Un Océan

Discours de la Présidente von der Leyen au Sommet Un Océan

« Seul le texte prononcé fait foi »

Monsieur le Président, cher Emmanuel,

Merci de nous accueillir ici, en cette région belle et sauvage qu’est la Bretagne.

Mesdames et Messieurs,

La première œuvre de la littérature européenne, l’Iliade, chante l’océan comme « le fleuve source de toutes choses ». Elle nous rappelle que nous sommes tous reliés à l’océan, où que nous vivions sur Terre. L’océan est indispensable au maintien de la vie sur notre planète. Nous lui devons la moitié de l’air que nous respirons. L’océan nous procure en effet la moitié de notre oxygène et il absorbe une grande partie du carbone que nous rejetons dans l’atmosphère. Notre climat tout entier dépend de l’océan. Si nous jouissons d’hivers doux, ici en Europe, c’est parce que l’océan draine chaque seconde des millions de tonnes d’eau chaude des latitudes sud vers nos côtes. L’océan est source de vie, il nous nourrit, il nous fournit de l’énergie et il est pourvoyeur d’emplois. 90% des biens marchands sont transportés par voie maritime. Et depuis des siècles, l’océan inspire les arts et la littérature. Pour les Grecs anciens, comme Homère, l’océan était un dieu tout-puissant. L’océan fait partie intégrante de notre identité. Et il doit être notre responsabilité commune. Parce qu’aujourd’hui, il est en danger.

Aujourd’hui, nous savons que l’océan est vulnérable et menacé par nos méfaits. Par la pollution, par les produits chimiques, par la surexploitation des ressources marines. L’océan est trop vaste pour chacun de nous, et pourtant si fragile que chaque acte compte. C’est ce qui nous réunit ici aujourd’hui. Le temps est venu d’une alliance entre nous et l’océan. Et l’Europe est prête à montrer la voie.

Quatre grandes thématiques sont à l’ordre du jour du Sommet Un Océan : la biodiversité et la conservation des ressources ; la pollution marine ; les océans comme solution au changement climatique ; et la recherche. Pour chacune, l’Union européenne propose des initiatives phares. Et chaque initiative phare est une proposition de coopération. Parce qu’en tant que puissance maritime, l’Europe peut faire une énorme différence. Mais ce n’est qu’ensemble que nous pourrons renverser la situation pour permettre à nos océans de regorger à nouveau de vie.

Permettez-moi de vous donner trois exemples. Premièrement, l’Union européenne et la présidence française du Conseil lancent aujourd’hui la coalition de la haute ambition pour la haute mer. La coalition demande l’adoption, cette année encore, d’un traité ambitieux pour la conservation et l’exploitation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale. Nous avons besoin d’un accord international, d’un instrument juridiquement contraignant qui régirait la haute mer de manière durable. Nous en sommes proches, mais nous devons donner un coup de collier.

L’océan est certes une arène géopolitique, mais il est également une frontière pour le développement de la coopération et du droit international. Comme dans la mer de Ross en Antarctique, qui est aujourd’hui un refuge pour les baleines, les phoques, les manchots et les poissons. Il en est ainsi parce qu’en 2016, les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Union européenne et d’autres ont surmonté leurs différences pour protéger ce riche écosystème. Nous pouvons le refaire. Des études montrent en effet que nous devons protéger au moins 30% de l’océan pour qu’il soit sain. Nous avons constaté l’extraordinaire puissance régénérative de la vie marine, comme dans la mer de Ross. Le traité sur la haute mer permettrait de lancer une vague de régénération de nos océans.

Deuxième exemple : chaque problème est l’occasion d’innover. Mais, pour ce faire, nous avons besoin d’un objectif clair et ambitieux. Nous avons besoin d’une mission, comme le Pacte vert pour l’Europe. C’est pourquoi nous avons lancé la Mission « Restaurer notre océan et notre milieu aquatique d’ici à 2030 ». Doté d’un financement d’un demi-milliard d’euros provenant du plus grand programme mondial de recherche et de développement, Horizon Europe, et d’autres instruments. Notre programme en faveur des océans se concentrera sur les cinq mers d’Europe et testera des solutions particulières pour des problèmes définis. Ainsi, en Méditerranée, notre mission est de prévenir et d’éliminer la pollution, en particulier la pollution par les plastiques, la pollution par les nutriments et la pollution chimique. Ou prenons l’exemple de la mer Baltique et de la mer du Nord : notre mission est d’y décarboner le transport maritime et d’électrifier les ports. Tout au long de sa durée de vie, la mission « Océan » passera du pilotage au déploiement et mettra sur le marché des solutions innovantes qui permettront de régénérer l’océan. Il s’agit d’une mission européenne, mais elle est ouverte à tous ceux qui souhaitent y contribuer. Dans la mer Noire, par exemple, nous collaborons déjà avec tous les États côtiers. En effet, les actions de l’un de ces États revêtent de l’importance pour tous les pays qui bordent ces eaux. Et toutes les solutions doivent être des solutions communes. C’est là le pouvoir de la diplomatie scientifique, et son potentiel unique pour nous aider à surmonter nos différences afin d’améliorer les conditions de vie.

Troisièmement, l’humanité est loin d’avoir percé tous les mystères de l’océan. C’est la raison pour laquelle l’Europe crée actuellement un double numérique de l’espace océanique. Nous conjuguons nos atouts, à savoir les satellites Copernicus, les infrastructures marines, comme les brise-glaces, les bouées et les drones sous-marins, et le calcul à haute performance. Nous collecterons ainsi des données brutes et les transformerons en connaissances en temps réel et en prévisions à plus long terme. Nous mettons le pouvoir de la révolution numérique au service de notre climat. Permettez-moi de vous donner un exemple. Au pôle Nord et au pôle Sud, les glaciers fondent rapidement. Des glaciers de la taille de pays entiers. Cette fonte entraîne l’élévation du niveau des mers et des océans dans le monde entier, menaçant l’existence des petits États insulaires et des villes côtières. Mais ce n’est pas tout. Elle modifie également le courant qui parcourt l’océan Antarctique, le courant le plus puissant au monde et un régulateur déterminant du climat. Ce phénomène fait remonter des eaux profondes à la surface, ce qui devrait avoir un effet de refroidissement, mais libère également davantage de dioxyde de carbone. Nous devons mieux comprendre ces processus et leurs conséquences. C’est ce que permettra le double numérique de l’espace océanique, et bien plus encore.

Grâce à l’Union et à ses États membres, ce double numérique devrait être opérationnel d’ici à 2024. Il mettra les connaissances sur l’océan en libre accès et à la disposition des citoyens, des scientifiques et des décideurs du monde entier. Il constituera une plateforme de coopération mondiale. Il nous permettra de nous doter des moyens nécessaires pour honorer les engagements que nous aurons pris au cours de ce sommet. Ensemble, à l’aide du double numérique de l’espace océanique, nous ferons la lumière sur les mystères de l’océan.

Mesdames et Messieurs,

L’océan est immense, tempétueux et sauvage. Depuis le rivage, nous nous sentons tout petits. Mais, alors que nous sommes aujourd’hui réunis ici, à Brest, nous devons prendre conscience du pouvoir considérable dont dispose l’humanité et de la grande responsabilité qui lui incombe. Voyons les choses en grand. Car notre mission est aussi vaste que l’océan. Mesdames et Messieurs, retroussons-nous les manches et sauvons notre océan.

Merci beaucoup. Je vous souhaite un sommet fructueux et stimulant.

 

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