Questions sur l’avenir de l’Europe

Olivier Védrine
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Olivier Védrine répond aux questions d’Emmanuel Morucci et de Marie-Laure Croguennec, membres du CECI.

En septembre, à l’initiative de la Commission européenne, va s’ouvrir la conférence sur l’avenir de l’Europe « Future of Europe » ; quels en sont les enjeux ?

En effet, une Conférence sur l’avenir de l’Europe « Future of Europe » devait être lancée le 9 mai pour la Journée de l’Europe mais a été reportée à septembre par la Commission européenne pour cause de crise sanitaire de la Covid-19. Elle doit s’étaler sur deux ans, elle est l’une des principales priorités de la Commission von der Leyen.

Lors d’une conférence de presse le 22 janvier 2020, Dubravka Suica, vice-présidente de la Commission pour la démocratie et la démographie, a promis de se concentrer sur la base citoyenne et de rendre la conférence accessible aux citoyens de tous les coins de l’UE.
« Ce n’est pas comme d’habitude. Nous nous engageons à un dialogue ouvert et à traduire les conclusions de la conférence en actions juridiques concrètes », a‑t-elle déclaré.

En décembre, le Financial Times a qualifié la conférence Future of Europe de « dernière inspiration du président français Emmanuel Macron pour relancer la démocratie européenne ». La Commission vise à garantir que le plus grand nombre possible de citoyens participeront à la conférence, éventuellement également des pays candidats. L’enjeu est bien de relancer la démocratie européenne face notamment aux montées populistes et nationalistes.

En parallèle de cette conférence, la société civile appelle à la création d’événements culturels témoignant ainsi d’une méfiance envers la Commission perçue déconnectée des citoyens ; selon vous, est-ce une réalité ? Les institutions sont-elles réellement éloignées des peuples ?

Oui, cette conférence parallèle lancée par la société civile est la preuve de la méfiance des citoyens européens pour les institutions centralisatrices de l’UE. La majorité des citoyens européens veulent plus d’Europe mais moins de Bruxelles, plus de Parlement Européen mais moins de Commission européenne. Tout ce qui vient de la Commission apparaît maintenant pour le citoyen européen comme anti-démocratique, déconnecté du réel, centralisateur et élitiste. Ce que veut le citoyen, c’est une gouvernance proche de lui, décentralisée et locale et une Europe qui le protège.

Les citoyens appellent à une Europe sociale avec un « État régulateur et protecteur » ; ne serait-ce pas la forme d’un État-providence au niveau européen ?

Oui, et en plus la crise sanitaire causée par le coronavirus annonce une crise économique et financière majeure qui va mettre le système néolibéral à terre, nous devons dès maintenant penser à l’après-crise. Les inégalités croissantes, l’économie ayant pris le pouvoir sur le politique, nous obligent à placer la dignité humaine au centre des valeurs européennes. Le banquier n’est pas là pour faire une politique sociale, il n’est même plus là pour aider et soutenir l’entrepreneur ; le politique doit reprendre le contrôle sur l’économie en s’inspirant du modèle d’un État régulateur, stratège et protecteur au service de l’ensemble des citoyens et décentralisé dans une Europe plus sociale pour défendre les plus faibles.
Peu de politiques européens savent nous parler de nos villes, de nos villages, de nos coutumes et de nos traditions, il est temps de sortir des discours de plans comptables et de statisticiens ! Oui, il nous faut un État-providence au niveau européen.

Selon vous, quelle devrait être la première réalisation concrète de la Commission pour rétablir la mise en route d’un processus de confiance entre les institutions et les citoyens ?

Comme je l’ai déjà dit, la majorité des citoyens européens veulent plus d’Europe mais moins de Bruxelles, plus de Parlement Européen mais moins de Commission européenne. Le processus de confiance se gagnera entre les institutions et les citoyens par plus de démocratie, notamment faire du Parlement européen l’institution centrale de l’UE et non plus la Commission.

La conférence doit-elle concerner les seuls citoyens de l’UE ou s’ouvrir à d’autres États du continent européen ? Pour quelles raisons ?

Bien évidemment, cette initiative doit s’étendre impérativement au-delà des frontières de l’UE afin que les citoyens britanniques ou ukrainiens, par exemple, puissent participer à la conversation sur l’avenir de l’Europe car l’UE n’est pas l’étape finale de l’intégration européenne.
L’UE est une organisation incomplète structurellement et géographiquement de l’Europe continentale, les idées et le projet de départ des Pères fondateurs concernent toute l’Europe et pas seulement les frontières actuelles de l’UE. C’est un projet civilisationnel qu’il faut construire pour l’Europe, pas un simple et bancal projet technocratique et économique qui ne concerne que certains États européens.

Quel est selon vous l’avenir possible entre l’Ukraine et l’UE ?

Quand l’Ukraine aura fait les réformes nécessaires, il faudra l’intégrer dans l’UE. Je pense qu’il faut ouvrir dès maintenant un dossier de pays candidat pour l’Ukraine afin de renforcer les forces politiques pro-UE en Ukraine.

La crise du coronavirus va transformer les relations entre régions du monde. Pensez-vous à un rapprochement entre les pays de l’UE et la Russie ? Quelle place alors pour l’Ukraine dans le jeu géostratégique ?

Je suis, comme le Général de Gaulle, pour une Europe de l’Atlantique à l’Oural ; j’ai la même analyse à ce sujet que le politologue américain Zbigniew Brzeziński qui dans son livre « Le grand échiquier : l’Amérique et le reste du monde », écrit que tôt ou tard la Russie ira vers l’Europe.
Après Poutine, la Russie changera ; nous devons y croire et aider les Russes libéraux dans le sens d’un changement démocratique.
En ce qui concerne l’Ukraine, ce pays est au centre de l’Europe continentale tout comme sa capitale Kiev au centre du pays, ce qui en fait un élément important dans le jeu géostratégique européen. Il ne peut y avoir d’Europe unie sans une Ukraine libre, prospère et indépendante.

1 commentaire

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ALLIX Jean-Michel

Oui, tout à fait d’accord avec vous Olivier. Il nous faut une grande Europe de l’Atlantique à l’Oural.
Que la Russie se rapproche de l’Europe avec un système similaire à l’Ukraine pour des séjours de 90 jours sans visas, pour développer encore plus les échanges entre l’Est et l’Ouest de l’Europe

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