Malgré la période de fêtes que nous venons de traverser et qui, à l’évidence, n’est pas le meilleur moment pour observer l’évolution du monde, les derniers jours de 2025 et les premiers de 2026 sont riches d’enseignements à méditer et à prolonger en matière d’Europe et de relation entre la France et ses partenaires, voire parfois ses adversaires, sur le reste de la planète.
Relevons d’abord, parce que cela a fait très peu de bruit alors que l’événement méritait une réflexion, l’arrivée d’un 20e partenaire dans la grande famille monétaire de l’euro. La Bulgarie a en effet joint sa destinée monétaire à celle des 19 autres partenaires de la monnaie unique, en place depuis un quart de siècle maintenant et qui s’est imposée comme la deuxième devise mondiale pour les transactions et les échanges, où tous les intervenants étaient depuis des lustres soucieux de s’émanciper de la suprématie unilatérale d’un dollar depuis 1971 non convertible et qui ne vaut que ce que les autorités américaines décident qu’il vaille.
Autrement dit, avec le seul billet vert la valeur de nos engagements, de notre épargne, de nos échanges dépend du bon-vouloir de l’hôte de la Maison Blanche ! Hier encore dans la servitude de la défunte URSS, aujourd’hui plus pauvre mais pas moins ardent, et surtout, libre adhérent de l’Union européenne, la Bulgarie a compris que le meilleur moyen de garantir son indépendance, c’est de choisir son interdépendance ! Et bien d‘autres pays lorgnent vers la banque centrale européenne comme vers le refuge de stabilité face aux sautes d’humeur du marché monétaire, et surtout, comme une affirmation supplémentaire de leur identité et de leur action européenne, que ce soit pour s’affranchir des menaces russes ou pour s’éloigner des sautes d’humeur des USA.
Une autre bonne nouvelle, qui prendrait effet début 2027 mais pour laquelle la mobilisation ne va pas attendre si longtemps, est le retour du Royaume-Uni dans le programme Erasmus. En soi, c’est d’abord un formidable apport aux étudiants d’outre-Manche, désormais à même, comme leurs devanciers avant le Brexit, de profiter des possibilités aujourd’hui mondiales de stages et échanges entre universités et autres centres de formation, y compris pour les apprentis et même les sans-emploi. Preuve que le stage à l’étranger est déjà, en soi, une formation, de l’esprit sinon des connaissances livresques. Le vécu des autres, et avec les autres, pour le mieux-vivre personnel… L’Europe, c’est aussi cela !
Enfin, et dans un registre plus dramatique, la très impérialiste violation de la souveraineté vénézuélienne par M. Trump, et l’arrestation du certes détestable Président autoproclamé et dictateur avéré, par des troupes faisant fi de la souveraineté nationale du pays, est un terrible signal d’alarme. Les Américains ne s’étaient jadis pas privés de fomenter des coups d’état ou de trafiquer des élections, en Grèce dans les années 50 et 60, voire de débarquer à Grenade et d’en incarcérer le Président en place pour le remplacer par un fantoche de rencontre. Voila que maintenant ils ne prennent même plus le soin de masquer les apparences et de prendre au moins quelques gants avec le respect de l’ordre logique initial des choses.
Entendre M. Trump parler du Groenland, voire du Canada, n’est pas sans rappeler les discours enflammés d’un sinistre dirigeant allemand revendiquant les Sudètes tout en se défendant de vouloir absorber la Tchécoslovaquie. C’est maintenant que l’Europe doit faire entendre sa voix si elle ne veut pas que se répète une histoire de triste mémoire. Ici comme sur le plan monétaire ou dans notre vie quotidienne l’avenir et l’espoir, c’est plus d’Europe, et mieux, et non le repli sur nos faiblesses respectives qui, même juxtaposées, sont tout sauf une force ! C’est en ce sens là aussi qu’il faut lire le Traité avec le Mercosur et les espérances qu’il nous ouvre, par-delà les turbulences du moment…

