Mois : décembre 2020

Conférence d’E. Morucci au Havre : « Des solidarités plurielles à une solidarité commune »

À l’invitation de la Maison de l’Europe de Seine-Maritime, Emmanuel Morucci, docteur en sociologie, président du CECI et conférencier pour la Commission européenne (Team Europe) a donné deux conférences : l’une le 16 octobre 2020 à Sciences Po Campus, l’autre le lendemain au THV dans le cadre du congrès régional du Lion’s Club.

Accueilli respectivement par Pierre Menguy, président de la Maison de l’Europe de Seine-Maritime et membre du Team Europe à Science Po Paris (site du Havre), et Yannick Linskens, gouverneur des Lions International (Normandie), E. Morucci a développé ses deux interventions sur la notion de « solidarité » dans une perspective européenne et invité le public, nombreux, à une réflexion plus approfondie de ce concept.
Une réussite à en juger par les réactions très positives des personnes présentes au cours de ces deux temps forts.


Photo : P. Menguy et E. Morucci

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Mon Europe

C’est quoi lEurope ? De quoi et de qui parle-t-on ?
Pour le géographe, c
est un continent. En réalité, elle nest que l’extrémité de lEurasie qui s’éclate en îles et péninsules en approchant lOcéan atlantique.
Pour l
historien, cest dabord le Conseil de lEurope dans lordre chronologique. Il réunit 47 pays jusquau Caucase et accueille la Turquie et la Russie qui ont lessentiel de leur territoire dans la partie asiatique de cette Eurasie.
Pour le citoyen, c
est lUnion européenne qui réunit 27 pays et qui sapprête à en accueillir dautres dans un futur non daté.
C’
est aussi lEurope de la monnaie unique partagée par 19 pays et que dautres peuvent rejoindre. Comment qualifier cette création ? Longtemps une Communauté, désormais une Union, ou encore une Fédération d’États-nations selon lexpression de Jacques Delors. Certains parlent dun OPNI, objet politique non identifié, mi‑fédération, mi-confédération et/ou mi-souverainiste, mi libre‑échangiste. Elle est tout cela à la fois.

Dans ce propos, il sagira de lUnion européenne. Elle a tenu sa première promesse : la paix. Dans ses débuts, on parlait de construction européenne. L’expression a disparu du langage politique et médiatique. Il faut croire que la maison est désormais hors d’eau.
L’
objectif était simple à comprendre : dépasser le choc des nationalismes qui conduit à la guerre. À cette époque des années 1950, c’était une évidence. Nul besoin de référendum et de débats interminables. Allemands et Français se sont fait la guerre à trois reprises de 1870 à 1945, soit trois quarts de siècle. Il était temps d’arrêter. Ce fut fait. Voilà une promesse tenue par les responsables politiques à qui il est souvent reproché de ne pas respecter leurs engagements…
Cette Communauté
de départ appartenait au « monde libre » dans le contexte de guerre froide. Elle était la face contraire des totalitarismes de lEst et des dictatures du Sud. Il y avait par conséquent une seconde évidence : cette Europe était une terre de libertés.
Les dictateurs du Sud ont dû
céder la place en premier en Grèce, en Espagne, au Portugal. Leurs peuples furent accueillis, et c’était normal et attendu. Un mur à Berlin, un rideau de fer le long de la frontière de lEst séparaient dautres Européens. Ces obstacles ont sauté, et refuser l’entrée de ces pays dans lUnion était impensable. On avait laissé tomber ces pays à de nombreuses reprises, dès 1938 pour la Tchécoslovaquie, avant de rester inertes devant les chars soviétiques à Prague en 1968, comme à Budapest en 1956. Nous avons laissé Hitler et Staline se partager la Pologne en 1939 sans bouger. Ces souvenirs sont dans la mémoire de ces peuples. Impossible de les laisser tomber à nouveau et de leur fermer la porte.
Ce fut trop rapide sans doute.
Dire « non, et on verra plus tard », était incompréhensible.

Aujourdhui cette Union est également une terre de prospérité. Il est impossible de prouver ce quaurait été la situation de chaque pays sans la force de cette Union. Et cette prospérité générale nempêche pas lexistence de situations sociales difficiles : chômage, précarité, pauvreté, salaires et pensions faibles, conditions de travail éprouvantes… Il y a toujours eu des pauvres dans les pays riches et des riches dans les pays pauvres. Mais il ny a pas sur la planète un endroit où se trouvent réunis développement économique, protection sociale, libertés publiques et individuelles. Qui dit mieux ? Il suffit de regarder vers quels pays se dirigent les populations qui fuient la guerre et la misère, demain le dérèglement climatique.

Paix, libertés, prospérité : cest le bel acquis depuis 1945.

Problème cependant : lUnion européenne n’est pas toujours facile à identifier. Le système est bien compliqué et aussi très nouveau. Ce nest pas un État. Il ny a pas de peuple européen. Il y a 24 langues officielles et 3 de travail (français, allemand, anglais). Elle nest pas une nation. Elle na pas de capitale ou plutôt plusieurs. Ses institutions sont installées à Bruxelles, Strasbourg, Luxembourg et Francfort. Ses agences, constituant une part de son administration, sont réparties dans plusieurs pays. Il ny a pas d’État donc pas de Chef d’État ni de gouvernement. Il ne manque pas de Présidences : à la Commission, au Conseil européen , au conseil des Ministres de tous les États, de lEurogroupe, de la Banque centrale (nommé par les chefs d’État et de gouvernement de la Zone euro).
Pas facile pour un citoyen de s
y retrouver. LUnion a cependant un Parlement mais il apparaît lointain et il lui manque deux pouvoirs essentiels : avoir linitiative de la loi appelée directive et le droit de décider des recettes du budget. Certes nous sommes des citoyens européens mais, là encore, à condition d’être ressortissants de lune des nations qui composent cette Union.
Voilà bien une situation unique au monde pas toujours comprise. En même temps, c
est la plus belle aventure politique de lhistoire du monde. Elle ne se prétend pas un modèle. Elle peut servir de référence pour tant de réconciliations à réaliser entre ennemis actuels ou historiques. Elle nefface pas les nations et se refuse à être un empire dominateur. Tout est équilibre et compromis.

Malgré ces complications, nous sommes des Européens qui veulent rester ensemble. Seul le Royaume-Uni a décidé de quitter la famille. Son histoire, son identité insulaire ny sont pas pour rien mais cest dommage. Il a toujours freiné les avancées européennes : il a refusé la monnaie unique, il sest écarté de lespace Schengen et de la libre circulation des personnes, il voulait retrouver son argent loin de la solidarité budgétaire.
Tous les autres peuples n
ont pas envie de se quitter même quand ils grognent contre les politiques menées. Quest-ce qui peut bien les unir et expliquer cette détermination ? Le marché unique, le commerce facilité, les apports financiers, certaines politiques communes comme lagriculture, leuro pour ceux qui en disposent ? Sans doute tout cela à la fois.
Mais il y a plus, et c’est l
essentiel, ce sont les valeurs de référence et leurs principes dapplication : respect de la dignité humaine, État de droit, démocratie pluraliste, liberté d’expression, liberté de conscience, égalité entre les hommes et les femmes. Voilà ce quil faut entretenir dans lesprit de chaque citoyen. Car le pire pour lEurope serait le désamour de ses peuples, lindifférence dabord, le rejet ensuite.
On n
en est pas là mais la flamme européenne doit sans cesse être ravivée dans le cœur des peuples. Qui parle de lEurope sous cet angle et avec cet esprit ? La plupart des membres du Parlement, mais ils sont peu nombreux (705 au total dont 79 pour la France). Dans notre pays, on compte 925 députés et sénateurs, soit près de 12 fois plus. Et tous ces députés européens ne sont pas convaincus de la nécessité de lUnion et certains veulent en sortir. Il en reste donc très peu. Des associations, des fondations simpliquent avec engagement. Les média parlent de lEurope le plus souvent quand elle traverse une crise. Telle est la situation.

Un document devrait être mieux connu et davantage exploité : la Charte des Droits fondamentaux entrée en vigueur le 1er décembre 2009 en même temps que le Traité de Lisbonne. Elle est à l’Europe ce quest à la France la Déclaration des Droits de lHomme et du Citoyen du 26 août 1789, et au monde la Déclaration universelle des Droits de lHomme du 10 décembre 1948. Autour de ces textes qui sont notre socle commun il faut que nous soyons nombreux à nous ériger en « Instituteurs dEurope » et en devenir les « Hussards bleus ». Personne ne souhaite renoncer à ses identités qui sont plurielles. Chacun a cependant compris que dans le monde qui voit naître ou renaître des empires et qui approche les 10 milliards dhabitants une nation seule ne peut pas disposer dune souveraineté totale. LUnion devient alors une volonté et une nécessité.

Ayons en mémoire cette phrase de conclusion du philosophe Edmund Husserl dans son livre « La crise des sciences européennes » en 1935. Elle frappe par son actualité de tout temps : « Le plus grand danger qui menace lEurope, cest la lassitude ». Quatre vingts ans plus tard, remplaçons-la par une autre : « La plus grande chance pour lEurope, cest l’espérance ».

Publié par Bernard Poignant dans Bernard Poignant, CECI dit, 1 commentaire

Une année agitée

Une venue au monde laborieuse

Le 1er décembre 2019, pour la première fois une femme, une Allemande née à Bruxelles, prenait la tête de la Commission européenne après avoir obtenu une majorité de 9 voix au Parlement européen (PE). Cette prise de fonction intervenait avec un retard d’un mois, suite au refus du PE de valider deux nominations de commissaires. On a même vu des États définir un « portefeuille » de compétences qui devait être attribué à « leur » commissaire renforçant le caractère intergouvernemental de l’UE.

Un programme ambitieux frappé en plein vol

La présidente s’est affirmée immédiatement comme à la tête d’une Commission géopolitique. Le pacte vert et l’innovation numérique constituaient les deux grandes directions sans renoncer aux politiques traditionnelles comme la Politique agricole mais qu’il fallait, plus que d’autres, « verdir ».

Et puis le coronavirus est arrivé. Dans un premier temps les États ont pris des mesures nationales, fermé leurs frontières, ce fut le chacun pour soi. En effet comme le démontre Luuk Van Middelaar (Van Middelaar, 2018), le système institutionnel européen n’est pas fait pour gérer les crises, c’est un système juridique de temps calme. Si une crise se produit, il appartient aux États séparément ou en coopérant, d’y faire face.

On a donc commencé à critiquer la Commission pour ne pas prendre des initiatives pour lesquelles elle n’était pas compétente. Cependant elle a réagi avec le soutien variable du Conseil européen et du PE. Les principes du traité de 2012 sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) ont été mis en sommeil de même que nombre de principes d’aide publique aux entreprises. La Commission a agi pour obtenir et distribuer les équipements de protection, rapatrier les Européens bloqués et garantir l’accès à un futur vaccin.

Comme l’expose le rapport sur l’année 2020 (Commission, 2020) l’étape suivante a consisté à relancer l’économie. « Le plan de relance proposé par la Commission, approuvé par le Conseil européen, puis soumis au PE et à tous les États membres, marque une nouvelle avancée dans l’histoire de l’UE. »

Le problème est que ce plan de relance coïncide avec la mise au point du Cadre financier pluriannuel CFP (2021-2027) auquel il a été malencontreusement lié et par là-même, mis en péril.

Au cours de cette période on a vu le Conseil européen, créé par Valéry Giscard d’Estaing, prendre l’essentiel des décisions. Alors que l’article 15 § (TUE) précise qu’il donne des impulsions et n’exerce pas de fonction législative, il a agi en violation des traités comme l’analyse Jean-Guy Giraud (Giraud, Le Conseil européen: un "souverain" auto-proclamé à la dérive, 2020).

La situation a été compliquée par la présidence tournante exercée par l’Allemagne. Angela Merkel a souvent laissé Charles Michel, le Président du Conseil européen dans l’ombre. Une illustration non anecdotique nous est donnée par l’établissement du CFP. Le 21 juillet, après cinq jours de négociations, les 27 chefs d’État et de gouvernement trouvèrent un accord pour le futur CFP assorti d’un plan de relance "Next generation EU" (NGEU) de 750 milliards, rabotant quelque peu la proposition faite en mai par la Commission.

Cet accord réduisait à peu de choses l’Europe de la santé, amputait des crédits Erasmus+ et rayait l’essentiel des financements relatifs à la Défense. La réaction du Parlement a été très hostile et c’est la présidente du Conseil de l’Union qui a sermonné le Président du PE, David Sassoli, pour lui rappeler que le compromis sur ce CFP avait été très difficile à obtenir, que le PE n’avait le droit que de l’approuver ou de le rejeter mais nullement de l’amender. Finalement le PE a obtenu des concessions notamment dans le domaine de la santé où le budget proposé par le Conseil a été multiplié par trois. Dans toutes ces tractations, la Commission a joué un rôle de conciliation, probablement au prix de quelques entretiens Merkel – von der Leyen.

L’image de la présidente

Un an après sa prise de fonction, la presse d’outre-Rhin et ses lecteurs ne sont guère plus tendres avec leur compatriote mais sauvée par la crise, elle a su démontrer une certaine capacité de réaction.

Côté France, malgré quelques interventions dans notre langue, certains pensent qu’elle utilise trop l’anglais, c’est le cas de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, très présent sur les écrans. Il reproche à la Présidente de trop travailler, enfermée dans son studio du Berlaymont. Elle devrait selon lui, être pIus présente dans les medias (avec les journalistes) et sa créativité lui inspire ce tweet « La présidente s’est affirmée comme une présidente virtuelle au point que certains en arrivent à douter de son existence ».

Présidente pendant la présidence tournante de l’Allemagne dirigée par une chancelière dont elle avait été la ministre, Ursula von der Leyen a dû faire face à des événements sans précédent. Il conviendra d’analyser à la fin de l’année 2021, après des présidences portugaise et slovène, quels furent les effets de cette concordance.

L’année qui vient de s’écouler montre l’inadéquation entre l’architecture du système européen et l’évolution du monde. Que fera la Commission pour l’avenir de l’Europe, si elle arrive à se constituer ? La Chancelière a déclaré que la modification des traités ne devait pas être un tabou mais de nombreux États ne veulent pas en entendre parler. Il faut que quelques grandes voix émergent du PE pour rendre possible ce qui est nécessaire.

Références

Commission. (2020). Etat de l'Union 2020 - La Commission von der Leyen: bilan de la première année. Bruxelles: Office des publications de l'Union européenne.

Giraud, J.-G. (2020, octobre 12). Le Conseil européen: un "souverain" auto-proclamé à la dérive. Questions d'Europe - Fondation Robert Schuman(574).

Van Middelaar, L. (2018). Quand l'Europe improvise. Dix ans de crises politiques. (D. Cunin, Trans.) Paris: Gallimard.

Publié par Jacques Fayette dans CECI dit, Jacques Fayette, 0 commentaire

Santa Claus et la conscience européenne

Réaliser des décorations de Noël, les expédier dans des écoles de l’UE et en recevoir des quatre coins d’Europe pour décorer le sapin de l’école : c’est le principe de l’opération « Christmas Tree Decoration Exchange », renouvelée depuis plus de quinze ans.

Le CECI, partenaire de l’opération pour la Bretagne, permet ainsi à des dizaines d’élèves d’écoles maternelles et primaires de vivre ce temps de construction de la conscience européenne par un échange autour des traditions respectives : découvrir les points communs et les différences au travers d’une culture partagée, voilà qui rassemble les Européens, « unis dans la diversité ».

« Sapin européen de l’école ND Izel Vor – La Forêt-Fouesnant – Finistère »

Publié par Cercle CECI dans CECI fait, Marie-Laure Croguennec, 0 commentaire

Rencontre entre un père de l’Europe et un continuateur.

Valéry Giscard d’Estaing est décédé le 2 décembre 2020.

Le CECI s’associe à l’hommage rendu par la Maison de Robert Schuman à Scy-Chazelles.

Le 9 mai 1975, à l’occasion de l’anniversaire de la « Déclaration Schuman », Valéry Giscard d’Estaing, président de la République, a ces mots pour ceux ayant œuvré à la rédaction du discours prononcé dans le Salon de l’Horloge 25 ans plus tôt : « Si j’imagine leur mélancolie devant la fuite du temps, qu’ils se réjouissent de penser que la graine qu’ils ont semée a mûri, et que l’idée qu’ils ont servie est bien vivante. L’équilibre du monde a besoin de l’union de l’Europe. C’est aux Européens d’unir l’Europe. Que notre action commune sache répondre, au-cours des années à venir, à ce qui est a la fois le vœu de nos peuples et le besoin de notre temps. »

Robert Schuman et Valéry Giscard d’Estaing se connaissaient et ont travaillé ensemble, ainsi que le montre cette photographie prise en avril 1959. Européen convaincu, VGE visite la Maison de Robert Schuman le 9 mai 2009 où, dans son discours, il affirme une fois encore son attachement à la personnalité et à l’œuvre de Robert Schuman.

Publié par Emmanuel Morucci dans CECI dit, Emmanuel Morucci, 0 commentaire