26 septembre 26 : des langues qui nous unissent

  • nimble_asset_Marie-Laure-Croguennec

    Enseignante en primaire
    Secrétaire générale du CECI
    Membre du bureau de l’AEDE-France
    Membre de Citoyennes pour l’Europe
    Master 2 de sociologie (Éducation à l’Europe)

Créée en 2001 par le Conseil de l’Europe, la Journée Européenne des Langues à laquelle s’associe la Commission européenne se tient chaque année le 26 septembre. S’il elle a pour objectif de célébrer la diversité linguistique et culturelle et valoriser le plurilinguisme, elle vise surtout à rapprocher les peuples au travers d’une communication interculturelle.

Concrètement, de nombreux établissements scolaires s’en saisissent pour promouvoir l’apprentissage des langues. Qui renierait aujourd’hui, à l’époque de la mondialisation, l’importance de pratiquer et maîtriser une autre langue, voire plusieurs, que celle que nous connaissons depuis notre plus tendre enfance. Si l’anglais s’impose par sa dimension d’omniprésence dans la vie quotidienne mais aussi culturelle, économique, numérique, etc., les « secondes langues » ne sont pas en reste. L’espagnol, puis l’allemand, l’italien se profilent en particulier en fonction de la situation géographique et frontalière qui vient renforcer tel ou tel choix, mais aussi par des influences temporelles, appelons cela tendance ou mode.

À cet enrichissement s’ajoutent les langues régionales qui disent de nos identités, nos histoires et nos territoires : c’est le cas pour le basque, le breton et le corse, mais aussi le catalan, l’occitan et l’alsacien, sans oublier les langues ultra-marines allant du shimaoré à Mayotte en passant par le tahitien ou la langue mélanésienne en Nouvelle-Calédonie, mais encore le créole aux Antilles ou à la Réunion.

Le latin et le grec, langues anciennes à la source du français, poursuivent leur aventure scolaire en tant que pierre angulaire de la compréhension de la civilisation grecque et romaine tout en donnant accès à l’étymologie, contribuant ainsi à nourrir le bouillon de culture que représentent les langues.

Inscription fondamentale

La diversité linguistique est d’ailleurs inscrite à l’article 22 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE et à l’article 3 du traité sur l’Union européenne qui précise que « l’Union européenne […] respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen ».

Soucieuse de l’inclusion, l’UE a également adopté une directive européenne sur l’accessibilité. Ainsi, la directive 2019–882, dite Acte législatif européen sur l’accessibilité, est considérée actuellement comme le texte européen le plus important sur le sujet. Elle impose des exigences d’accessibilité pour certains produits et services en concernant les services donnant accès aux médias audiovisuels, les services de transport de voyageurs, les services bancaires, les livres numériques, certains services et équipements numériques. Pour les médias audiovisuels, la directive prévoit notamment que l’interprétation en langue des signes, lorsqu’elle fait partie des services d’accessibilité, soit transmise avec une qualité appropriée et synchronisée avec le son et l’image. De plus, la directive (UE) 2024–2841 sur la carte européenne du handicap prévoit que certaines informations européennes soient disponibles notamment dans la langue des signes internationale et les langues des signes nationales des États membres. En outre, le 23 novembre 2016, le Parlement européen a adopté une résolution spécifiquement consacrée aux langues des signes et aux interprètes professionnels en langue des signes. L’UE a conclu cette convention, et elle influence donc l’interprétation et la mise en œuvre des politiques européennes en matière de handicap.

Dans les faits, ce sont 24 langues que l’UE considère comme langues officielles, ce qui vaut un panel important de traducteurs et interprètes dans les institutions, étant entendu que chaque député peut s’adresser dans sa propre langue. Et au-delà de ces 24 langues officielles de l’UE, utilisant trois alphabets différents (latin, grec et cyrillique), une soixantaine d’autres langues régionales et locales sont parlées par 40 millions de personnes. Et ce n’est pas tout : de nombreuses langues apportées par les migrants s’ajoutent à cette diversité. En 2019, on comptait 175 nationalités cohabitant au sein de l’Union européenne, soit autant de langues potentielles. (source : Toute l’Europe)

Des mots voyageurs

Si l’utilité de partager des langues pour communiquer n’est plus à prouver, quels en sont les enjeux ?

Les mots sont porteurs de sens mais aussi d’histoires. Ils voyagent, se vêtant au passage decouleurs locales pour mieux revenir au pays d’origine par une marque de séjour. C’est le cas du mot “tennis » initialement « tenez » passé dans la langue de Shapespeare en « tenes/tennis » pour nous revenir au bercail dans la forme que l’on connaît, et pas seulement au stade Roland-Garros. De même, le « poulain » passé par l’ancien français « poulenet » en traversant la Manche et donnant en anglais « pony » nous sera restitué – sans droits de douane – sous la forme francisée et adoptée de « poney »… Le mot « cravate » est quant à lui apparu au XVIIe siècle suite à l’intérêt porté au tissu noué autour du cou par les soldats croates : de « croate » à « cravate », il n’y avait qu’un nœud ! Ces mots-voyageurs sont légion et au-delà de la fantaisie qu’ils procurent ils disent des itinéraires empruntés.

Ainsi, éléments bâtisseurs des langues, les mots permettent d’échanger, se comprendre, se découvrir, partager, débattre, bref, aller à la rencontre de l’autre par des outils partagés ; au travers de toutes les nuances qu’ils décrivent, ils parlent eux aussi de nos diversités qui n’empêchent pas de nous retrouver. Bien au contraire, à l’image d’une famille dont les branches grandissent dans des directions parfois différentes, les langues, nourries d’un tronc commun prennent racines dans nos passés très souvent européens, constituant autant de branches porteuses d’histoires et de vécus partagés.
C’est ainsi que le roumain, la plus slave des langues latines, appartient à la famille des langues romanes déclinant alors son passé emprunté par une certaine conquête romaine. Le hongrois, le finnois et l’estonien font encore mystère sur l’origine de leurs nombreuses similitudes actant toutefois une appartenance commune à la branche finno-ougrienne. Les branches n’en finissent pas de se développer et d’évoluer, et porter comme autant de fruits les langues telles des berceaux de nos communications.

S’écouter pour s’entendre

À la base de la pensée, les mots s’érigent aussi en barrage à l’incompréhension en particulier dans un monde où les images dominent et ancrent des certitudes figées et où les nuances ont la vie dure. Parler, penser, argumenter, échanger répondent au besoin d’aller vers l’autre pour le connaître et le comprendre. Oser l’exposition des différences, c’est aussi aller à la rencontre de valeurs partagées par le respect que permet le dialogue. Rien n’est jamais gagné.
Sans chercher à convaincre ni contraindre, au même titre qu’une famille accueille les siens dans leurs différences et leurs appartenances, la communication constitue un socle de démocratie par l’écoute et l’acceptation de tout un chacun.

Soyons lucides, dans le monde actuel où les propos font rage et peuvent aussi déclencher des violences, les mots décrivent bien des maux dont les remèdes ne tiennent ni des miracles ni des recettes toutes faites. Pour lutter contre le déficit de communication et le repli identitaire, les langues témoignent à la fois des différences et des similitudes qui nous construisent et nous unissent. Elles (re)mettent en jeu des règles démocratiques menacées si l’on ne s’en sert pas ; et au contraire, en multipliant les situations de communication, de débat et de confrontation d’idées, elles servent l’expression et son droit dans bien des cas remis en question.

S’écouter pour s’entendre. S’entendre pour se comprendre. À l’image d’une tour de Babel inversée, la maîtrise des langues nous rapproche les uns des autres et par ce défi de communication et le besoin de s’entendre nous unissent… dans la diversité.

Vive les langues !

Publié par Marie-Laure Croguennec

Enseignante en primaire Secrétaire générale du CECI Membre du bureau de l'AEDE-France Membre de Citoyennes pour l'Europe Master 2 de sociologie (Éducation à l'Europe)

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