Vivre ensemble, construire des liens de communauté, s’approprier la citoyenneté commune, c’est tout un ensemble de défis que porte l’école, au sens large, concernant tous les jeunes, quels que soient les âges. Dans la série, « L’école, ce sont encore les élèves qui en parlent le mieux », retour sur une expérience d’éducation à la citoyenneté européenne.
L’accueil de jeunes élèves portugais dans une école primaire finistérienne pendant une semaine a donné lieu à un vécu partagé mettant les jeunes habitants de Rio Tinto tout près de Porto au cœur des activités des élèves hôtes, et permettant à ces derniers de voyager eux aussi tout en jouant à domicile : plusieurs jours avant l’arrivée des invités, des drapeaux portugais flottaient sur les vitres des bâtiments scolaires, et des panneaux d’accueil fleurissaient les murs des couloirs en constituant toute une série d’indices annonçant l’imminence de quelque chose de singulier.
Ainsi, pendant le séjour, la venue des Lusophones a entre autres été le prétexte d’un repas aux saveurs de Lisbonne au menu de tous les rationnaires de la communauté scolaire, mêlant de manière concrète et gustative les saveurs et couleurs du Portugal.
En amont du séjour, les jeunes Guipavasiens s’étaient également attelés à découvrir les caractéristiques géographiques et spécifiques du pays mis à l’honneur par un jeu de recherches documentaires, questionnaires de lecture ou encore de quiz sur des personnages et personnalités portugaises : une approche et une appropriation d’éléments factuels guidant chaque élève sur une voie de découverte culturelle.
Ces rencontres permises par les mobilités Erasmus+ – rappelons la prise en charge de tels séjours par l’UE – recueillent aussi un intérêt certain dans la connaissance de sa propre culture : ce fut le cas lors de la journée spécifique aux couleurs noir et blanc cette fois, offrant à la centaine d’élèves des deux derniers niveaux de primaire de s’initier au patrimoine breton au travers de quatre ateliers mêlant danses, musiques, costumes et jeux bretons. Au fil de ces activités, il n’y avait plus ni Français ni Portugais, mais une petite troupe d’Européens partageant en chœur des rythmes celtes le temps d’une danse, ou rivalisant de dextérité et d’adresse lors d’une partie de jeu de palets.
Car c’est bien par des actions concrètes et des situations authentiques que se construisent les identités. L’Européenne en est un exemple.
Une semaine de découvertes multiples pour tous les élèves sans oublier les familles hébergeant la petite troupe de Porto, témoins de relations naissantes et de diverses situations de communication, c’est court pour se connaître. Mais c’est quand même suffisant pour faire naître une envie de poursuivre l’ouverture au-delà de son chez soi.
Ainsi au terme du séjour des Portuans, si l’heure était aux nœuds s’invitant dans les gorges et aux poussières titillant les yeux, des expressions ont fusé parmi les jeunes élèves bretons pour qualifier la rencontre et la prolonger, avec peut-être l’espoir de la faire durer encore un peu.
Au travers de nombreuses paroles spontanées, tout un flot de commentaires ont pu être catégorisés en points positifs, négatifs, et recommandations. Pas de suspense : la colonne des avantages s’est élevée avec dominance identifiant tout un lot de savoirs, savoir-faire, et savoir-être parmi lesquels ont été relevés :
- La vertu de l’apprentissage des langues qui prend tout son sens dans les rencontres avec d’autres personnes et le perfectionnement d’une langue commune – l’anglais – par la pratique et le leit-motiv « ça donne envie de mieux savoir parler l’anglais ».
- Le plaisir de rompre avec les rythmes habituels en faisant de nouvelles choses déclenchant une situation hédonique : « on apprend sans travailler et on travaille sans le savoir ».
- La valorisation des stratégies opérationnelles pour « trouver des solutions pour communiquer même si on ne connaît pas la langue (gestes, mimes, applications) ».
- La naissance d’amitiés et de connaissances : « On peut se faire des amis, des correspondants, des relations ».
- La prise de conscience des particularités de sa propre culture par comparaison au travers des habitudes alimentaires ou horaires : « cela fait voir la vie de tous les jours » mais aussi en découvrant puis confrontant ses propres traditions et particularités culturelles.
Au palmarès des points négatifs ont été exprimés le sentiment de tristesse au moment de la séparation (les enfants n’ayant pas eu l’exclusivité de l’émotion), les limites d’une communication fluide en raison du niveau de pratique de la langue, et la tentation de groupement des invités aux premières heures du séjour.
Quant aux suggestions et perspectives envisageables, la volonté de rencontres a été exprimée avec engouement souhaitant l’inscription de tels rendez-vous chaque année, avec une approche géographique projetée à l’image de l’esprit d’ouverture dont les enfants font preuve.
Ces enfants justement ne font pas pâle figure pour faire face aux esprits chagrins imprégnés de velléitudes de repli sur soi, et au contraire par leur spontanéité et sens de l’analyse livrent une réflexion sensée révélant au grand jour un vrai terreau fertile du vivre ensemble. Par une approche volontariste d’aller à la rencontre de l’autre, ils témoignent des valeurs qui fondent le projet européen porté par la devise « Unie dans la diversité ».
Parce que les identités multiples ne s’opposent pas, parce que les citoyennetés doublées pour les ressortissants de l’UE qui outre leur citoyenneté nationale bénéficient aussi de la citoyenneté européenne depuis le Traité de Maastricht, le sentiment d’appartenance se construit au travers de situations vécues et authentiques. Dès sa création, le CECI a d’ailleurs porté fortement la signification de son sigle par la revendication de citoyennetéS et d’identitéS plurielles.
C’est ainsi que le mot de la fin revient tout naturellement à ces jeunes élèves qui ont promu au tableau des bénéfices de l’expérience la reconnaissance d’identités multiples comme facteur de construction par le vécu spécifique pour quelques jeunes bretons également portugais par leur filiation : « On apprend sur nous-mêmes ». On n’aurait pas dit mieux.
En cette fin d’année scolaire et à l’heure de l’inventaire annuel des actions pédagogiques, voilà donc un bilan solide, lucide et argumenté qui pourra aussi servir de feuille de route aux équipes professorales pour l’année à venir. Qu’on se le dise.

