Georges Pompidou : la construction européenne

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Pompidou et l’Europe, vaste programme !
Si le deuxième Président de la Ve
République française apparaît dans cet article aujourd’hui, c’est parce que son mandat a été marqué par la construction européenne. En effet, son prédécesseur, le Général de Gaulle, avait une relation toute particulière avec l’Europe, faite de contradiction et d’espoir : « Oui, c’est l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde ! ».

Pour Georges Pompidou, sa volonté de construire l’Europe est claire et marque le début de son mandat. Cela s’illustre en décembre 1969 puisque c’est à lui que revient l’initiative d’organiser la conférence de La Haye et de lever le véto français à la candidature du Royaume-Uni, ce qui lui vaudra le surnom d’« homme de La Haye » par le journaliste Léon Zitrone.

Afin de comprendre l’importance du projet européen de Georges Pompidou, il faut souligner l’importance d’une interview accordée à la BBC le 17 mai 1971 lors des négociations de l’adhésion du Royaume-Uni à la Communauté Économique Européenne : 

« Je ne vois que trois méthodes pour faire l’Europe. On peut la faire par la domination d’un pays européen sur les autres. Cela a été essayé un certain nombre de fois. Napoléon et même Hitler. Ce n’est pas votre solution. Ce n’est pas la mienne.
Il y en a une seconde qui consiste à dire : nous allons décider demain qu’il y a une nation européenne et, par conséquent, puisqu’il y a une nation européenne, il y a un gouvernement européen, c’est une commission par exemple, qui aura les pouvoirs de décider. Je n’y crois pas parce qu’il n’y a pas de nation européenne. Il y a une nation britannique, il y a une nation française, il y a une nation allemande, il y a une nation italienne, etc.
Par conséquent je ne crois pas qu’un pouvoir purement technocratique et administratif puisse s’imposer aux différents États et aux différentes nations, ou il ne pourrait le faire que s’il représentait une domination extérieure à l’Europe, ce que je ne veux pas non plus.
Alors que reste-t-il ? Il reste ce que j’ai appelé une confédération, qu’on peut appeler comme on veut, cela m’est égal, qui consiste à mettre ensemble un certain nombre d’États et à faire que les gouvernements de ces États s’entendent pour organiser entre eux un système de décision valable pour eux tous. Au fond, le conseil des ministres de la Communauté est déjà un embryon du gouvernement fédéral. »

C’est par référendum que le 23 avril 1972, le Président de la République soumet au suffrage des Français l’élargissement de la Communauté Économique Européenne (CEE) avec l’entrée du Royaume-Uni. Il est par ailleurs bon de souligner que notre voisin d’Outre-Manche est resté moins de cinquante ans au sein de l’Europe. Cette relation « houleuse » entre l’Europe et les Britanniques s’illustre parfaitement dans les résultats de ce référendum du printemps 1972. 

Alors que Georges Pompidou reste fidèle à la tradition gaullienne d’avoir recours au référendum, ce dernier engage le sort de sa politique européenne au résultat de ce suffrage. À première vue, c’est une victoire. En effet, le « oui » l’emporte par 68% des suffrages exprimés mais avec une abstention de 40%. Ce ne fut donc pas un « oui » franc et massif comme l’espérait le Président à la suite des deux allocutions radiotélévisées les 11 et 21 avril 1972.

Malgré cette déception, le Président Pompidou continue de s’investir dans la construction européenne. À l’automne 1972, un sommet européen est organisé à Paris sur le projet d’une monnaie ainsi que d’une identité commune. Pour Georges Pompidou, « concevoir une union monétaire européenne n’était pas un rêve mais une idée juste et qui se révélerait nécessaire si l’Europe progressait ». Et le processus d’élargissement de la CEE se poursuivra avec l’intégration le 1er janvier 1973 du Royaume-Uni, de l’Irlande ainsi que du Danemark. 

Certes, le peu d’engouement pour le référendum du printemps 1972 n’empêcha pas l’Europe de s’agrandir et d’évoluer, mais le Président Pompidou en sortira affaibli auprès de ses partenaires européens et plus encore avec le ralentissement de la conjoncture économique. 

Les Britanniques à peine entrés dans la CEE, quittent le serpent monétaire (dispositif économique actif de 1972 à 1978 qui limitait les fluctuations de taux de change entre les pays membres de la Communauté économique européenne) ne parvenant pas à assurer la parité de leur devise. À la suite de quoi Pompidou menace de remettre en question le sommet européen d’octobre 1972.

Peu après, la déclaration sur « l’identité européenne » est adoptée à la conférence de Copenhague du 14 décembre 1973. Cette identité, nous la retrouvons encore aujourd’hui au centre de la construction européenne : un héritage commun, la cohésion des États et l’affirmation du caractère dynamique que doit porter cette Europe. Cependant, bien que la construction européenne ait été au centre de la politique extérieure du Président, il se sera opposé pour les intérêts de la France, à l’amorce d’un processus vers la supranationalité de l’Europe.

Dans un discours à l’Assemblée Nationale le 18 avril 1967, alors qu’il n’était encore que Premier Ministre du Général de Gaulle, Georges Pompidou affirme que la France est « maîtresse de sa politique, maîtresse de sa défense, qui reste fondée essentiellement sur la force nucléaire de dissuasion, la France ne recherche pas pour autant l’isolement ».

Et pourtant, qu’en est-il de cette ouverture ? Le Royaume-Uni s’en est allé et les Européens ne se sentent plus tout à fait européens. Comme le chemin est long et tumultueux pour arriver à cette « identité européenne » tant voulue en 1973. 

Néanmoins, on ne pourra reprocher à Georges Pompidou de ne pas avoir contribué à cette construction européenne. Car il aura fait tant de choses pour elle : l’élargissement de la CEE, la conférence de La Haye, la volonté de gérer la crise monétaire de 1971 avec « Les Six », la volonté de coopération entre les États, etc.
Et si nous reprenions cet espoir que portait Georges Pompidou pour continuer cette construction européenne ? 


Sources :

  • « La présidence de Georges Pompidou » sous la direction de Christine Manigand et Vivien Richard, Nouveau Monde édition, Paris, mai 2019.

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