Joe Biden a annoncé qu’il les réintégrerait immédiatement après sa prise de fonction le 20 janvier 2020. Il s’agit d’un geste fort qui permettra aux États-Unis de remplir les objectifs fixés de réduction des gaz à effet de serre.

Sur le reste, le dialogue sera somme toute fructueux et cordial. Toutefois, il faudra juger l’administration Biden sur pièces. S’agissant de l’accord nucléaire, l’administration Trump a encore deux mois pour durcir les sanctions contre ce pays comme il en a l’intention. Il sera difficile de revenir en quelques jours ou semaines sur ces sanctions, même si Joe Biden a décidé de revoir les décisions prises par Trump à ce sujet.

À tout le moins, les entreprises européennes espèrent qu’il sera mis un terme aux sanctions financières imposées aux entreprises qui font du commerce avec l’Iran. Toutefois, la nouvelle administration devra peser le pour et le contre, notamment afin de préserver ses relations avec Israël qui s’estime plus que jamais menacé par l’Iran, pays qui avec la Syrie veut étendre son influence sur la région. Les États-Unis pourraient aussi contrarier la France sur la formation d’un nouveau gouvernement au Liban qui a jusqu’à présent échoué par rapport aux intentions initiales de la France. Il n’y a aucune raison que la nouvelle administration change d’avis sur son refus de voir le Hezbollah, même sous sa branche politique, jouer un rôle essentiel dans la poursuite du processus politique au Liban.

L’enjeu du protectionnisme et du libre-échange

En ce qui concerne la politique commerciale, les enjeux sont là aussi importants. N’oublions pas que Joe Biden a dit qu’il gouvernerait pour tous les Américains et donc pour les électeurs (72 millions) qui ont voté pour Donald Trump. Or les États-Unis, notamment les agriculteurs, n’ont eu de cesse au cours des dernières années, de condamner le protectionnisme européen, notamment à travers sa politique agricole commune. Là aussi, la pression va continuer à s’exercer sur l’Europe.

S’agissant des taxes, objet d’un contentieux fourni avec les États-Unis, la France et l’Europe vont persister dans leur volonté de taxer les grands groupes du numérique (les GAFA). Toutefois, les États-Unis seront inflexibles sur ce point. N’oublions pas que la nouvelle vice-présidente élue, Kamala Harris, est issue de Californie où elle fut sénatrice. Dans cette région sont situés les plus grands groupes concernés et il ne saurait être question qu’elle avalise encore plus des taxes sur les groupes qui sont le symbole de la Silicon Valley.
La nouvelle administration pourrait ainsi menacer de taxer les grands groupes français prestigieux, notamment dans le secteur de la mode, qui sont exportateurs aux États-Unis, mais aussi dans les secteurs des parfums et du vin. Rappelons la phrase de Joe Biden :
« La politique étrangère commence à la maison ».

La politique stratégique et la sécurité

S’agissant de l’OTAN, il est évident que l’Europe n’aura pas d’autre choix que de continuer à œuvrer en faveur d’une stratégie renforcée d’autonomie sur le plan de sa défense militaire. L’objectif d’un niveau de 2% de PNB consacré à la défense nationale devra être poursuivi.

Enfin, n’oublions pas que l’Europe n’est devenue qu’un pôle parmi d’autres de la politique étrangère américaine. Barack Obama l’avait ainsi réorientée vers l’Asie où se déplacent les rapports stratégiques de plus en plus importants.
Pour cette raison, le président turc Erdogan ne devrait pas avoir trop de souci avec Joe Biden dès lors que ce pays membre de l’OTAN reste un élément-clé dans la stratégie de la sécurité européenne mais aussi américaine face à une Russie de plus en plus influente sous l’égide de Vladimir Poutine.

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Publié par Patrick Martin-Genier dans CECI dit, Patrick Martin-Genier, 0 commentaire

Enseigner l’Europe en France

La défiance des Français envers lEurope saccompagne généralement dune profonde méconnaissance des institutions et des cultures européennes. Ce constat amène à s’interroger sur le rôle de l’école dans la formation du citoyen européen. Quels sont les contenus des enseignements dispensés ? À quels objectifs répondent-ils ? Comment la France se situe-t-elle par rapport à d’autres pays ?

Thierry Chopin, professeur de science politique à l’université catholique de Lille, a entrepris, en collaboration avec Guilaine Divet, assistante de recherche (ENS, rue d’Ulm), de répondre à ces interrogations.

Le rapport « Enseigner lEurope en France – Ancrer la dimension européenne dans lenseignement secondaire français » (Institut Jacques Delors, octobre 2020) repose sur une étude critique des programmes de quatre disciplines-clé: histoire, éducation civique, géographie, langues vivantes, dans quatre pays : France, Allemagne (lander Rhénanie-Palatinat et Saxe), Italie et Suède. L’analyse couvre lensemble du second degré, y compris lenseignement professionnel ; elle est complétée par un certain nombre de recommandations.

Dans lenseignement de lhistoire, le rapport regrette une approche trop franco-centré: les phénomènes transnationaux, communs à un grand nombre d’États européens, sont traités le plus souvent à partir de lexemple français, lEurope étant reléguée au second plan, comme une simple toile de fond. Louverture à l’Europe se limite généralement aux États dEurope occidentale. Quant à la construction européenne, elle est présentée sous une forme descriptive et technique souvent peu captivante pour les élèves.

La situation nest guère meilleure chez nos voisins : le cas allemand montre une prise en compte limitée de la pluralité des États européens, en Italie les programmes affichent clairement une dimension européenne, mais on est loin de la mise en perspective européenne des faits historiques, en Pologne les nouveaux programmes dénotent une tendance néo-nationale et un appauvrissement de la dimension européenne, en Suède enfin lEurope est absente des intitulés des thèmes à l’étude !

Le bilan de léducation civique n’est pas très positif. Lanalyse des enjeux européens est reléguée au second plan : en France, le développement dune citoyenneté européenne ne fait pas partie des principaux objectifs de formation. En Allemagne, on observe un intérêt ponctuel pour les questions européennes, en Italie, un éveil des élèves à l’Europe multilingue tandis que la Pologne a réduit la place accordée aux enjeux européens et se contente dune logique descriptive, tout comme la Suède.

Les mêmes tendances se retrouvent dans lenseignement de la géographie : la géographie nationale ou mondiale, augmentée de nouvelles thématiques environnementales et de développement durable, laisse peu de place à l’espace européen. Le plus souvent on ne dépasse pas le stade dune brève découverte de lespace naturel et culturel européen en début de cursus (Suède), sauf lorsquon propose d’étudier un cas d’échanges transfrontaliers (programme français de 3e). L’Italie pour sa part semble viser une prise en compte équilibrée des échelles nationale, européenne et mondiale.

Pour lenseignement des langues, lobjectif de deux langues étrangères obligatoires est loin d’être partout atteint : en France, cet apprentissage est généralisé dans les filières générales et technologiques (98,6% contre 51,2% à l’échelle de lUE), mais il ne concerne quun tiers des élèves des lycées professionnels (34,5% à l’échelle de lUE). Quant aux classes bi-langues qui se sont développées depuis quelques années, elles naccueillent encore que 15,6% des élèves de sixième.

Si on a augmenté la durée des horaires sur lensemble de la scolarité obligatoire avec lintroduction dun enseignement linguistique dans le premier degré, il nest pas dit que cet effort ait beaucoup amélioré les compétences linguistiques des élèves français qui restent au plus bas niveau en Europe.

Quant à l’objectif de diversification, il est loin d’être partagé : la prédominance de langlais ne laisse quune part réduite aux autres langues. Les démarches de sensibilisation au plurilinguisme sont marginales. Dans les sections européennes, lenseignement dune discipline non linguistique dans une langue étrangère se fait généralement en anglais quand il ne se transforme pas en une heure danglais supplémentaire.
On oublie ici le projet initial qui est d
augmenter le temps dexposition à une langue étrangère sans alourdir les horaires.

Ces données posent lincontournable question de la formation des maîtres, et de la nécessité de repérer les compétences linguistiques des native speakers indépendamment des certifications académiques.

Amer savoir que lon tire de ce voyage, pourrait-on dire en paraphrasant BaudelaireLe rapport est riche denseignements et de propositions et on trouve, chemin faisant, des exemples intéressants à suivre ou à adapter. On peut regretter toutefois quil ne mentionne pas les programmes d’échanges qui peuvent dynamiser les apprentissages linguistiques, sils sont conçus sur la base de projets pédagogiques et non comme de simples divertissements touristiques.

On peut regretter aussi quil ne prenne pas en compte les autres disciplines où il est possible dintroduire une dimension européenne et pluriculturelle (ex. français, langues anciennes, arts plastiques, musique…) : la Renaissance, les Lumières, le Romantisme ou la Révolution industrielle sont par exemple la source de repères culturels et dune mémoire collective commune.

La place de lEurope dans les programmes scolaires reflète le rapport des pays à l’Europe. Rien d’étonnant à ce que la Suède y manifeste moins d’intérêt que les pays fondateurs. Par ailleurs, les programmes sont construits en fonction de contraintes horaires et de logiques disciplinaires. Nulle part, on ne sent la recherche dune cohérence globale, qui situerait la dimension européenne à chaque niveau et dans chaque matière.

Cette compétence européenne est un élément essentiel de la construction du citoyen. Une compréhension géopolitique binaire la France/le monde (1) ne permet pas aux élèves de se projeter à l’échelle européenne en tant que citoyens actifs. Comme la IIIe République a su construire un roman national, il nous reste à construire un roman européen, prenant en compte les diversités qui fondent notre identité culturelle. Cette tâche nincombe pas uniquement à l’École, mais plus que jamais, l’École doit y prendre toute sa part.

(1) « Comme futurs citoyens, (les élèves) auront à agir dans un monde et une France en mutation. » Programme d’histoire-géographie de seconde générale et technologique, BOEN spécial n° 1 du 22 janvier 2019.Enseigner

Publié par Claude Oliviéri dans CECI dit, Claude Oliviéri, 0 commentaire

Rapport Chopin : une erreur déterminante ?

« Enseigner l’Europe en France », tel est l’objet des 126 pages de l’étude menée par Thierry Chopin* pour l’institut Jacques Delors : une étude riche, fouillée, comparative, constituée de constats et de recommandations fortes. Appuyée dans la préface par les propos déterminés de Clément Beaune, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, l’on ne peut que se réjouir de la publication et mise à disposition d’un tel outil.

Certes, mais… dès le sous-titre « Ancrer la dimension européenne dans l’enseignement secondaire français » apparaît un questionnement : pourquoi une telle étude, d’une telle qualité, menée par des personnes aux expertises et compétences avérées, fait-elle abstraction de l’enseignement élémentaire ?
Cela ressemble fort à une erreur de base : de manière factuelle tout d’abord puisque les derniers programmes de l’Éducation nationale par le redécoupage des cycles regroupent les niveaux CM1, CM2 et 6e dans le cycle 3.
Mais aussi de manière pragmatique : l’école maternelle et primaire joue un rôle déterminant par la présence ou la carence des apprentissages, et pas seulement pour l’apprentissage de la lecture très souvent cité.

Ne commencerait-on à parler à un enfant qu’à l’âge de deux ou trois ans sous prétexte qu’avant il n’en est pas capable ? N’est-ce pas plutôt parce qu’on lui parle dès la naissance (et même avant !) qu’il le fera ensuite ?

Cet exemple peut paraître simpliste mais il met en évidence une vision non seulement réductrice mais fortement erronée. Certes, le rapport ne dit pas le contraire, mais l’absence d’analyse sur les premières années de scolarité et apprentissages est révélatrice d’une vision selon laquelle les choses sembleraient commencer dans l’enseignement secondaire.

Si l’on veut dénoncer l’immobilisme, rectifier le menu peau de chagrin de l’éducation à l’Europe, et proposer des remédiations pour sortir de l’échec actuel d’appropriation de notre destin européen, on ne peut pas faire abstraction de ces 8 premières années de scolarité : oui, vous avez bien lu, 8 ans pendant lesquels des choses se font et se feront… ou pas.
Et ça, c’est déterminant.

*https://institutdelors.eu/publications/enseigner-leurope-en-france/

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Marie-Laure Croguennec, 0 commentaire