On a beaucoup glosé sur le récent référendum, dans l’État insulaire islandais, qui vient de dire un non pour le moment provisoire, mais répétitif, à une reprise des négociations plusieurs fois déjà interrompues avec Bruxelles, dans la perspective d’une possible adhésion à l’Union. Certes, un point majeur d’achoppement a été, comme déjà dans le passé, la question de la pêche, avec la définition de zones et de quotas d’autant plus difficiles à accepter que la pression de l’opinion mondiale se fait plus forte dans un contexte de protection des espèces, de gestion des océans, d’évolution des préférences de la consommation, et d’abord du volume de celle-ci.
Bref, si on nous permet cet à‑peu-près, beaucoup d’arêtes à avaler ! Trop peut-être ? Pas si sûr !
En vérité, il faut comparer ce refus, fût-il provisoire, ave celui deux fois répété de la Norvège toute proche : là encore, la question de la pêche a certes joué un rôle notable, mais il y a fondamentalement une autre source de répulsion, plus profonde : l’abondance des richesses minières et le haut potentiel industriel de haute sophistication qui ont assuré la richesse nationale élevée du pays, avec une population fort clairsemée et à haut pouvoir d’achat.
Or l’Europe, on ne le rappellera jamais assez alors que cela a bien servi nos contrées, est basée sur la solidarité financière. D’une part, dans la quote-part de chaque pays au budget commun, qui n’est – rappelons-le – fort (ou faible !) que de moins de 200 milliards d’euros (contre 460 pour la France seule !). Les nouveaux pays nordiques ont dès lors vocation à être contributeurs nets et à un taux relativement élevé, sans pour autant pouvoir prétendre à émarger grandement aux principales dépenses, la Politique Agricole Commune et les fonds structurels, surtout le FEDER (Développement Régional).
La solidarité financière, c’est surtout bien quand on est pauvre !
Outre la différence de sensibilité face à l’agriculture, il y avait jusqu’ici une autre guerre de religion sous-jacente, et elle reposait sur le principe de neutralité : chacun de ces candidats potentiels était en effet, et depuis Yalta, viscéralement attaché à un principe de non-alignement, mais cette religion du juste milieu entre les deux Blocs qui se partageaient alors la suprématie sur le monde, ou du moins y prétendaient, a volé en éclats avec la menace russe qui rappelle l’époque soviétique, ou plus avant celle des Tsars.
L’Europe et le très remuant bloc des non-alignés dès lors offraient un commode parapluie sans qu’on ait à se mouiller davantage, avec même la perspective de profiter d’un rôle de médiation entre blocs, source de retombées commerciales et diplomatiques enviables.
L’intrusion russe en Ukraine a précipité ces neutres de la veille dans le camp de l’OTAN et des États-Unis, au prix d’un oubli aussi pudique que panique des principes de la veille. Faut-il en remercier M. Poutine ?
De ce point de vue, la position des deux possibles impétrants scandinaves n’est pas sans rappeler celle du Royaume-Uni, ou plus exactement de l’Angleterre, plus gros bloc et véritable moteur unidirectionnel de l’ensemble des Îles britanniques, Eire très largement comprise malgré une farouche volonté de distanciation en façade, indépendance politique et républicaine obligent. De fait, le bloc de fer et de houille de jadis était encore très aisé lorsqu’il a choisi de ne pas se joindre au mouvement de rapprochement des années 1950, puis de s’en distancer lors de son référendum de triste mémoire. Tout autre état, la position de l’Écosse et de l’Ulster, où le vrai problème n’est pas entre catholiques et protestants. Le Pays de Galles a certes voté pour le Brexit, mais avec une marge réduite par rapport à l’Angleterre stricto sensu. Sans doute les apports de la PAC, notamment en faveur des exploitations plus modestes, a‑t-il joué ici face aux grandes propriétés, généralement nobiliaires du voisin. Même remarque en ce qui concerne l’Écosse et ses crofters, aux exploitations modestes sur des terres ingrates.
Un dernier élément peut avoir joué un rôle non négligeable dans le refus sans doute passager des deux voisins scandinaves : la liste des pays candidats déclarés ou imminents dans cette position, tous plus défavorisés l’un que l’autre et tirant encore plus vers le bas la moyenne européenne. Être riche parmi les pauvres n’est jamais la meilleure position pour négocier ! L’Europe à cet égard n’est pas un club de financiers, elle est une communauté de problèmes, de solutions, d’espérances. Et cela n’a pas de prix, sauf celui de la patience !

