Le système des partis politiques en Allemagne change

Hans-Jürgen Zahorka
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Connaissance de l’Union européenne
Le système des partis politiques en Allemagne change.

Il faut avoir, en tant que citoyen français et européen, un œil sur le paysage des partis politiques en Allemagne. Les voisins français d’outre-Rhin ne sont pas exonérés des changements assez radicaux, et ces tendances ne sont pas toujours connues en France. Assurément, la France et l’Allemagne doivent impérativement rester le moteur de l’intégration européenne, les élus comme les citoyens doivent connaître la vie politique de l’autre partenaire.

Cela concerne concrètement tous les échelons politiques, ministres, élus nationaux, régionaux et communaux, surtout ces derniers plus nombreux en France qu’en Allemagne, la France comptant plus de communes, et de fait actives dans un grand nombre des jumelages.

Les Verts allemands ont migré d’un mouvement essentiellement écologiste et pacifiste à un parti établi, presque un « parti populaire » qui essaie d’intégrer des courants divers. S’ils ont toujours leur aile gauche, les « réalos », les réalistes l’ont emporté.
Ainsi
dans le Baden-Württemberg à la réputation conservatrice, les Verts ont gagné plus que 30% lors des deux dernières élections régionales et sont devenus le partenaire principal d’une coalition avec le CDU (Union chrétienne-démocrate) qui depuis les années quarante a toujours été à la tête du gouvernement.
Au niveau national, une coalition entre la chancelière Merkel et les Verts en 2016 a échoué
uniquement en raison du retrait des libéraux du FDP (Parti libre de l’Allemagne) des négociations. Cela a conduit à une « Grande coalition » entre le CDU/CSU (aile bavaroise du CDU) et les sociaux-démocrates du SPD.

Les Verts sont aujourd’hui les Européens les plus convaincus. C’est le parti dénonçant le plus possible les infractions aux droits humains dans le monde, notamment en Chine, en Russie, en Turquie etc. Mais ils essaient aussi de réglementer la vie quotidienne dune manière souvent contestable, jusqu’à proposer un jour Végan dans les restaurants scolaires ou universitaires.
S’ils maintiennent un taux, dans les sondages, de 20–25% au plan national, ils espèrent obtenir la première place, contre le CDU. Ces scores sont beaucoup plus faibles en Allemagne de l’Est.

Le SPD semble suivre son homologue français, le PS, dans la baisse des résultats aux élections. Jusqu’aux années 1980/1990, son électorat était composé d’ouvriers, les « cols bleus ». Mais depuis ce temps les sociaux-démocrates recherchent la voie « juste ». La grande coalition, qui d’ailleurs obtient des résultats très respectables, a promu un profil de gauche. Ce qui a été contesté fortement à l’intérieur du parti, rappelant que les élections en Allemagne se gagnent au centre. Le SPD a eu, dans les sondages avec des variations selon les secteurs, autour 12–18%.
L’
exemple de Hamburg en vrier 2020 démontre qu’un SPD pragmatique peut encore obtenir un taux de 38%. Un SPD trop idéologisé aura tendance à tomber autour de 10–15-18%.

Le parti AfD (Alternative pour l’Allemagne = Altervative für Deutschland), bien comparable au Rassemblement National en France, est partiellement encore plus radical que celui-ci. Avec le chef du groupe AfD dans le Landtag (Diète) de Thüringen, Höcke, qui dirige aussi le « Flügel » (l’aile) des extrémistes de droite, on a un protagoniste de LAfD qui est sous surveillance de la Police pour la protection de la Constitution (un des trois des services secrets allemands = Verfassungsschutz), et qu’on peut appeler un fasciste « permis » par des tribunaux. Il y a des déclarations racistes ouvertes, des réminiscences ouvertes avec les néo-nazis, etc.
Contre la monnaie européenne, ce parti radicalisé est aujourd’hui ouvertement contre les étrangers et quelques droits fondamentaux. Il est très fort en Allemagne de l’Est (autour de 25% !), élu surtout par des catégories populaires, il a tendance à se désintégrer dans tous les parlements où il s’est trouvé. Ce parti est donc aussi, mais pas exclusivement, une voix de protestation.
Même si
dans le cas de Hambourg en février il n’a atteint que 5,3%, l’AfD se montre fragile face à une argumentation poussée et solide par ceux qui ont une bonne connaissance des dossiers.

« DIE LINKE » (La Gauche), issue d’une fusion entre syndicalistes de lOuest, de communistes de l’Ouest (très peu), et du parti SED de l’Est (Parti socialiste d’unité en Allemagne) a obtenu, en Thüringen, un seul Premier ministre. Bodo Ramelow s’est montré très pragmatique et intégratif. Il a dirigé une coalition entre DIE LINKE (qui avait obtenu plus que 25%), le SPD et les Verts.

Les libéraux du FDP oscillent aujourd’hui autour de 4 à 12%, en Allemagne de l’Est moins qu’à l’Ouest. Malgré des contributions substantielles dans leur groupe au parlement fédéral (Bundestag), ils n’ont pas pu établir une voix très haute dans la politique nationale, et il faut voir comment la candidature « sauvage » de leur Premier ministre qui a dû se retirer après une journée à Thüringen, a porté préjudice au parti qui a perdu beaucoup de confiance ainsi auprès les électeurs.

Reste le CDU, fondé en 1946 par des centristes des confessions catholiques et protestantes, pour la première fois unies, issues de la résistance contre les Nazis entre 1933 et 1945.
Le parti de Konrad Adenauer, de Ludwig Erhard, de Helmut Kohl et d’Angela Merkel a été confié à Annegret Kramp-Karrenbauer, ex-
Première ministre du Saarland. Mais AKK, comme elle est appelée, a fait des fautes ne pouvant pas trouver une solution claire avec le CDU Thüringen traitant DIE LINKE dans cette région.
Le nouveau président élu le 25 avril
a des chances de devenir le prochain candidat chancelier pour le parti.
Trois candidats s’affrontaient : lex-chef de groupe au Bundestag, Friedrich Merz, un conservateur-libéral qui vient du milieu des affaires, le premier-ministre de Nordrhein-Westalen, Armin Laschet, un chrétien-démocrate modéré centriste qui pourrait intégrer laile libérale (chrétiens-sociaux et conservateurs) et donc ainsi préserver le parti comme « parti populaire », qui tente toujours de trouver un compromis entre ces courants. À son cô, Jens Spahn, ministre de la santé sur une ligne conservatrice. Puis un troisième candidat, l’ex-ministre de lEnvironnement et maintenant porte-parole des affaires extérieures du groupe CDU/CSU au Bundestag, Norbert Röttgen, qui suit une politique centriste.
C’est une véritable élection de direction politique, et il
faut bien observer qui restera le prochain numéro 1. Dans le contexte européen, il n’y a pas de grandes différences, tous les trois se gèrent leur relation comme on peut le faire au Parlement européen. On peut imaginer un « tiercé » européen Laschet – Röttgen – Merz. Laschet est aussi chargé des affaire culturelles franco-allemandes pour le gouvernement fédéral.

Le CSU bavarois, sous la nouvelle direction de Markus Sörder, Premier ministre de son Land, a commis un virage politique les dernières années. Celui-ci se comporte en européen résolu, combattant l’extrême droite de lAfD. Il semble gagner les faveurs des Bavarois, grâce à une politique écologique forte. Le CSU bénéficie d’un droit de co-décision dans la nomination du candidat chancelier.

On le voit, le système des partis politiques en Allemagne est loin d’être fixe ; c’est même un peu instable en ce qui concerne l’extrême-droite. Situation à observer dans les mois qui viennent.

Hans-Jürgen Zahorka

Publié par Hans-Jürgen Zahorka

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