L’Europe fédérale comme enjeu démocratique

Ali Ait Abdelmalek
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« L’Europe fédérale comme enjeu démocratique : approche sociologique de la complexité identitaire »

Après les Pays-Bas et avant l’Allemagne à l’automne, la France a eu l’occasion d’élire son nouveau président Emmanuel Macron (le 7 mai 2017), puis ses députés, en juin. Un événement évidemment majeur et déterminant, non seulement en France mais aussi pour l’ensemble de l’Europe car, avec ses partenaires, le futur chef de l’État a eu – et a encore – pour mission, de décider de l’avenir de l’Union européenne, actuellement confrontée à de très nombreuses crises. Toute l’Europe s’est ainsi mobilisée pour décrypter et analyser la place, encore très incertaine, qui a été réservée à l’Europe dans l’élection présidentielle française.

Plus nous réfléchissons, en tenant compte des élections précédentes, plus nous pensons que l’Europe a été négligée dans les débats politiques récents, mais aussi, malheureusement, dans les recherches scientifiques, et ce, non seulement par les historiens mais aussi par les sociologues et politistes. Pourtant, notre manière de nommer les choses en Europe et les idées pour toute une série de mots sont héritées du latin, à travers le Moyen Âge, mais aussi du grec ! On sait, aussi, que l’Europe, par rapport aux autres continents (i.e. : Chine, Russie, USA), a réussi une percée spectaculaire dans divers domaines (scientifique, culturel, économique, social et politique). Certes, cela est dû non pas à ses seuls et propres mérites mais, comme le suggérait le sociologue Norbert Elias, « à une conjonction de circonstances ». Elle ne doit, en fait, ni le regretter ni en avoir honte et, dans la mesure où les citoyens se sentent Européens, il ne serait que temps d’affirmer plus encore cette identité commune…

La culture, fait social complexe et facteur d’unité

Même si la réalité européenne, aujourd’hui comme hier, est celle d’un espace culturel, il est évidemment très difficile de fixer les frontières : la Grèce (la philosophie, à Sparte et à Athènes en particulier) nous a légué la raison, l’esprit logique, l’idée d’infini, d’absolu, mais aussi une certaine idée de perfection artistique. De Rome, viennent, dit-on aussi, le droit et la vertu militaire, mais aussi le sens civique, l’organisation politique. La Palestine, comme le rappelait si bien le philosophe polonais Leszek Kolakowski, nous a transmis « cet ordre divin qui nous dépasse, la fraternité universelle et la dignité inaliénable de chaque être humain ». On pourrait ajouter les apports de la culture viking et celle, notamment en Bretagne (à Rennes, Quimper, Brest et ailleurs dans la Région), des Celtes, et bien d’autres cultures encore. Si l’une des composantes de cet héritage tombe dans l’oubli, « c’en est fait de l’Europe », pensent la plupart des intellectuels, dont Jürgen Habermas, philosophe allemand, et tellement d’autres, à ce sujet. Pour le reconnaître, il nous a fallu rencontrer la fameuse « culture spectacle », dont parlait le penseur, et essayiste, situationniste Guy Debord, qui vise avant tout l’efficacité et élimine toute digression apparemment inutile : un spectacle (i.e. : un « événement » comme on dit à la télévision…) chasse l’autre, l’actualité semble ainsi abolir la mémoire. En effet, la mémoire collective « fait référence aux représentations qu’un groupe partage de son passé »1. Bien entendu, il n’y a pas de définition consensuelle en matière de « mémoire collective », laquelle consiste « à attribuer une faculté psychologique individuelle – c’est-à-dire la mémoire – à un groupe, comme une famille ou une nation »2. Pour reprendre la définition de l’historien Pierre Nora, on rappellera, ici, et concernant l’Europe, qu’il s’agit du « souvenir ou l’ensemble de souvenirs, conscients ou non, d’une expérience vécue et/ou mythifiée par une collectivité vivante de l’identité dans laquelle le sentiment du passé fait partie intégrante »3.

Ainsi, les Français sont, à l’évidence, « Européens ». Sinon, quoi d’autre ? Et comme en contrepoint, ils sont confrontés, dans une situation de crises (économique, politique), à une nostalgie de l”« identité nationale »… Dans cette confrontation, une nouvelle idée de l’Europe se dessine, aussi éloignée, visiblement, de celle du Général de Gaulle (selon lui, pour reprendre ses mots : « Un truc, un organisme bizarre », « volapük intégré »… Une façon de renvoyer l’affaire aux « fabricants d’utopie »), que des discours politiques qui s’en tiennent, la plupart du temps, à des jargons d’experts.

En définitive, la culture, à travers les échanges et les relations internationales notamment, est bien un facteur d’unité pour les différents citoyens des États membres de l’Union, et l’identité européenne s’inscrit peu à peu, et c’est heureux, dans la vie quotidienne !

1 Cf. la définition du concept de « mémoire collective » in : https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moire_collective.

2 Pierre Nora, « La mémoire collective », in : La nouvelle histoire sous la direction de Jacques Le Goff, , Retz-CEPL, Paris, 1978, p. 398. En fait, les recherches concernant la mémoire collective, ont été menées, très tôt, par Maurice Halbwachs (Cf. : Les cadres sociaux de la mémoire, publié en 1925). Dans son œuvre, l’auteur donne au concept de mémoire collective deux sens bien différents :a) « la notion de mémoire collective renvoie à l’idée que la mémoire individuelle est systématiquement influencée par les cadres sociaux dans lesquels elle s’insère. Dans le deuxième sens, la mémoire collective prend un sens plus radicalement collectiviste et renvoie à la mémoire du groupe en lui-même, au-delà de la mémoire de ses membres » (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moire_collective).

3 Cf. Pierre Nora, « La mémoire collective », in : La nouvelle histoire sous la direction de Jacques Le Goff, Retz-CEPL, Paris, 1978, p. 398.

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