Mois : juillet 2020

Vingt ans de citoyenneté européenne

Comment aurais-je pu imaginer il y a un an, que célébrer mon vingtième anniversaire confinée dans une maison pendant près de deux mois, au beau milieu d’une crise sanitaire mondiale, aurait pu se révéler aussi bénéfique sur le plan psychique que physique ?

Le « monde d’avant », fondé sur le complexe de Midas et entraîné dans la course frénétique de sa construction, a pour la première fois été stoppé net par un ennemi jusqu’alors inconnu, invisible et toujours invincible. Pour le vaincre, l’isolement de l’Homme est apparu comme un élément de réponse à l’équation. En famille, en couple, séparé, seul, et par deuils endurés le confinement des citoyens français, européens et du monde entier, s’est révélé être une épreuve psychologique pour les uns et une thérapie pour les autres. En tout état de cause, cet isolement a permis à chacun de faire le bilan du superflu. Ces deux mois de restriction des libertés individuelles pour la sécurité et le bien-être collectif, nous ont permis de réaliser que nous avions assis un monde de consommation massive dirigé vers une autodestruction sans échappatoire. L’on pouvait alors espérer un sursaut des consciences individuelles donnant lieu à une responsabilisation des peuples occidentaux. Malheureusement, depuis lors, Mammon a repris ses droits.

Assaillis par la surinformation et les fakes news durant cette période d’enfermement, les réseaux sociaux se sont pourtant retrouvés témoins d’un grand mouvement de libération de l’esprit, de création et de partage, au-delà des barrières physiques imposées. Un extraordinaire élan de solidarité européen envers le personnel soignant s’est également manifesté sous la forme d’applaudissements, chaque soir aux fenêtres.

À l’échelle des États européens, ce premier constat ne s’est pas du tout fait ressentir, puisque par des mesures gouvernementales individuelles, les États d’Europe se sont déchirés, divisés et ont fait primer les intérêts nationaux, convaincus de trouver LA solution dans les frontières de l’État. Les États membres ont opté pour une résolution individuelle de cette crise sanitaire, balayant tout espoir d’une initiative collective et harmonieuse au sein de l’Union. Les États d’Europe se sont alors rués sans hésitation sur chaque illusion de solution à l’épidémie. Cette crise sanitaire mondiale a permis de lever le voile sur le colosse européen affaibli au fil des années et à deux doigts d’imploser.

C’est donc sans surprise que les jeunes européens du XXIe siècle peinent à s’identifier comme « citoyens européens », tant ce terme générique ne désigne qu’un concept, nébuleux en pratique. À bout de souffle, l’Europe a besoin de revenir sur les piliers de sa création, revenir à l’essentiel pour se rapprocher au mieux de l’Union Européenne en tant qu’union des peuples et plus seulement économique. Car même si sa création est intrinsèquement liée à une union économique, comment oublier que l’Union européenne est l’incarnation même de l’Union pour la paix ?

Ainsi, l’Union Européenne apparaît en bien des points archaïque, déséquilibrée et déshumanisée. En effet lorsque l’on apprend que les représentants des États membres au Parlement européen ne sont élus que par la moitié de la population européenne, le peu d’intérêt et le dysfonctionnement structurel de l’Union sont encore une fois démontrés.

La crise du Covid-19 toujours d’actualité, s’est doublée d’une insurrection populaire outre-Atlantique, dont les vents ont trouvé écho en Europe. La défense des droits civiques et la lutte contre le racisme systémique envers les Noirs ont permis de rassembler les peuples d’Europe et du monde entier autour du mouvement #Blacklivesmatter, témoignant du besoin de l’Homme de reconstruire son monde autour de valeurs plus équilibrées.

Désormais déconfinée, j’envisage enfin de pouvoir célébrer mon vingtième anniversaire sous le ciel d’une Europe regénérée, et je garde bon espoir que cette Europe puise dans la Fontaine de Jouvence de mes vingt ans. Consciente que ce monde court à sa perte, je me responsabilise et compte sur mes concitoyens français et européens pour unir et élever leur voix afin d’initier le virage historique que doit prendre l’Humanité.

Publié par Juliette Laurans dans CECI dit, Juliette Laurans, 0 commentaire

Les immersions européennes comme réponse à une Europe en crise

Pour les 70 ans de la déclaration Schuman, nous aurions espéré voir une Europe qui rayonne, par ses fondements humanistes, ses valeurs et les opportunités de vie qu’elle promeut depuis sa création en 1950.
Pourtant, malgré des réussites reconnues, c’est dans une Europe critiquée sur son efficacité, sa légitimité et sa pérennité que nous évoluons dernièrement.

L’Union européenne est notamment confrontée à des critiques récurrentes sur sa capacité à faire face aux crises et aux changements globaux. La crise financière de 2008, le Brexit et la pandémie de Covid-19 en étant les plus récents exemples. Toutefois, malgré quelques tendances au chacun pour soi pendant ces crises successives, l’Europe s’est révélée être une force stabilisatrice pour ses membres, spécialement pour les plus durement touchés.

Parallèlement à une crise économique et structurelle, l’Europe, traverse également de profondes crises sociales et sociétales. La dénonciation du racisme continue notamment de rythmer les débats nationaux de nombreux pays et fait ressortir son caractère historique dans les sociétés occidentales.
En plus des questionnements politiques, ce sont également des volontés de changements de mentalités qui ont émergé de la part des populations européennes.

Les révoltes actuelles sont en effet marquées par la prise de conscience de la passivité des sociétés face à des problèmes connus de longues dates mais placés à des degrés d’importances moindres que d’autres sujets. La lutte contre le communautarisme et l’ethnocentrisme commence par la connaissance de l’autre et de ses différences.
Rencontrer, partager des expériences et dialoguer avec des personnes d’horizons divers, voilà ce qui forge un citoyen, et particulièrement un citoyen européen. Les interactions transnationales et multiculturelles sont l’essence même de l’Europe, sans quoi la construction sociale et politique n’aurait pas de sens.

Cependant, malgré les nombreuses opportunités proposées pour vivre l’Europe, et des chiffres de mobilité prometteurs, – en 2019, 17 millions d’Européens vivaient ou travaillaient dans un autre État membre, soit environ 3% de la population de l’UE – des différences très importantes subsistent entre catégories socio-professionnelles.
Étudiants de l’enseignement supérieur et cadres sont largement majoritaires dans les programmes d’échange face à des catégories de personnes laissées de côté par les programmes institutionnels.
Ainsi, 25% des cadres supérieurs ont pu effectuer une mobilité européenne contre seulement 9% à 12% des ouvriers et employés.

De ces différentes observations est né le projet Senlimo (www.senlimo.eu), porté par Rémi Renaudie, diplômé de l’École Centrale de Lyon. Ses expériences professionnelles et humanitaires en Norvège, en Arménie, en Chine et en Russie ont forgé en lui la conviction de l’intérêt social de promouvoir de telles possibilités pour tous. Grand europhile, il aspire, avec le projet Senlimo, à contribuer à une Europe plus juste, plus inclusive et plus proche de tous. Cette ambition passe par celle de promouvoir l’expatriation européenne d’une communauté de personnes aujourd’hui moins touchées par les politiques européennes de mobilité et ainsi réduire les inégalités d’opportunités professionnelles.

Partant du constat que les travailleurs manuels et techniques sont aujourd’hui privés de tout service abordable, pratique et efficient pour voyager, vivre et travailler en Europe, le projet Senlimo ambitionne de faciliter leur mobilité européenne en réalisant des échanges d’emplois et de résidences entre personnes de même profession au sein de l’UE.

Via ce concept, un barman parisien pourra facilement échanger son poste et ainsi vivre la vie d’un barman d’Amsterdam, de Milan ou de Sofia, deux équipiers de fast foods pourront efficacement découvrir un autre pays européen sans changer de structure professionnelle, et deux employés d’hôtel pourront enrichir leurs méthodes de travail par l’immersion dans une culture de l’accueil différente.

La plateforme Senlimo s’occupe de mettre en relation les participants via un algorithme de “matching” de leurs souhaits de mobilité, de les accompagner ensuite dans leurs démarches et tout au long de leur séjour pour leur permettre de s’immerger pleinement dans la culture et la vie locale de leur pays d’accueil.
À leur retour, cette communauté d’ambassadeurs convaincus par leur expérience de l’Europe participera au développement d’une nouvelle prise de conscience de ce que peut être la citoyenneté européenne.

Senlimo poursuit ainsi deux objectifs majeurs : rapprocher l’Europe du citoyen dans sa vie de tous les jours et rapprocher les Européens entre eux. Les citoyens peuvent ainsi s’approprier et adhérer au projet européen grâce à une expérience professionnelle et personnelle unique. Cette expérience est alors vectrice de développement de compétences et de cohésion européenne face aux craintes identitaires et à la montée de la xénophobie que l’Europe rencontre aujourd’hui.

C’est d’ailleurs en ce sens que le projet Erasmus+ joue aujourd’hui un rôle prédominant pour la création d’une cohésion entre jeunes Européens et d’un sentiment d’appartenance à une unité commune. Erasmus+ apparaît comme le plus grand succès de l’UE, reconnu par tous et en continuelle expansion.

Dédié aux travailleurs manuels et techniques de tous âges, complémentaire d’Erasmus +, Senlimo se positionne ainsi aujourd’hui dans la continuation et l’accélération de ce principe. L’élargissement d’une communauté d’ambassadeurs directs du projet européen est essentiel afin que l’Europe attire toujours plus et se place au centre de la vie des Européens.

Senlimo est aujourd’hui en développement et en recherche active d’opportunités et de soutien afin de réaliser pleinement son ambition. Si vous souhaitez nous poser des questions, nous soutenir ou nous rencontrer, n’hésitez surtout pas à nous contacter (contact@senlimo.eu), nous soumettre des initiatives, remarques et critiques, et parler du projet autour de vous.

Vous pouvez retrouver toute l’actualité de Senlimo via différents réseaux :
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Publié par Aliénor Luquet dans Aliénor Luquet, CECI dit, 0 commentaire