Mois : septembre 2020

En passant par la Lorraine…

Qu’il s’agisse d’une promenade impromptue ou d’un itinéraire programmé, qu’on y vienne en solitaire ou accompagné, que le calendrier indique août ou février, tout moment sied à la découverte du lieu d’habitation que Robert Schuman, père fondateur de l’Europe, se choisit pour y vivre et s’y ressourcer, sans savoir à l’époque qu’il y ferait naître une des plus audacieuses idées que le XXe siècle ait connues.
Abritée dans un village perché à proximité de Metz, la maison de Scy-Chazelles se devine derrière un portail d’où la silhouette de l’Européen guette le visiteur et l’invite d’un regard souriant.

Une invitation à une rencontre
La demeure dans laquelle Robert Schuman vécut 35 années dévoile la personnalité de son propriétaire.
D’une pièce à l’autre, l’on pénètre dans l’intimité de l’homme qui consacra l’étage tout entier, doté d’une vue dégagée, à ses activités professionnelles et fonctions ministérielles comme en témoigne l’espace largement occupé par bibliothèque et bureau.
La toute proximité avec sa petite chambre révèle vraisemblablement la proportion du temps passé dans l’un ou l’autre des lieux.

Le bureau, pièce essentielle s’il en est, accueille outre des centaines de livres un piano rappelant la place accordée à sa culture artistique et musicale. C’est dans cette pièce conservée en l’état que le ministre des Affaires étrangères écrivit la déclaration qu’il prononça le 9 mai 1950, rendant possible l’œuvre de paix qu’il souhaitait tant.
Grande idée que cette audace de penser, moins de cinq ans après la fin de la guerre, que les nations française et allemande, belligérantes à trois reprises en trois-quarts de siècle, puissent non seulement se réconcilier mais œuvrer ensemble.

De grandes idées germées dans l’humilité
Pour être grande, une idée doit-elle naître dans une vaste demeure ? Rien n’est moins sûr à la découverte de l’intérieur de ces murs d’où se dégagent plusieurs caractéristiques : sobre et riche, simple et coquette, petite et grande.
Sobre par la fonction d’utilité des différents éléments, la maison regroupe meubles et objets essentiels.
Simple, elle se montre fonctionnelle, dépourvue de fioritures.
Petite, elle le devient par la proportion considérable entre les éléments nécessaires et son occupation optimale jusque dans les moindres recoins.
Pour autant, la maison de Robert Schuman n’est pas en carence d’âme ; bien au contraire, la pureté et la simplicité des lieux la rendent riche par la présence des livres et ouvrages chargés d’histoire, coquette par le soin et l’attention apportée à chaque endroit, grande et chaleureuse par l’esprit qu’elle y fait rayonner.
Ces oppositions mettent en lumière une des principales qualités humaines de l’homme Schuman avant tout altruiste et personnaliste : l’humilité. Loin des ors du pouvoir, c’est dans cet espacé dénué de surperflu mais rempli de valeurs essentielles que s’est écrite une page fondamentale de l’Histoire européenne.
C’est probablement la sincérité du Père de l’Europe qui émerge des hauteurs de ces collines mosellanes. Celui qui, par le triste jeu des conquêtes de guerre, a connu des nationalités différentes s’est-il inspiré de la carence de paix qu’il a ainsi connue ou des paysages paisibles qui s’offraient à lui dans le prolongement de son jardin ? Est-ce l’écho sourd des morts engloutis dans la terre messine qui a façonné la détermination qui fut la sienne pour user de stratégie en saisissant le moment idoine ? La beauté fragile des collines l’a-t-elle encouragé à voir au-delà d’un horizon incertain ?
Parce que les sources d’inspiration ont surtout à voir avec la sincérité et la conviction, il ne suffit pas de s’installer dans des palais pour y écrire des pages d’Histoire. La création est plus une affaire de détermination que de réverbération.
Il n’est pas superflu de se pencher aujourd’hui sur cette réflexion, à une époque où l’on privilégie souvent l’apparence, rendant primordial le superficiel pour ne pas dire l’artificiel, au détriment de l’authentique moins clinquant.
Bien sûr, n’est pas Robert Schuman qui veut ; encore faut-il avoir la force des convictions.
Mais chacun et chacune, de son niveau, est à sa place pour œuvrer, créer, innover, inventer, oser et contribuer à poursuivre ensemble l’écriture du projet européen. Et à ce stade, les gouvernants et responsables politiques ont bien entendu leur rôle à jouer et des actes à poser, en particulier dans deux domaines où la carence d’Europe est optimale : l’éducation et l’information.
Et là, le niveau ne peut que monter…

Maison de Robert Schuman 
57160 Scy-Chazelles 
03 87 35 01 40
www.centre-robert-schuman.org

Publié par Marie-Laure Croguennec dans CECI dit, Marie-Laure Croguennec, 0 commentaire

Chaînes d’info : le rendez-vous manqué

Le discours sur l’état de l’Union de la Présidente de la Commission européenne a fait peu de bruit en France. Malheureusement. Pourtant, que d’informations dans son propos de 90 minutes ! Que de décisions stratégiques qui vont impacter les citoyens européens et donc nos concitoyens !

Il y a bien évidemment le Plan de relance qui focalise toutes les attentions. Mais c’est l’arbre qui cache une forêt de changements radicaux. Mine de rien, Ursula von der Leyen a bousculé une quantité de postulats européens. Je ne m’arrêterai que sur quelques-uns.

Ainsi a‑t-elle annoncé son ambition de promouvoir un cadre européen pour que chaque État membre fixe un salaire minimum.
« Tout le monde doit pouvoir y avoir accès. Pour trop de personnes en Europe, le travail ne paie plus. », a‑t-elle dit.
Incroyable d’entendre cela dans la bouche de la ressortissante d’un pays qui, il y a peu, refusait d’instaurer un salaire minimum à domicile. Cette récente réforme lui donne toute légitimité pour qu’elle puisse prétendre l’élargir à l’ensemble des États membres. Les pays de l’est de l’Union ont dû entendre leurs oreilles siffler.

Autre ambition, démesurée elle aussi, « devenir un continent neutre en carbone d’ici 2050 », avec un renforcement des objectifs pour 2030. Noble propos dont elle ne nous donne pas la marche à suivre en se contentant d’expliquer qu’une étude a démontré « qu’on peut y arriver », qu’il faut montrer l’exemple au reste du monde et qu’il ne faudra laisser personne au bord du chemin. C’est avec ce genre de « y’a ka faut kon » que l’on emmène tout le monde dans le mur. En effet, il ne suffira pas d’accélérer la rénovation des bâtiments et d’émettre des obligations vertes pour compenser les dégâts sociaux dans des secteurs comme l’automobile ou l’aéronautique.

Concernant l’Europe de la santé, la Présidente se range, une fois n’est pas coutume, du côté des parlementaires européens et s’oppose au Conseil qui souhaite réduire le budget des programmes autour de la santé.

Enfin, Ursula von der Leyen ne se contente pas d’innover sur le terrain économique et social. Elle s’aventure, contrairement à ses prédécesseurs, dans des domaines plus sensibles. Ainsi de l’État de droit quand elle admoneste assez durement les États membres qui se plaignent de la lenteur de l’Union sur la question : « Soyez courageux, passez à la majorité qualifiée, au moins sur la question des Droits de l’Homme ». Ainsi de l’antisémitisme, du racisme, de l’exclusion des LGBT ou des Roms « de certaines zones ». Elle souhaite mettre en place un Plan d’action pour étendre la liste des crimes à toutes les formes de discours de haine. « La haine, c’est la haine et personne ne devrait avoir le droit de l’afficher. » Elle pousse le bouchon encore plus loin et annonce une « stratégie pour renforcer les droits des LGBT » avec comme objectif « la reconnaissance en Europe des liens familiaux ». Et elle précise : « Si vous êtes parent dans un État membre, vous l’êtes dans les autres ».

Des phrases généreuses et humaines mais porteuses de bouleversements sociétaux et sociaux gigantesques, y compris dans notre pays.

Et dire que son discours n’a pas été retransmis en direct par les télévisions tout info ! Ignorance ? Choix éditorial délibéré de ne pas traiter cette information pourtant primordiale pour les Français ? On surestime souvent le machiavélisme et on sous-estime souvent la bêtise. Mais quoi qu’il en soit, cette impasse est scandaleuse.

Alerté, Clément Beaune, le Secrétaire d’état aux Affaires européennes, a annoncé qu’il allait proposer de créer une mission parlementaire pour, je cite, « réfléchir à des mécanismes pour que cela change ». Mais, depuis 20 ans que je m’occupe de traiter ces questions, ce sont des dizaines de missions parlementaires qui se sont penchées sur le sujet sans jamais aboutir ! La seule réforme intelligente a eu lieu en 2008 quand les statuts de France Télévisions ont été modifiés. L’un des articles imposait à la Présidence de la télévision publique l’obligation d’avoir une émission autour de l’Europe sur chaque chaîne. C’est ce qui m’a permis de sauver chaque année « Avenue de l’Europe » sur France 3. Mais j’ai échoué à obtenir des créneaux horaires sur France 2 et même sur France 5, pourtant considérée comme la chaîne de la « connaissance » ! Réponse identique de chaque PDG : ça ne marchera jamais, personne n’y comprend rien à l’Europe…

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de repartir de zéro. En tant que Présidente de l’Association des Journalistes européens, j’ai pris mon bâton de pèlerin pour convaincre les écoles de journalisme d’organiser des cours autour des affaires européennes. Il y a urgence puisque dans un an la France aura la présidence de l’Union et que ces jeunes journalistes vont devoir couvrir cette actualité.

C’est aussi pourquoi j’ai accepté la proposition de Martine Méheut de la remplacer à la présidence de la très belle association « Citoyennes pour l’Europe » qu’elle a co-fondée. Inviter les adhérent-e‑s à discuter autour d’une personnalité et d’un thème européen lors d’un « café européen », voilà qui contribue à la connaissance.

Il reste maintenant à convaincre les enseignants (et leur ministre) que sans eux rien ne sera possible. Une autre paire de manches !

Publié par Véronique Auger dans CECI dit, Véronique Auger, 0 commentaire

Le CECI fait sa rentrée 2020

Après plusieurs mois d’enfermement pour cause de crise sanitaire, et bien que le Cercle ait été actif jusqu’au début des vacances scolaires, le CECI fait une rentrée très active. D’ores et déjà, nous le savons, beaucoup de choses se feront via le net avec un site et des réseaux sociaux qui prennent d’années en années de la consistance.

De nouveaux contributeurs et membres nous rejoignent et, ainsi le Cercle s’élargit. Notre but est de participer à la définition d’une Europe pour demain par l’expression des idées et une connaissance approfondie des besoins et des attentes des territoires lieux de formation des identités multiples. Il est clair qu’aujourd’hui il ne s’agit pas de « sauver l’Europe » mais de prendre conscience qu’elle existe, bien présente dans notre vie de tous les jours, de façon bien plus évidente depuis les crises du Brexit et de la Covid, qu’elle agit au niveau local comme global. C’est un « biotope » disent certains et nous y évoluons désormais en permanence.

Le CECI affiche sa compétence à la nécessaire pédagogie (enfants) et à l’andragogie (adultes) sur le projet européen qui dépasse la simple diffusion de l’information comme peuvent le faire les Maisons de l’Europe (éducation populaire) ou encore les Centres d’information Europe Direct (information et communication institutionnelles).

Pour le CECI il est urgent de créer un véritable sentiment d’appartenance à l’UE et donc de participer à la constitution d’une conscience européenne et de reconnaître l’existence d’une culture commune. Pour cela il faut partager l’analyse citoyenne de ce qui se fait en, par et pour l’UE et comment les acteurs s’approprient la question. Il s’agit donc, aussi, de montrer notre capacité à la formation informelle et non formelle tout en venant en appui à l’éducation plus formelle c’est à dire l’éducation nationale.

Sans être un pur think tank comme peuvent l’être le Mouvement européen ou différentes fondations (Schuman, Delors, etc.), le CECI, laboratoire d’idées, s’intéresse prioritairement, et c’est sa spécificité, à la place de la personne dans le projet européen, dans les territoires et dans l’espace économique, politique, social et culturel qu’est l’Union européenne. La citoyenneté de l’Union européenne est au cœur de notre réflexion et amène notre cercle à s’intéresser aux effets européens sur la vie quotidienne tant au niveau local que global. En tant qu’observatoire sur la citoyenneté européenne il s’associe volontiers aux chercheurs et aux organisations (éducatives et de formations, collectivités, associations, etc.) qui travaillent dans ce domaine.

Ainsi, à titre d’exemples, le CECI sera un partenaire de la Nuit européenne des Chercheurs et du Sapin européen, participera à la Journée de l’Europe, à des rencontres autour de thèmes associant culture et solidarités, approfondissement de la citoyenneté, compréhension du Brexit et de ses effets, la liste n’est pas exhaustive. Plusieurs conférences, notamment sur la nécessaire éducation à la chose européenne, sont prévues dans différentes villes.

La crise sanitaire étant loin, semble-t-il, de s’achever, le CECI utilisera les moyens technologiques et numériques mis à sa disposition pour développer ses actions au cours de cette nouvelle année.

Je vous invite donc à nous retrouver, et lorsque la présence sur le terrain ne sera pas possible, sur notre site et réseau sociaux.

Bonne rentrée à tous.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, 0 commentaire